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par Evelyne Trân le 11 mai 2020

4e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER

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avec Jérémie Jeandidier et le concours de Fabien Roland et Evelyne Trân.

Toutes ces années 60, je suis un vrai mordu de la chanson. J’apprécie aussi bien Pétula Clark pour son côté variétés que Gilbert Bécaud pour son côté music-hall et puis je vais voir Jacques Brel.



Par contre, je vais rester hermétique aux Beatles. Parce que je ne comprends pas l’anglais et que leur musique ne me touche pas vraiment. Mais je suis très intéressé par les protest songs américan (chants de révolte) autour de Bob Dylan et surtout Joan Baez.




Et les précurseurs Peter, Paul and Mary et Pete Seeger.




Ça se mélange. Entre les protest songs, le yéyé surtout Dutronc, Françoise Hardy, Eddy Mitchell post chaussettes noires.
J’aime pas spécialement les chaussettes noires mais après je vais aimer Eddy Mitchell au fur et à mesure qu’il prendra de l’âge.




C’est les seuls de la période yéyé qui m’ont accompagné à cette époque et que je vais garder toute ma vie.

Mai 68

J’étais manœuvre… je me suis marié et ma situation financière était très dure.
J’ai vécu à ma façon cet événement important, Mai 68. Le mouvement de Mai 68 est à l’origine un mouvement étudiant qui va toucher par ricochet le milieu des usines de façon secondaire avec souvent l’hostilité des syndicats.
N’étant pas étudiant, ce sont mes contacts avec la chanson et les libertaires qui m’ont rapproché du mouvement.

Notamment la nuit des barricades, la nuit où la première barricade est montée.

Moi je me trouve, c’est un hasard, en plein quartier Latin, tout près de la rue Gay-Lussac où va se dresser la première barricade sous le coup de 10 heures et demie à 11 heures du soir.

Mais ce jour-là, c’est le gala annuel du groupe libertaire Louise Michel qui est dans son quartier et qui organise son gala comme chaque année à la Mutualité avec Léo Ferré. Beaucoup d’autres artistes dont Marcel Azzola, Claude Bérénice accordéoniste, Anne Vanderlove assuraient la première partie.




Moi, j’étais là comme d’habitude.
Ça bougeait un peu dans le milieu étudiant.  Je suivais ça un peu de loin mais je suivais quand même. Je guettais les infos qui m’arrivaient, uniquement par le Monde Libertaire. Y’avait pas d’autres moyens d’être informé. Au niveau national à la radio et à la télé, il y avait peu d’infos. Mais quand on s’y intéressait, on savait que ça bouillait. Quand je suis arrivé à la mutualité, on sentait qu’il allait se passer quelque chose.
Des forces de police et CRS étaient présentes, y’en avait partout.

Faut dire que la mutualité était en plein quartier latin. On rentre pour le gala, on était nombreux. On devait être près de 2000. Le gala commençait à se dérouler. On en est à la première partie. Le gala est interrompu.
Maurice Joyeux qui est un des responsables de la Fédération anarchiste prend la parole et nous informe que la première barricade se fait rue Gay Lussac.




Il avertit la salle et annonce une petite pause pour ceux qui veulent partir sous les barricades. Autrement, pour ceux qui veulent attendre la fin, un rassemblement est organisé devant la mutualité pour y aller en groupe.

Le gala reprend. Léo Ferré assure la deuxième partie. Il crée une chanson qu’il avait écrite plusieurs années avant et qu’il n’avait jamais interprétée. Il avait décidé de la chanter ce soir-là, c’est “Les anarchistes”. Il va la chanter tout le reste de sa carrière. Cette chanson est très emblématique de Mai 68 au quartier latin.
Moi à la fin du gala, je décide de m’approcher des barricades. Je suis tout seul, je ne suis pas armé, je ne suis pas dans un groupe. Les forces de police me semblent extrêmement inquiétantes. Je vais voir ce qui se passe aussi près que possible. Ça castagne beaucoup. Je suis très concerné mais je ne monte pas au combat. Je retourne. Tous les métros sont fermés. Je rentre à pied à Sevran dans la nuit.

Je vais suivre tout ça. Pour moi qui bosse dans la fabrique de jouets en 68, ça va être assez compliqué.


Nous on travaillait pour les fêtes foraines, pour les stands de tir, les loteries. On faisait des peluches, surtout des ours. Des fêtes foraines à l’époque, après-guerre y’en a partout. Dans les années 60, c’est très florissant . Mais ça l’est un peu moins.
Mai 68 va accentuer les difficultés de cette entreprise au bord de la faillite. En 68, on commence à travailler un peu moins, un peu moins d’horaires. Ça n’a pas d’importance. Je continue à suivre.

En même temps, je me suis abonné à La Rue. Je suis abonné à la fois au Monde Libertaire et à La Rue qui est une revue culturelle du groupe libertaire Louise Michel.
Et qui par coïncidence est sorti en mai 68. Le numéro 1 était en vente à la mutualité pour la première fois, la nuit des barricades, avec un texte inédit de Léo Ferré qui s’appelle “Je donnerai dix jours de ma vie”. C’est un long texte de Ferré donné à la revue.

Je croise aussi la compagne de Maurice Joyeux qui est Suzie Chevet. Elle était militante de la ligue internationale des droits de l’homme et membre du groupe libertaire Louise Michel. Elle s’occupait des galas pour la Fédération anarchiste et pour le groupe libertaire. 




Elle fréquentait naturellement les artistes. Et c’est elle qui leur demandait de venir chanter. Après sa mort dans un accident de circulation à Nice, je reprends sa mission pour la fédération anarchiste avec Joël-Jacky Julien le fondateur du forum Léo Ferré et avant du théâtre libertaire de Paris, de Radio Libertaire.




Et Hervé Trinquier du groupe Fresnes-Antony. 





PAR : Evelyne Trân
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