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Chroniques du temps réel
par Evelyne Trân le 15 juillet 2019

Tout va bien

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Tout va bien dans le meilleur des mondes. Laissez-moi donc arborer un sourire éclatant sur Facebook ! Que les applaudissements crépitent, vous n’y verrez jamais passer ma tronche de cake, je ne serai pas l’amuse-gueule d’un chien dévorant mon curriculum vitae que j’ai laissé tomber dans la rigole.

Faut-il croire que chacun aujourd’hui se promène avec un miroir dans la poche toujours prêt à bondir à chaque rayon de soleil.

Le monde a changé ! Je vais tourner la page d’un quart de siècle fané. Mon jardin a brûlé au soleil. Je ferai un bateau en papier avec un poème de Rimbaud. Mais je ne céderai pas au désespoir : Ecoutez moi, j’ai enseveli sous la terre un vrai poème avec des mots, des rêves, à coté de ce poème vivant qui un jour poussera, quelqu’un dira « la terre saigne » et puis le poème qui aura l’audace de n’être pas virtuel passera de mains en mains, chacun y apportera son propre mot pour répondre à cette injonction étrange « Quelqu’un a dit ».

Je ne m’appelle ni Rimbaud, ni Verlaine, je ne suis pas en train de ramasser à quatre pattes une lettre sous le bureau, je ne toise pas du regard l’œil de mon patron, j’ai trop peur de perdre mon emploi. J’ai travaillé pendant 40 ans dans des entreprises mais personne ne me connait. J’ai la triste sensation d’avoir été gommée tout le long de mon existence, mais j’ai fait cette magnifique découverte, la gomme laisse des traces. C’est comme dans une enquête criminelle. Celui qui veut gommer la trace de son passage, ne peut empêcher la page de se froisser.

Ne me demandez pas d’analyser toutes les brisures de gomme ! Une gomme c’est pour les écoliers et le monde a changé ! Aujourd’hui on ne gomme plus, on supprime en pointant son index sur la touche Suppr de son ordinateur.

Je ne fais pas le poids avec mes vieilles références, gomme, décalcomanie pissotière, sueur. Je sais seulement que les gros trains n’écrasent pas toujours les fichus papiers qui roulent sous les rails.

« Vous ne m’empêcherez pas de penser » prétend le libre penseur. « Ayez une pensée pour lui » en guise de faire-part !

A quoi, à qui pensez-vous ? Prenez le temps d’avaler votre salive, elle au moins n’est pas virtuelle !
PAR : Evelyne Trân
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