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par Francis Pian le 22 mars 2021

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Vous retrouverez ici des présentations de livres consacrés à La Commune, 150e anniversaire oblige.




Les plumes de la bourgeoisie
Comment des écrivains, on ne disait pas des intellectuels, ont-ils pu être aussi aveugles, haineux, hystériques à l’égard de la Commune ? Comment Flaubert, Maxime du Camp, Alexandre Dumas fils, Théophile Gautier ont-ils déversé autant d’injures ? Ils étaient classés comme conservateurs certes mais Sand, Zola, Anatole France ? Des figures que l’on présente de gauche, socialistes ?
Passionnante synthèse que celle réalisée et republiée par Paul Lidsky. Aucun de ces écrivains ne participera, ni défendra la Commune, sauf Vallès, Verlaine, Rimbaud. Ce livre figure parmi les classiques du genre pour comprendre la société française de la fin du XIXème siècle et ses clivages.

Une référence !
La bourgeoisie a peur de cette classe ouvrière qui émerge (cf Classes laborieuses, classes dangereuses, Louis Chevalier), elle laisse le soin aux gens de lettres d’afficher le mépris à l’égard de ces « Barbares qui sont au milieu de nous». Les quartiers de l’Est parisien, habités par une faune méconnue, suscite nombre de fantasmes, un genre de cour des miracles remis au goût du jour par Hugo, très ambigu lors de la Commune.
Les écrivains après avoir soutenu les débuts de la Deuxième république en 1848, ils en furent déçus. Ils vivent dans un entresoi, broyés par la société napoléonienne. Ils se réfugient dans « l’Art pour l’Art » cher à Gautier. Le peuple ne peut pas goûter le raffinement. Les propos relèvent du racisme plus que du rapport de classes. Lors de la semaine sanglante, Zola, approuve « le bain de sang ».
L’ouvrage de Paul Lidsky fournit ses citations, ses références puis procède à une analyse serrée des arguments et idées véhiculées. L’objectif vise clairement à dégrader les parisiens, le vocabulaire devient animalier, des « gorilles », des « hyènes », les femelles lappent. La description de Courbet par Dumas fils est édifiante : « accouplement d’une limace et d’un paon »

Propagande et caricature
Évidemment, les communeux sont des alcooliques, les femmes des malades sexuelles, tous sont des incultes, des déclassés. Dans la littérature postérieure à l’évènement, les récits relèvent de la propagande, il faut entretenir la peur. Les personnages sont typés. La femme est hideuse, l’ouvrier noceur et imbécile, le soldat versaillais, honnête, paysan qui veut retourner à sa terre son devoir accompli. La famille et le travail sont les vraies valeurs ! Le discours pétainiste avant l’heure. Le peuple doit travailler, la culture est pervertisseuse (A. France). Aucun mot sur les idéaux de la Commune.
Paul Lidsky ajoute dans cette édition, un chapitre consacré aux artistes engagés en faveur de la Commune notamment via la Fédération des artistes. Des peintres, Pissarro, Manet, des sculpteurs, des architectes, des caricaturistes comme André Gill. Certains émigreront, d’autres finiront dans la misère dans cette ville qu’ils ont tant aimée.

Les écrivains contre la Commune, Paul Lidsky. Ed. La Découverte, 2021




Léo Frankel, révolution sociale et internationalisme
« Frankel fut un des hommes les plus intelligents et les plus dévoués de la Commune. En votant son admission, ses collègues ne firent qu’affirmer le caractère international de la Révolution du 18 mars. » Par ces mots, Jean-Baptiste Clément salue l’élection de Léo Frankel, hongrois et internationaliste, membre de l’AIT comme seul membre étranger du Conseil de la Commune. Avant 1870, celui-ci était peu connu mais son discours au procès de l’AIT, son action à Paris le conduit, âgé de 27 ans, à jouer un rôle majeur pendant les 72 jours, notamment en se voyant confier la commission du travail.
Julien Chuzeville, historien du mouvement ouvrier, nous livre la première biographie en français de Léo Frankel, ouvrier d’art en orfèvrerie, journaliste, publiciste, acteur déterminant aux côtés de Varlin dans la création de l’AIT à Paris. Dans toute son action politique, il prône la solidarité ouvrière et l’internationalisme. « Notre chemin est international, nous ne devons pas sortir de cette voie.»

Le droit des travailleurs

Pendant la Commune, élu du XIIIème arrondissement, il fonde le droit du travail « et ce droit ne s’établit que par la force morale et la persuasion ». En liaison avec les chambres syndicales ouvrières, il réquisitionne les ateliers abandonnés, met fin au travail de nuit des boulangers, souligne la nécessaire égalité des femmes et des hommes dans le travail. Frankel insiste sur la révolution sociale par une transformation du mode de production et des rapports sociaux. Proche de Karl Marx, il en attend des conseils mais la semaine sanglante mettra fin à l’expérience de la Commune. Blessé sur une barricade, il sera sauvé par une étrangère proche, elle aussi, de Marx, Elisabeth Dmitrieff, ils s’enfuient pour Genève et leur route se séparent.
Le combat reprend au plan international. Adoubé par Marx, Frankel intègre le conseil général de l’AIT. Il est à Londres, à Vienne, en Hongrie en 1880 où il participe à la création du Parti général des ouvriers dont le programme ressemble étrangement à celui de la Commune. Il publie quantité d’articles de fond, la presse est son domaine.
Sa vie est indéniablement celle d’un militant internationaliste, il ne se vit pas comme un exilé, même si Paris exerce une attirance permanente pour lui. Il revient pour s’y marier et vivre à Montmartre. Il y meurt Le 29 mars 1896. Il avait 52 ans.
Le lecteur trouvera en annexe de cette biographie nourrie de citations et d’une grande précision, des articles dans un style clair et implacable, reflétant les grands combats de Frankel ainsi qu’une analyse intéressante sur la conception marxiste de l’action politique.

Léo Frankel, communard sans frontières
, Julien Chuzeville. Ed. Libertalia, 2021







PAR : Francis Pian
Groupe La Commune de Paris
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