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Littérature
par Francis Pian le 27 septembre 2021

Des idées et des luttes. Les luttes et les rêves

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Une histoire des luttes





Michelle Zancarini-Fournel nous offre un livre sur l’histoire des luttes et des rêves, une histoire des dominés, des « gens de peu ». Une femme du peuple, comme elle s’affirme dans son introduction, qui raconte une histoire des luttes de 1685 à 2015 en mettant en relief des luttes oubliées ou négligées. Nous connaissons tous les évènements révolutionnaires qui ont animé notre vie nationale au travers des « grands hommes » de ces révolutions, mais qu’en est-il des esclaves dans les Caraïbes, biens meubles au regard du Code noir ? Qu’ont vécu les protestants, martyrs de leur foi, détestés par Louis XIV ? Que sait-on du rôle des femmes dans ces évènements forts pour affirmer ses droits et sa dignité ?

L’Histoire des inconnus
En effet, notre historienne expose les processus d’exclusion, de déculturation, de négation des « gens du peuple ». Les esclaves n’ont pas de nom, seulement un prénom, les protestants envoyés aux galères, les femmes emprisonnées. Chacun se rappelle de la révolte des bonnets rouges en Bretagne, de Mandrin et de contrebande, les révoltes étaient nombreuses sous l’Ancien régime mais quel projet politique alternatif ? Les Lumières construisent des valeurs à vocation universelle, la parole circule dans les salons, les estaminets. Les parlements de province constituent un contrepouvoir efficace face à la puissance royale. Certains passages du livre nous font vivre dans la rue, les faubourgs, les villages, la Révolution. Les mots sont forts : « La tête du tyran vient de tomber ; le même coup a renversé les fondements de la monarchie parmi nous. Sa vie n’est plus, son corps est désormais cadavre ; je crois enfin à la République. » Cette phrase de Marat résume fort la Révolution, cette rupture avec l’Ancien régime. Aucune autre révolution en France ne sera aussi puissante, sauf peut-être la Commune de Paris. La conjuration des Égaux est symbolisée par les propos de Babeuf à son procès : « J’oserai démontrer que ce procès ne serait pas celui de la justice, mais celui du fort contre le faible, des oppresseurs contre les opprimés et leurs magnanimes défenseurs. »

Une douloureuse prise de conscience
La période du XIXème siècle est très intéressante car peu connue du grand public, hormis les grandes mutations institutionnelles. Nombre de contestations, de révoltes, de sociétés secrètes, les clubs, les banquets, avec cet esprit de coopération et de mutuelle. Le monde ouvrier prend conscience de sa force (les Canuts). Les campagnes bougent avec le syndicalisme agricole représenté par Emile Guillaumin (La vie d’un simple), l’arrivée de nouvelles technologies et de moyens de transports comme le raconte Roger Thabault dans les Deux-Sèvres. Les conquêtes coloniales connaissent massacres et souffrances comme en Algérie et à Madagascar.

Le début du XXème siècle, c’est aussi celui des grandes grèves ouvrières, celle des mineurs (Courrières), des sardinières à Douarnenez. Les syndicalistes et les leaders politiques allaient en prison pour avoir défendu leurs opinions et les gens du peuple. Au détour d’une page paraît une situation oubliée comme des enfants envoyés en maison de redressement.
Après-guerre, nous connaissons les grèves quasi-insurrectionnelles, la guerre d’Algérie, les remises en cause sociétales qui aboutissent à Mai 68 et se poursuivent avec Le joint français, Lip, le féminisme, la contestation de la loi Debré, le Larzac, des combats permanents pour des rêves qui deviennent pour une part réalité.

Laissons la parole à Gilles Deleuze : « Croire au monde, c’est aussi bien susciter des évènements même petits qui échappent au contrôle, ou faire naître de nouveaux espaces-temps, même de surface et de volume réduits. C’est au niveau de chaque tentative que se jugent la capacité de résistance, ou au contraire, la soumission à un contrôle […]. Il faut à la fois création et peuple. »
C’est ce qu’a voulu montrer Michelle Zancarini-Fournel.

Francis Pian


Les luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, Michelle Zancarini-Fournel. Ed. Zones, 2016
PAR : Francis Pian
Groupe La Commune de Paris
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