Arts et Spectacles > Le brigadier rencontre Camus
Arts et Spectacles
par Evelyne Trân le 21 septembre 2021

Le brigadier rencontre Camus

Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=5960

La Chute d’Albert Camus





Adaptation : Géraud BÉNECH et Stanislas de la TOUSCHE
Artiste : Stanislas de la TOUSCHE
Metteur en scène, création sonore et vidéo : Géraud BÉNECH

Dans sa prière d’insérer de l’édition de la Chute (1956) Camus présente « L’homme qui parle » : Il a le cœur moderne, c’est-à-dire qu’il ne peut supporter d’être jugé… Fait-il son procès ou celui de son temps ?

Pour adapter ce roman-monologue sur une scène de théâtre, il faut rentrer dans le film du personnage, c’est-à-dire deviner ce qu’il voit, ce qu’il ressent tandis qu’il parle car aussi bien, il y a ce que disent les gestes, le corps et que les mots seuls ne peuvent exprimer. C’est tout l’intérêt de cette représentation théâtrale de la chute. Incarné par Stanislas de la TOUSCHE, Jean-Baptiste Clamence devient un personnage sur scène au même titre qu’un personnage Shakespearien ou plus évident pour nous qu’un personnage de Dostoïevski, Stravoguine dans les Possédés ou le narrateur des Carnets du sous-sol décrit comme un individu maniaco-dépressif.

Mais au fond, au-delà de sa description sociale – il s’agit d’un ancien avocat très prisé – qui se nomme Jean-Baptiste Clamence, il est un homme parmi les hommes qui est tout nu dès lors qu’il s’expose au jugement et au regard des autres. Le point de départ du cataclysme moral de cet individu est terrible. L’homme est obsédé par le souvenir d’une défaillance : il n’est pas venu au secours d’une jeune femme en train de se noyer.

L’origine de cette défaillance pourrait être interprétée de diverses façons. La plus simple est de penser qu’il n’a pas eu le courage. Manquer de courage c’est aussi être humain mais Jean-Baptiste Clamence déteste cette image que lui renvoie son comportement, il la déteste au point qu’il la foule à ses pieds et à travers reconnait celle de l’homme en général.

Le réquisitoire contre la société de son temps est sous-tendu par la véhémence d’une douleur quasiment physique, l’homme a aussi bien mal dans son corps que dans son esprit.

La mise en scène de Géraud BENECH fait penser à un rêve éveillé, un cauchemar qui a cela de pittoresque qu’il nous transporte dans un bouge, un bar d’Amsterdam où se retrouvent des êtres qui fuient la solitude. Et il y a cet instrument magique du miroir qui ne cesse de s’agiter, de vaciller, se consumer comme une flamme telle la vie de cet homme.

Cette intrusion du fantastique donne de la chaleur au personnage, elle s’accorde à la fièvre qui l’habite si justement exprimée par Stanislas de la TOUSCHE.

Le personnage hanté par le souvenir de sa propre lâcheté, nous ne le voyons pas en quête du bonheur ni même de son salut. Pour excessive que puisse paraitre son introspection bordée de cynisme, elle agit comme un volet qui frappe contre le mur, elle l’appareille au monde.

Le public se trouve dans la position de l’interlocuteur muet de Jean-Baptiste Clamence, certainement embarrassé, médusé par cette confession torrentielle. Stanislas de la TOUSCHE ne donne même pas l’impression de jouer, il est cet homme qui se confesse, se livre corps et esprit pour regarder la nuit en face. De chair et de sang, avec cet ego vacillant comme une mouche aveugle, en quête de lumière, l’homme qui parle, déballe sa vie comme un torchon fripé, désenchanté mais habité, nous émeut.

Eze, le 21 Septembre 2021

Evelyne Trân

au Théâtre de la Contrescarpe 5 rue de Blainville 75005 PARIS
A partir du 12 Septembre 2021, Dimanches à 14 H 30 jusqu’au 31 Octobre,
Lundis à 19 H jusqu’au 27 Décembre,
Mardis à 21 H du 2 novembre au 28 Décembre.
Relâche le 27 Septembre 2021.
PAR : Evelyne Trân
SES ARTICLES RÉCENTS :
Le soleil n’a pas encore disparu !
Des nouvelles du procès de Tran To Nga contre les fabricants de l’agent orange
Le brigadier en ce début d’octobre
Le brigadier rencontre Romain Gary
Le brigadier du temps perdu
La rentrée du brigadier
Exposition sur l’agent orange
Affect ou éthique?
Le vigile et la flûte traversière
Le brigadier a-t-il son pass ?...
Poupée en chiffons
Quand le brigadier rencontre Proudhon et Courbet
Bon anniversaire Francis Blanche !
Le brigadier toujours en Avignon
le brigadier festivalier
Le brigadier en Avignon
Le brigadier pour ce premier jour d’été
le brigadier de la mi-juin
Le brigadier frappe à la porte du ML
Ecoutez, c’est le brigadier...
Les voilà, Les trois coups du brigadier
Procès intenté par Madame TRAN To Nga à l’encontre de 14 firmes américaines.
L’agent orange-dioxine. Le tribunal d’Evry fait la sourde oreille
V’la le brigadier qui va reprendre du service
???? Cascade d’un poème ou quelle mouche te pique ????
L’agent orange-dioxine
Histoire d’un maillon faible
Vive les librairies d’occasion !
De Déborah Levy à George Orwell
Le printemps de la poésie
Les chants révolutionnaires d’EUGENE POTTIER (1816-1887)
Ma Chère Montagne
Ma terre empoisonnée de Tran To Nga
Les Grandes Traversées d’Helen JUREN
Brigadier même pas mort !
D’Anne Sylvestre à Camus
L’agent orange-dioxine : Résumé du procès qui a débuté ce 25 Janvier 2021 à Evry.
L’agent orange-dioxine
Passé, présent, futur
Pour qui vous prenez-vous ?
Bas les masques !
Les mots parlent d’eux mêmes
En attendant Godot... Isabelle Sprung.
Histoire de bus.
le brigadier tapera trois fois
Un biptyque
Elle
A propos de l’aquoibonisme
Bol d’air
Le théâtre de la vie
Double visite du brigadier
Une fantaisie du brigadier
le brigadier et la SORCIERE
Le brigadier néanmoins
Le retour du brigadier libertaire
Connaissiez-vous Henry Pessar ?
11e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Liberté j’écris ton nom
Connaissez-vous Velibor Čolić ?
Le RAT-roseur Rat-rosé...
10e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
9e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Mais ne dîtes pas n’importe quoi !
8e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Fourmi humaine
Sans visage
7e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Tous ces visages qui disent « ouf »
6e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
5e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
COVID 19 encore et encore
4e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
En relisant Baudelaire
3e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Suite des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Qui se cache derrière son masque ?
CAMUS
Avoir ou ne pas avoir le coronavirus
Confidence de femme
Brigadier !
Le brigadier prend le Tramway, correspondance à Mouette
Et revoilà le brigadier !
L’essence d’un individu c’est son intimité
Le brigadier est de retour...
Je m’appelle Erik Satie, comme tout le monde
Et pendant ce temps Simone veille
Poètes ? Deux papiers...
A voir, deux spectacles au féminin
deux pièces (de théâtre) à visiter au 36, rue des Mathurins
du théâtre en ce début d’année : Saigon / Paris Aller Simple
aux vagues d’un poète
Spectacles de résistance à découvrir au théâtre
SPECTACLES AU FEMININ A LA MANUFACTURE DES ABBESSES
Nouveaux coups paisibles du brigadier : BERLIN 33
Au théâtre : POINTS DE NON-RETOUR. QUAIS DE SEINE
théâtre : l’analphabète
Au théâtre "Change me"
c’est encore du théâtre : Killing robots
Théâtre : QUAIS DE SEINE
théâtre : Et là-haut les oiseaux
Théâtre : TANT QU’IL Y AURA DES COQUELICOTS...
théâtre : l’ingénu de Voltaire
théâtre : Les témoins
Théâtre : un sac de billes
théâtre : Pour un oui ou pour un non
Les coups paisibles du brigadier. Chroniques théâtrales de septembre 2019
Au bord du trottoir
Histoire d’un poète
au poète orgueilleux
La brodeuse
Dans quel monde vivons-nous ?
Portrait d’hybride
Tout va bien
La lutte
Page 57
théâtre : Sang négrier
Théâtre : CROCODILES -L’HISTOIRE VRAIE D’UN JEUNE EN EXIL
Théâtre : Europa (Esperanza)
Théâtre : Léo et Lui
théâtre : THIAROYE - POINT DE NON RETOUR
"Pas pleurer"
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler