Arts et Spectacles > "Euréka" crie le brigadier
Arts et Spectacles
par Evelyne Trân le 1 mai 2023

"Euréka" crie le brigadier

Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=7222

Théorème / Je me sens un cœur à aimer toute la terre d’Amine Adjina d’après Pier Paolo Pasolini.



Mise en scène Amine Adjina et Émilie Prévosteau
avec la troupe de la Comédie-Française :
Distribution :
Coraly Zahonero la Mère
Alexandre Pavloff le Père
Danièle Lebrun la Grand-Mère
Birane Ba le Garçon
Claïna Clavaron Nour
Marie Oppert la Fille
Adrien Simion le Fils

Librement inspirée du film éponyme de Pier Paolo PASOLINI, la pièce d’Amine ADJINA ne manque pas de souffle poétique en dépit de son aspect démonstratif qui enveloppe les personnages dans des rôles surdéterminés. Chacun aurait sa pancarte qui afficherait son âge, son identité sociale, son genre etc.

Le synopsis est le suivant : Un visiteur étranger jette le trouble dans une famille bourgeoise en réveillant chez chacun des membres leurs désirs refoulés, ceux-là même que la conscience bourgeoise a caparaçonnés et étouffés.
La résidence face à la mer où évoluent les protagonistes peut faire rêver. Qui n’a pas rêvé d’avoir pour horizon le plus proche la mer. Mais étrangement il émane de son architecture un froid glacial qui contraste avec la chaleur étouffante dont se plaignent les résidents.

Alors que le prologue met en scène un beau jeune homme qui parle comme un prophète ou un héros d’une tragédie grecque, la scène suivante entraine le public vers des situations et des dialogues qui frisent la banalité.
Que ces bourgeois sont ennuyeux a-t-on envie de soupirer. La mère désœuvrée crève d’ennui, le père falot débite ses réflexions réactionnaires. Le fils cependant tente de s’échapper du tableau sombre et désespérant que lui offre ses parents en manipulant une caméra qui filmera comme s’ils étaient des cobayes de laboratoire tous les personnages. La fille répète le rôle d’Elvire de Dom Juan. La bonne rumine une révolte intérieure contre ce monde qui ne cesse de l’humilier. La grand-mère qui se sait proche de sa fin, déroge enfin à la règle, celle de fermer la porte à tout étranger, en accueillant le beau jeune homme dans sa résidence.

PASOLINI se déclarait marxiste et freudien. Quels sont les ressorts psychiques qui recouvriraient les actions politiques peut-on se demander ? Faudrait-il asseoir sur le divan ces « affreux » bourgeois et ces pauvres qui refusent de taire leur origine sociale ? L’existence d’un individu serait-elle déterminée par sa libido empêchée ou épanouie ?

Voilà que dans leur cage dorée, les bourgeois font pitié, inspirent même de la compassion – leur solitude est criante -. C’est l’effet dévastateur du rôle social qui dicte leur comportement depuis des générations et a éteint leurs rêves et leurs fulminations intérieures.

Dans le film de Pasolini, ce qui interpelle c’est la douleur qui s’affiche sur les visages de façon circulaire. Chacun crie si fort son existence qu’on oublie son identité sociale pour se dire simplement : Voilà une femme, voilà un homme à nu !

« Je me sens un cœur à aimer toute la terre » Cette parole ne tombe pas du ciel, elle a été repêchée par Amine Adjina dans le Dom Juan de Molière.

Un inconnu qui n’est pas Jésus, va l’appliquer en faisant l’amour avec tous les membres de la maisonnée. Faire l’amour dans le sens plein du terme.
Peace and love, n’était-ce point la devise des jeunes babas-cools des années 70/80. Il était question d’amour libre, juste avant l’arrivée du sida. Une autre époque. Mais c’est de la nôtre qu’Amine Adjina entend nous parler. Il assume les stéréotypes, les archétypes, ses références à l’actualité, le dérangement climatique, la montée de l’extrême droite. Et puis il introduit l’évènement de l’assassinat d’un poète qui naturellement rappelle celui de Pasolini.
Ces références trop crues peuvent choquer par leur radicalité mais n’importe comment elles font partie de ces nuages sombres à ne pas perdre de vue.

La pièce apparait complémentaire du film de Pasolini, telle une réponse d’aujourd’hui aux préoccupations de ce dernier. Pour rester lisible, le propos s’est éloigné des véhémences quasi mystiques de Pasolini.

Il parait vain cependant de comparer le film extraordinaire de Pasolini avec la version théâtrale d’Amine Adjina. Alors que dans le film les protagonistes parlent très peu, la pièce regorge de conversations. Mais le langage familier alterne avec le langage poétique. Leur côtoiement interroge comme s’il y avait deux espaces, celui de l’écoulement de la vie quasi transparent et de l’autre celui qui nous dépasse, nous subjugue ou nous inquiète.

Il importe de saluer l’implication de toute l’équipe artistique. Tous les artistes jouent leur partition à fond, notamment la jeune Marie OPPERT qui incarne de façon rayonnante l’adolescente qui s’éveille à l’amour et Alexandre PAVLOFF, en homme désespéré par le départ de son amant.

"Souviens-toi du désir
Il surgit toujours tangentiel
Et imprime un unique point de contact qui se diffuse
Parfois quelque chose ou quelqu’un
Le réveille
Te réveille
"

Ces mots prononcés par le Garçon au début de la pièce seraient-ils fatidiques ?

Amine Adjina dit encore : "Quelles que soient les barricades que l’on tente de construire autour de soi, le monde et le désir ne cessent de toquer à la porte."

Le public a beaucoup applaudi à l’issue de la représentation, c’est dire qu’il a été sensible à cette fable d’un visiteur étranger qui tout en bouleversant organiquement toute une famille par amour, annoncerait un nouveau monde. De quoi faire crier au scandale ceux qui se réclament de l’ancien.

Le 1er mai 2023
Evelyne Trân

Du 5 avril au 11 mai 2023.
le mardi à 19 H,
du mercredi au samedi à 20 H 30,
le dimanche à 15 H,
à la Comédie Française au Vieux-Colombier 21 Rue du Vieux-Colombier 75006 PARIS.


PAR : Evelyne Trân
SES ARTICLES RÉCENTS :
Un Jacques, une Anne, un Jean-Paul, un brigadier... et un raton laveur
Bécaille était dans la tombe qui regardait le brigadier
Une pinte de Guiness pour le brigadier
un brigadier mélomane
les blessures du brigadier
Le brigadier à l’école
Le brigadier redécouvre des textes
Le brigadier songe à ce que lui a dit une actrice : "Le trac, cela vient avec le talent."
Le brigadier et le capitaine
Fou, le brigadier ?
Confidence de Judka Herpstu au brigadier : " L’arriviste est celui qui s’engage derrière vous dans une porte tambour et trouve le moyen de sortir le premier."
Le brigadier est nyctalope
Au service du public, le brigadier est usager
Né en Juillet à Avignon, le brigadier est du signe du crabe.
"tout autour de l’île il y a de l’eau" remarque le brigadier
Est-ce bien raisonnable, brigadier ?
Le brigadier au champ
Le brigadier, bâton mais pas sous-off, au festival OFF
"La mémoire est la sentinelle de l’esprit" pensa le brigadier en confondant trou du souffleur et trou de mémoire...
Le temps est à la tempête pour le brigadier
Honoré, mon cher brigadier !
Chirac contre Mallarmé
Les trois signes du brigadier
Le brigadier et l’écrevisse
Une séance en enfer pour le brigadier
Tout le monde sur le pont, ordre du brigadier
le brigadier, Madame Fischer et Pablo...
Rendez-vous avec le COLLECTIF VIETNAM DIOXINE
Le brigadier dans la salle d’attente
Enfant, le brigadier rêvait de devenir bâton de pluie
pas de "good morning Vietnam" pour le brigadier
Le brigadier cherche à répondre à cette question : “Qu’advient-il du trou lorsque le fromage a disparu ?”
Godot, enfin arrivé, entraîne le brigadier au théâtre
Le brigadier, fils d’un arbre
Mais quel âge a donc le brigadier ?
Hey Brigadier, don’t make it bad...
Entendre le temps qui pousse… de Pascale LOCQUIN
Henri CALET, un doux anarchiste
Le brigadier est mat en trois coups
Même le brigadier a une mère
Le brigadier, Emile, et l’autre...
On est par trop sérieux quand on est brigadier
Le fauteuil d’artiste de Frédéric ZEITOUN
"Quand des blancs qui ne se connaissent pas se mettent à parler entre eux, il y a un nègre qui va mourir." pense le brigadier...
Nelly et Monsieur Brigadier
"La boule huit en coin avec effet rétro pour me placer !" annonce le brigadier
Le brigadier est amoureux
Le brigadier, un arbre mort. Ça fait réfléchir...
Le brigadier préfère les madeleines aux financiers
Pour le brigadier, pas de doute, l’incertitude est une valeur sûre. En principe...
Fa, ré, fa, ré joue le brigadier sur son clavier
Nouvelles de temps de guerre
Le nez rouge du brigadier
Le brigadier se voyait déjà...
Le massage n’est pas pour le brigadier
C’est les autres... dont le brigadier
Une table pour le brigadier
Brigadier, aimez-vous Brahms ?... ou Sagan ?...
Dans le bistrot d’Alphonse, le brigadier paye un verre.
Le poète des rues
Le flûtiste et la colombe.
Le brigadier se "ballade" à Paris
Témoignage d’une passagère d’autobus
Le brigadier se met à table
le brigadier va piano
Quoi ! Quoi ! quoisse le brigadier fou.
Le brigadier qui ne dit mots, passant...
Le brigadier, festivalier en Avignon
Le brigadier se fait faire la lecture
REPAS DE SOUTIEN AU PROCES DE TRAN TO NGA
Un spectacle musical pour le brigadier
Mais de quoi as-tu l’air ?
Quand le brigadier "rewind" la dernière bande
Le Brigadier connait-il Nora ?
Le brigadier se souvient de ce temps-là
Marguerite et le brigadier
Belle rencontre pour le brigadier
La femme est l’avenir du brigadier
S’accompagnant d’un doigt ou quelques doigts le brigadier se clowne.
Assieds-toi, brigadier !
Le brigadier au chevet
Le brigadier et le sourire noir de Mémé
Ne Bruscon pas le brigadier...
Le nouveau brigadier
Brigadier, écoute... Elles te parlent...
AY Brigadier !
Le brigadier témoin de l’Histoire
Joséphine BAKER. Les dernières années. La renaissance d’une étoile.
Le brigadier nous dit qu’au milieu coule une frontière
Un livre : Correspondance avec la Mouette Anton TCHEKHOV et Lydia MIZINOVA
En hiver, le brigadier songe à une mouette en avril
Le Brigadier à perdre la raison
Le brigadier aux violons
Joséphine Baker racontée par un de ses enfants
Le brigadier et lui
Un brigadier slave
Le brigadier sur l’autre rive
Brigadier, un double !
Le brigadier, en attendant Antigone...
Agent orange : un film.
Le brigadier connaît la chanson
La passeggiata del brigadiere a Roma, città aperta
Conférence de soutien à Tran To Nga
Le brigadier a l’âme slave
Le soleil n’a pas encore disparu !
Des nouvelles du procès de Tran To Nga contre les fabricants de l’agent orange
Le brigadier en ce début d’octobre
Le brigadier rencontre Romain Gary
Le brigadier rencontre Camus
Le brigadier du temps perdu
La rentrée du brigadier
Exposition sur l’agent orange
Affect ou éthique?
Le vigile et la flûte traversière
Le brigadier a-t-il son pass ?...
Poupée en chiffons
Quand le brigadier rencontre Proudhon et Courbet
Bon anniversaire Francis Blanche !
Le brigadier toujours en Avignon
le brigadier festivalier
Le brigadier en Avignon
Le brigadier pour ce premier jour d’été
le brigadier de la mi-juin
Le brigadier frappe à la porte du ML
Ecoutez, c’est le brigadier...
Les voilà, Les trois coups du brigadier
Procès intenté par Madame TRAN To Nga à l’encontre de 14 firmes américaines.
L’agent orange-dioxine. Le tribunal d’Evry fait la sourde oreille
V’la le brigadier qui va reprendre du service
???? Cascade d’un poème ou quelle mouche te pique ????
L’agent orange-dioxine
Histoire d’un maillon faible
Vive les librairies d’occasion !
De Déborah Levy à George Orwell
Le printemps de la poésie
Les chants révolutionnaires d’EUGENE POTTIER (1816-1887)
Ma Chère Montagne
Ma terre empoisonnée de Tran To Nga
Les Grandes Traversées d’Helen JUREN
Brigadier même pas mort !
D’Anne Sylvestre à Camus
L’agent orange-dioxine : Résumé du procès qui a débuté ce 25 Janvier 2021 à Evry.
L’agent orange-dioxine
Passé, présent, futur
Pour qui vous prenez-vous ?
Bas les masques !
Les mots parlent d’eux mêmes
En attendant Godot... Isabelle Sprung.
Histoire de bus.
le brigadier tapera trois fois
Un biptyque
Elle
A propos de l’aquoibonisme
Bol d’air
Le théâtre de la vie
Double visite du brigadier
Une fantaisie du brigadier
le brigadier et la SORCIERE
Le brigadier néanmoins
Le retour du brigadier libertaire
Connaissiez-vous Henry Pessar ?
11e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Liberté j’écris ton nom
Connaissez-vous Velibor Čolić ?
Le RAT-roseur Rat-rosé...
10e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
9e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Mais ne dîtes pas n’importe quoi !
8e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Fourmi humaine
Sans visage
7e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Tous ces visages qui disent « ouf »
6e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
5e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
COVID 19 encore et encore
4e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
En relisant Baudelaire
3e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Suite des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Qui se cache derrière son masque ?
CAMUS
Avoir ou ne pas avoir le coronavirus
Confidence de femme
Brigadier !
Candide, le brigadier ?
Le brigadier prend le Tramway, correspondance à Mouette
Et revoilà le brigadier !
L’essence d’un individu c’est son intimité
Le brigadier est de retour...
Je m’appelle Erik Satie, comme tout le monde
Et pendant ce temps Simone veille
Poètes ? Deux papiers...
A voir, deux spectacles au féminin
deux pièces (de théâtre) à visiter au 36, rue des Mathurins
du théâtre en ce début d’année : Saigon / Paris Aller Simple
aux vagues d’un poète
Spectacles de résistance à découvrir au théâtre
SPECTACLES AU FEMININ A LA MANUFACTURE DES ABBESSES
Nouveaux coups paisibles du brigadier : BERLIN 33
Au théâtre : POINTS DE NON-RETOUR. QUAIS DE SEINE
théâtre : l’analphabète
Au théâtre "Change me"
c’est encore du théâtre : Killing robots
Théâtre : QUAIS DE SEINE
théâtre : Et là-haut les oiseaux
Théâtre : TANT QU’IL Y AURA DES COQUELICOTS...
théâtre : l’ingénu de Voltaire
théâtre : Les témoins
Théâtre : un sac de billes
théâtre : Pour un oui ou pour un non
Les coups paisibles du brigadier. Chroniques théâtrales de septembre 2019
Au bord du trottoir
Histoire d’un poète
au poète orgueilleux
La brodeuse
Dans quel monde vivons-nous ?
Portrait d’hybride
Tout va bien
La lutte
Page 57
théâtre : Sang négrier
Théâtre : CROCODILES -L’HISTOIRE VRAIE D’UN JEUNE EN EXIL
Théâtre : Europa (Esperanza)
Théâtre : Léo et Lui
théâtre : THIAROYE - POINT DE NON RETOUR
"Pas pleurer"
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler