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par Evelyne Trân le 8 février 2021

D’Anne Sylvestre à Camus

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" Écrire pour ne pas mourir " chantait Anne Sylvestre. Avec sa voix chaude, elle faisait entrer le mot mourir dans sa réalité charnelle, émotionnelle, voire sensuelle. Mais elle ne parlait pas d’elle-même, elle parlait pour ceux qui sont condamnés au silence, à l’opprobre. Elle se trouvait de ce côté-là viscéralement et d’autant plus parce qu’elle avait été confrontée à l’histoire d’un père emprisonné après la guerre pour collaboration avec l’ennemi.

Aujourd’hui je relis Le Premier Homme de Camus. Je suis émue comme si j’assistai au travail d’un artiste en train de sculpter ou de peindre.

Dans ce livre inachevé pour cause mort, la sienne, Camus revient sur son enfance. Il en était déjà question dans une première œuvre publiée à Alger en 1937 L’Envers et l’Endroit qu’il ne republiera qu’en 1958 parce qu’il la jugeait maladroite.
Il s’avère à mon sens que son écriture était alors beaucoup plus fluide que celle du Premier Homme très touffue en raison d’une matière de souvenirs scrutée à la loupe, très resserrée, volontairement parce qu’il était mu par cette exigence :
"Le jour où l’équilibre s’établira entre ce que je suis et ce que je dis, ce jour-là, et j’ose à peine à l’écrire, je pourrais bâtir l’œuvre dont je rêver ".

Mais il est allé très loin pour qu’on puisse aller plus loin encore. L’intériorité de Camus peut être de grand secours à tous ceux qui choisissent ce moyen d’expression, l’écriture.

Camus était un artiste dans l’âme. "La vie mystérieuse et éclatante suffisait à le remplir tout entier " (Jacques dans Le Premier homme).
Il confie : "J’avais besoin d’une grandeur. Je la trouvais dans la confrontation de mon désespoir profond et de l’indifférence secrète d’un plus beau paysage du monde." (L’envers et l’endroit).

Il découle de ses récits autobiographiques un sentiment de liberté.
Profondément, ce qui pouvait avoir grâce à ses yeux c’était le souvenir de sa mère muette, sacrifiée aux nécessités de la vie mais dont la présence silencieuse comme une ombre l’a toujours interpellé.

Sa liberté à lui, c’était celle d’être issu d’une famille pauvre et humble, d’y avoir puisé une richesse indéniable, celle de l’écoute, de l’attention aux tressaillements les plus intimes, celle de lire dans la pensée des personnes muettes.

Voilà je m’exprime moi aussi d’une façon maladroite. Vous me direz que c’est dommage ! Enfin ce que je veux dire c’est que lire Le Premier Homme c’est comme décider de gravir un chemin de montagne pour respirer un grand coup.

C’est le mystère de l’écriture de Camus, on ne s’y sent pas seul.

Eze, le 8 Février 2021
Evelyne Trân

PAR : Evelyne Trân
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