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Arts et Spectacles
par Evelyne Trân le 2 mars 2020

Candide, le brigadier ?

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CANDIDE de VOLTAIRE mise en scène d’ARNAUD MEUNIER

avec Tamara Al Saadi, Cécile Bournay [note] , Philippe Durand, Gabriel F., Romain Fauroux [note] , Nathalie Matter, Stéphane Piveteau, Frederico Semedo, les musiciens Matthieu Desbordes, Matthieu Naulleau, participation vidéo Emmanuel Vérité
*issus de L’École de la Comédie

Collaboration artistique Elsa Imbert version scénique, dramaturgie et assistante à la Mise en scène Parelle Gervasoni - Composition musicale Matthieu Desbordes, Matthieu Naulleau - Scénographie & vidéo Pierre Nouvel - Lumière Aurélien Guettard - Costumes Anne Autran - Perruques & maquillage Cécile Kretschmar - Stagiaire perruques & maquillage Enrique Medrano Feliu - Regard chorégraphique Jean-Charles Di Zazzo - Régie générale Thomas Chazalon - Accessoires Hubert Blanchet - Construction décor & costumes Ateliers de La Comédie de Saint-Étienne

Devenu une œuvre culte, Candide de Voltaire tout d’abord publié sous un nom d’emprunt, le docteur Ralph, l’an de grâce 1759, puis interdit à plusieurs reprises, fut ce qu’on appelle aujourd’hui un best-seller.
Il ne s’agit donc pas de ce qu’on appelle communément « une tempête dans un verre d’eau ».
L’idéal est de se plonger dans la lecture de cette œuvre le plus librement possible c’est-à-dire en oubliant que ce conte fait l’objet d’innombrables commentaires. Candide aurait-il inspiré à Hergé le personnage de Tintin ? En littérature comme au théâtre tout est possible.

Qui est Candide sinon le lecteur lui-même, embarqué dans un récit fleuve où s’engouffre une kyrielle de personnages qui sans comprendre ce qui leur arrive comme le dénommé Candide, un brave garçon chassé du paradis, vont expérimenter l’ignominieuse distance entre le monde des idées et la réalité, à travers des mésaventures rocambolesques où ils braveront tous les maux possibles et imaginables en provenance de l’homme lui-même ou de la nature.
Et c’est drôle, épouvantablement drôle comme dans un théâtre de marionnettes où l’impitoyable marionnettiste Voltaire manipule avec un certain sadisme ses créatures et ce dans un rythme effréné de péripéties mais le synopsis en vérité c’est juste le filet dans lequel va se trémousser le candide lecteur car c’est l’idéale condition pour prêter l’oreille aux discussions philosophiques des personnages porte pensées de Voltaire, comme ce savant qu’interroge Candide :
« Monsieur, vous pensez sans doute que tout est au mieux dans le monde physique et dans le moral, et que rien ne pouvait être autrement ? – Moi, monsieur, lui répondit le savant, je ne pense rien de tout cela : je trouve que tout va de travers chez nous ; que personne ne sait ni quel est son rang, ni quelle est sa charge, ni ce qu’il fait, ni ce qu’il doit faire, et qu’excepté le souper, qui est assez gai et où il paraît assez d’union, tout le reste du temps se passe en querelles impertinentes : jansénistes contre molinistes, gens du parlement contre gens d’église, gens de lettres contre gens de lettres, courtisans contre courtisans, financiers contre le peuple, femmes contre maris, parents contre parents ; c’est une guerre éternelle. »

Voltaire commentateur de notre époque, de nos journaux télévisés ? Il se régalerait !

Adapter Candide au théâtre voilà qui est ambitieux ! Arnaud MEUNIER rompu à la discipline du théâtre-récit, mouvemente ce conte fleuve « Dans un univers scénique qui emprunte à la fois aux illustrations impertinentes de Candide qu’en a fait Joann Sfar dans sa Petite bibliothèque philosophique, qu’à l’imaginaire de l’artiste contemporain Pierre Nouvel ». Il met en scène une belle équipe d’acteurs-conteurs – accompagnés de deux musiciens – qui endossent tous plusieurs personnages et semblent se déplacer sur une bande dessinée géante.

Le spectacle tout à fait attractif fait ressortir l’aspect « bon enfant » humaniste et truculent du conte, mais nous ne sommes pas si candides, derrière le conteur affable où perce une certaine tendresse pour ces pauvres humains, c’est le lanceur d’alerte Voltaire qui s’exprime avec une bienveillante férocité !

Nice le 27 Février 2020
Evelyne Trân

Tournée : Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine | 6 mars 2020 Les Scènes du Jura, Scène nationale | 11 et 12 mars 2020 Comédie de Colmar, CDN d’Alsace | 18 au 20 mars 2020 Théâtre du Gymnase, Marseille | 24 au 26 mars 2020 Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale | 1er et 2 avril 2020 Théâtre de Villefranche, Scène conventionnée | 8 et 9 avril 2020 Théâtre de Montbéliard | 16 avril 2020 Théâtre de la Ville, Paris | 21 avril au 7 mai 2020.

PAR : Evelyne Trân
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