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Arts et Spectacles
par Evelyne Trân le 21 juin 2021

Le brigadier pour ce premier jour d’été

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La Putain respectueuse de Jean-Paul Sartre
– Un spectacle de la Compagnie STRAPATHELLA dans une mise en scène de Lætitia Lebacq




Avec Lætitia Lebacq / Lizzie
Baudouin Jackson /Le Nègre [note]
Bertrand Skol /Fred
Philippe Godin / Le Sénateur
Assistante à la scènographie Carole Damet
Création lumière et sonore Johanna Legrand

Préliminaire : Pour parler de personnes, les termes "Nègre", "Blanc(s)", "Blanche", "Noir(s)" sont mis entre guillemets car insupportables.

Cette œuvre théâtrale de jeunesse de Jean-Paul Sartre (publiée en 1947 et représentée en 1948) n’a rien perdu de son piquant. Écrivain engagé, Jean-Paul Sartre s’est inspiré d’un fait divers particulièrement odieux qui a défrayé les chroniques aux États-Unis dans les années 30, l’affaire des Scootsboro Boys, accusés du viol d’une "blanche" et injustement condamnés.

Le Pouvoir et la Justice voilà 2 entités dans la balance. Aujourd’hui même en France, la magistrature n’a de cesse de se déclarer indépendante des pouvoirs en place. En tant que citoyens lambda, nous voulons croire à l’intégrité des juges mais quand d’une vérité énoncée ou passée sous silence dépend notre tranquillité et plus grave encore le destin d’un homme ou d’une femme, nous pouvons saisir ce que signifie « sauver sa peau » dans un système oppressif où c’est toujours la loi du plus fort qui s’exerce.

En résumé, Jean-Paul Sartre à travers le portait d’une putain naïve et sympathique, démontre qu’en dépit de sa bonne foi, de son sens inné de la justice, elle va être acculée à faire un faux témoignage, abusée par les discours d’un sénateur qui va flatter son désir de reconnaissance par un milieu Respectable.

Écrasée par son complexe de classe inférieure, par les rapports de domination masculine qu’elle a intériorisés comme indépassables, la Putain n’a pas de liberté de pensée, parce qu’elle se trouve isolée, qu’elle est dépendante pour survivre des bonnes ou mauvaises volontés de ses supérieurs, condamnée en somme à la boucler.

Cette constatation tragique est le pendant d’une autre réalité celle qui dénie au "Nègre" l’égalité des droits avec un "Blanc" parce que considéré inférieur.

Nous voyons la Putain pleine de vie, enjouée et tendre vis à vis d’un client qu’elle vient d’adopter. Nous la devinons généreuse par nature mais guère réfléchie. Ses réactions sont spontanées, elle promet au "Nègre" de ne pas témoigner contre lui puis plus tard, oubliant sa promesse, elle adhère au discours du Sénateur parce qu’il a touché sa corde sensible, en lui demandant de sauver un "Blanc".

Cette Putain, peut susciter les moqueries du spectateur, quelle cruche n’est-ce pas ? Mais la vérité, c’est qu’elle fait pitié. Cette pitié, elle s’adresse à nous-mêmes. Comment aurions-nous réagi à sa place, aurions-nous résisté à la tentation de faire un faux témoignage pour sauver notre peau ?

La pièce sur la forme est tout à fait avenante. La mise en scène de Laetitia Lebacq est vive et fort bien rythmée, on entend même des spectateurs rire dans la salle. Allons-nous rire du pauvre "Négre" qui va jusqu’à prier une "Blanche" de le cacher ? Nos instincts primaires vont-ils se réveiller ? Chasse à l’homme, à l’animal, à la Putain ?

Sommes-nous "Blancs" ou "Noirs" ou "Blancs" et "Noirs" ? Elle a quelle couleur notre bonne conscience ? Nous rions noir et blanc pour ne pas pleurer.

Car que voyons-nous sinon deux personnes, une Putain et un "Nègre", prises au piège comme des rats par des hommes masqués au pouvoir.

La cage est attrayante, elle a un côté kitsch de boîte à musique des années trente, la souris bien jolie, le "Nègre" vraiment noir. Les spectateurs pourraient aisément se laisser abuser par « l’ambiance moite » qui rappelle l’univers d’Elia Kazan. C’est toute la réussite de ce spectacle captivant et percutant servi par une belle distribution de comédiens et la présence de Laetitia Lebacq.

Le spectacle à ce jour est terminé mais étant donné le bel accueil du public,
il devrait faire l’objet d’une reprise très prochainement.


Paris, le 21 juin 2021
Evelyne Trân

C’était à LA FOLIE THEATRE 6, rue de la Folie Méricourt 75011 PARIS
PAR : Evelyne Trân
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