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Littérature
par Sylvain Boulouque le 15 mars 2021

Le coin-lecture du 15 mars

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deux bédé à découvrir




Matteo Mastragostino et Paolo Castaldi. Vann Nath. Le peintre des khmers Rouges
La boîte à Bulles, 2020. 128 p. 22 €

Séra, dans un magnifique album 3 pas dans la pagode bleue (Paris, éditions le 9e Monde, 2012) avait rendu un très bel hommage à son ami Vann Nath, celui qu’il appelait le « plus grand peintre de ce début du XXIe siècle ».
Les deux auteurs prolongent d’une belle manière cet hommage dans une belle bande dessinée biographique du peintre aujourd’hui décédé. Avec rigueur et soucis de mise en perspective historique, ils rappellent l’arrivée des khmers rouges à Phnom Penh. Ils décrivent la machine de terreur du communisme khmer. Puis proposent une biographie de Vann Nath. Ce dernier a 32 ans lorsqu’il est arrêté pour dépravation du code moral. Il est conduit à Tuol Seng, l’un des centres de mises à mort du régime communiste. Il subit pendant plusieurs semaines la torture physique et morale. Lorsqu’il apprend qu’il est peintre, Kan Kek Ieu dit Duch le prend sous ses ordres et lui demande de travailler à peintre des portraits de dirigeants. Vann Nath utilise ce poste pour tout regarder et mémoriser. Reproduisant l’histoire de ce qu’il a vu il en fera quelques grandes toiles qui marquent l’histoire. Dans sa lignée, les auteurs ne cachent rien et abordent les techniques de mises à mort y compris pour les enfants et montre comment les communistes faisaient disparaître les corps. En 2010, lors de son procès devant le tribunal pénal international, le bourreau tente de se disculper minimisant ses responsabilités. Vann Nath, simplement par des phrases justes qualifie la nature du crime, explique les tortures, désigne les assassins.
Depuis sa libération en 1979 jusqu’à sa mort en 2011, Vann Nath est devenu un serviteur de l’histoire. Il témoigne par la peinture. Ces quelques toiles magnifiques et terrifiantes figurent dans la prison de Tuol Seng devenu le musée de la terreur. Elles sont reproduites à la fin de l’ouvrage. Elles sont une forme de mémorial pour les deux millions de victimes du communisme cambodgien.
Vann Nath a montré avec simplicité et humanité le processus de déshumanisation de la victime par le bourreau.
Une mise en perspective remarquable.




William Gropper, Allez Hop !
La table ronde 2020 216 p. 16,5 €

Il y a peu était réédité le beau roman du communiste américain Itzok Granich connu sous le nom de Michael "Mike" Gold, Juif sans argent (Nada éditions, 2018) qui décrivait les conditions de vie misérable des immigrés juifs dans le New York des années 1920. L’auteur chef de fil de la littérature prolétarienne est exclu pour « gauchisme » dans les années 1930.
L’ouvrage de William Gropper publié aujourd’hui est le prolongement graphique et historique de Juif sans argent.
William Gropper est né à New York en 1877. Comme Michael "Mike" Gold, il appartient à cette génération de Juifs d’Europe de l’Est installés aux Etats-Unis. Il a grandi dans la misère dans Lower East Side. Tous deux ont fait leur classe artistique dans le communisme et ont connu une reconnaissance officielle grâce à cette action politique.
Les enfants, même s’ils vivaient dans la misère, étaient poussés par un milieu familial pour réussir des études les plus brillantes possibles. Gropper après l’école élémentaire choisit le dessin. Il peut suivre les cours de l’école moderne Franscico Ferrer de New York City. C’est là qu’il apprit le dessin et une forme de liberté. Talentueux, il est embauché pour faire des crobars au New-York Times, tout en fréquentant les milieux révolutionnaires newyorkais. Il participe aux journaux d’avant-garde comme The Masses ou Revolutionnary Age, où il rencontre notamment John Reed puis tous les grands noms du mouvement révolutionnaire américain. La fascination pour la révolution le pousse à militer activement dans les organisations proches du Parti communiste sans en avoir la carte. En 1927, il participe par exemple aux fêtes pour le Xe anniversaire. Contrairement à Michael "Mike" Gold, il reste plus longtemps dans la sphère d’influence communiste. Il ne prend ses distances qu’après la Seconde Guerre mondiale sans être extrêmement disert sur son engagement passé.
L’album Allez Hop ! est une illustration peu commune de la créativité artistique du New-York des années 1920 et 1930 à une époque où faire des caricatures ne faisait peur à personne et surtout pas à la gauche. Il est une très belle description du cirque, du monde du spectacle où se mêlent féérie et réaliste, poésie et crudité, rêves et retours à la réalité. Un conte illustré cruel magnifique.

Sylvain Boulouque


PAR : Sylvain Boulouque
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1

le 16 mars 2021 16:28:48 par Luisa

MERCI beaucoup !