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Littérature
par Francis Pian le 23 mai 2021

Des idées et des luttes : Syndicalisme et répression aux USA

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Guerre sociale aux USA





Les IWW, One big union

Les ouvriers américains en ont mené des luttes pour faire reconnaître leurs droits. La violence du patronat allié aux institutions réactionnaires sous couvert de pseudo-liberté et aux agences privées de répression, vise la destruction pure et simple de tout syndicat qui ne serait pas prêt à collaborer. Les Knights of Labor puis les Industrial Workers of the World, les IWW, subirent l’infiltration, la répression, l’emprisonnement, l’élimination physique. Oui, le combat fut rude aux USA et Valerio Evangelisti relate dans son roman Briseurs de grève, paru aux éditions Libertalia, cette vie du monde ouvrier au travers d’un de ces agents chargés de casser le mouvement syndical, un regard original.

Misère sociale et répression

Nous connaissons tous l’attentat fomenté par la police de Chicago, en 1886, une grossière provocation afin d’accuser et faire condamner les anarchistes, porteurs d’espoir pour ce prolétaire particulièrement démuni. Cette affaire sera à l’origine du 1er mai, une journée internationale des luttes ouvrières. Pourtant tant d’autres grèves, manifestations, créations de syndicats ont émaillé la vie de ces travailleurs. La misère est profonde, les logements sordides, les salaires baissent sans discussion possible pour maintenir les profits. Les rapports de classe, la répression sont d’une violence qui n’est sans rappeler celle subie par les ouvriers français. Pensons aux actions menées notamment par Clemenceau. La société américaine véhicule un racisme intense à l’égard des Noirs, des Asiatiques, des Juifs, une xénophobie exacerbée envers les émigrés d’Europe de l’Est, les Italiens. Les descriptions qu’en brosse Valerio Evangelisti, font écho au livre La Bombe de Frank Harris consacré justement à l’attentat de Chicago sans oublier certains films de Charlie Chaplin. D’autres écrivains commencent à se mobiliser pour dénoncer cette situation, nous les croisons dans le livre, Jack London, John Reed, Frank Norris, Upton Sinclair et même Dashiell Hammett.

Comment nous faire pénétrer dans ce monde ouvrier ? l’auteur utilise un regard extérieur, une approche très originale, le regard d’un briseur de grève, un traitre permanent, Bob Coates. En gros, un sale type, fils du peuple, patriote, bigot, sexiste, raciste, il aime l’ordre et l’autorité.



C’est probablement le pire que d’être issu du peuple et de le trahir en infiltrant les syndicats et en utilisant son beau-frère pour assister aux réunions et dénoncer les « agitateurs ». Tous ses propos abjects soulignent le dégoût à l’égard de ceux qu’il considère comme des êtres inférieurs. Les méthodes employées, les passages à tabac, les éliminations physiques, les menaces décrites dans un récit haletant et glaçant. « Classe contre classe, les perdants doivent s’attendre au pire… »

« Les perdants doivent s’attendre au pire… »
Les ouvriers et leurs familles veulent faire reconnaître leurs droits ; le livre débute par la répression d’un site défendu comme en état de siège, c’est la Commune de Saint-Louis ! Et oui on oublie trop souvent le symbole que fut et qu’est la Commune de Paris, même aux États-Unis. La répression fut sauvage, Bob Coates tout jeune y participe et y prend un goût malsain. Recruté par une petite agence de nervis, il côtoie ceux de la Pinkerton, plus organisée, il rejoindra plus tard la Burns qui deviendra le FBI avec des méthodes identiques de répression, sous la bénédiction du président démocrate Wilson. « L’agence doit devenir un centre de recrutement de patriotes prêts, au besoin, à se battre à découvert. Des personnes en mesure de manier les armes, les explosifs, la propagande » affirme un recruteur de nervis.

Suivre ce triste sire permet de découvrir l’évolution du syndicalisme américain. Les Knights of Labor ont une organisation qui n’est pas sans rappeler le compagnonnage européen, ils seront décimés. D’autres organisations émergent qui s’opposeront farouchement. L’American Federation of labor (AFL) refuse la politisation des mouvements sociaux, collabore avec le patronat, soutient les ouvriers qualifiés et dénonce les partis socialistes, les anarchistes. Surtout elle n’a que mépris à l’égard des ouvriers les plus démunis, les wobblies qui traversent les USA pour trouver du travail sous-payé, dangereux. « Là où ils trouvaient un emploi provisoire, ils vivaient dans des campements, comme les hobos, ou alors dans des baraques infectes fournies par les patrons. Dans les deux cas ils devaient prévoir leur équipement. Voilà pourquoi ils portaient « leur maison sur les épaules » comme on disait. »

Défendre les travailleurs précaires

Ces femmes et ces hommes étrangers, sans-grade seront défendus par une organisation qui affiche une solidarité farouche, les Industrial Workers of the World.



Deux slogans : One big Union et « Un tort fait à l’un d’entre nous est un tort fait à tous ». Ils regrouperont jusqu’à 100 000 membres, un exploit compte tenu de la répression. Valerio Evangelisti traduit avec force cette misère et la volonté de mener des combats énergiques. Leurs congrès s’opposent à toute récupération politicienne, visent l’action pragmatique loin des considérations générales, retentissent La Marseillaise, l’Internationale. Leur notoriété sera portée par des chants populaires comme ceux de Joe Hill, une occasion de réécouter la chanson que lui consacrera Joan Baez. Victimes de violences policières, de condamnations irrégulières, les IWW disparaissent, un temps, du paysage syndical pour réapparaître, depuis quelques années, toujours consacrés à la défense des travailleurs précaires, par exemple ceux de Starbuck.

Un parcours romancé mais fondé sur des faits réels vécus par des femmes et des hommes qui aspiraient à la reconnaissance de leur dignité humaine dans une Amérique dure envers les faibles.

Pour une approche plus complète, conseillons Une histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn, paru chez Agone.

Briseurs de grève, Valerio Evangelisti. Ed. Libertalia, 2021

PAR : Francis Pian
Groupe La Commune de Paris
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