Musique > 10e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Musique
par Evelyne Trân le 6 juillet 2020

10e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER

Lien permanent : https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=4951

avec Jérémie Jeandidier et le concours de Fabien Roland et Evelyne Trân.

Les années 2000.

C’est une nouvelle époque pour moi. Les années 2000, c’est assez particulier pour moi. Je suis toujours agent avec mes artistes qui ont bossé avec moi depuis toutes ces années. Ça a un petit peu changé. Y’a toujours Marie-Josée Vilar. Elle a été tentée par d’autres aventures avec d’autres agents. Ce qui a un peu altéré nos rapports pendant un moment on va dire, même beaucoup ! On s’est un petit peu éloigné.





Moi j’ai un petit peu stoppé mes activités d’agent. Car c’est vrai que j’étais très attaché au travail, au parcours de vie de cette chanteuse.
Je dirais pas que c’était comme dans un couple mais c’est un peu pareil quelque part. Quand on fait la route 15 ans, 20 ans ensemble…
C’est vrai qu’il y a eu un départ que j’ai un peu mal pris pour ne pas dire plus. Comme le métier d’agent était en train de changer par rap-port au type de chansons que je défendais, aux artistes que je dé-fendais, ça devenait plus difficile de travailler avec des structures notamment les villes.
Ma chanteuse principale s’était éloignée, j’avais ralenti un peu le travail. Mais pas vraiment, 2000 c’est encore la fin mais d’autres choses se passent.

J’habite Sevran. Les élections municipales au début des années 2000, il y a un changement de municipalité. Le maire est élu. Moi j’ai fait de la chanson à Sevran avec une autre municipalité quelques années avant mais ça s’est arrêté.
Il se trouve que je soutiens ce maire pendant sa candidature et il va être élu à Sevran une ville de plus de 50 000 habitants. C’est un tout jeune maire quand il est élu, il a 31 ans.
C’est le plus jeune maire élu d’une ville de plus de 50 000 habitants. Pendant sa campagne, il m’avait dit “Si je suis élu, je t’offrirai la possibilité de faire de la chanson dans la ville dans de bonnes conditions.”
Il va tenir parole. Les hommes politiques tiennent quelquefois paroles. Pas tous. Et à partir de 2001.
A Sevran, j’ai bossé 2 ans avec une municipalité précédente qui a fait des belles choses. J’ai bossé avec des structures associatives qui étaient installées sur la ville, mais comme ça par à coup.
Mais vraiment quand il est élu en 2001, l’association Mots et Musique intègre vraiment le service culturel de la ville. Nous étions un vrai partenaire du service culturel de la ville en étant indépendant car c’est une structure associative mais qui est partenaire de la ville.
Mais on va participer à la saison culturelle au sein du service culturel de la ville en étant indépendant avec pour mission de la chanson, c’est ce que Mots et Musiques sait faire.
Pour la première année, en travaillant avec l’équipe, on va mettre au point 8 spectacles de chansons dans l’année. C’est beaucoup. Ça va s’installer sur la programmation de la ville.
Ça va exister cette programmation pendant 12 ans jusqu’en 2013. Il n’y aura pas toujours 8 spectacles, il y en aura 6, il y en aura 4, il y en aura 5. Les 2 dernières années, il n’y en a plus que 2 ou 3.
Il y a aussi la population qui changeait beaucoup sur la ville. Une population très jeune, pauvre, énormément de chômeurs, une population très africaine. C’est difficile pour le créneau chanson de maintenir une programmation plus importante.
C’est comme ça. Ça va durer 12 ans, c’est très important. Jusqu’à ce que le maire stoppe la collaboration avec Mots et Musiques sur un motif politique.
Le maire de Sevran a un parcours très particulier, il a été élu. C’était un maire communiste au départ, puis il a rejoint l’Europe Écologie Les Verts, ce qui est son droit.
Il avait eu des problèmes au sein de son ancien parti. Moi je l’avais soutenu sans être communiste puisque je suis libertaire. Au moment des élections municipales en 2013, je ne me suis pas éloigné de ses anciens amis, ce qui n’a pas plu au maire. Il y a un problème politique qui fait qu’on a arrêté en 2013.
Il y avait eu beaucoup de spectacles, de créations de spectacles notamment la création d’un spectacle de Marie Josée Vilar autour des chansons de Barbara.




Marie-Josée Vilar est essentiellement un auteur compositeur, elle chantait ses chansons avant tout. Là il y avait une commande de la ville qui voulait faire un spectacle autour de Barbara. Ils m’ont demandé si je connaissais quelqu’un qui pouvait le faire.
Moi je savais que Marie-Josée pouvait le faire. C’est pas elle qui y a pensé au départ, c’est moi qui lui ai proposé. C’est une artiste professionnelle et il y avait quand même un joli cachet à la clé.
Elle a accepté de travailler sur Barbara et de faire cette création. Elle a travaillé sur une vingtaine de chansons de Barbara. Ça a été créé sur la ville de Sevran.
C’est un partenariat Mots et Musiques et la ville de Sevran : Marie-Josée Vilar autour de Barbara.
Ce spectacle après, on a été le faire au théâtre Essaïon à Paris, on a fait 4 lundis. On a aussi été le faire en Espagne avec le centre culturel français là-bas. On l’a fait aussi dans deux trois villes avec le service culturel des villes. C’est important.

Il y a eu plein de spectacles à l’occasion des 20 ans de la disparition de Léo Ferré. On a fait un hommage à Léo Ferré avec Gilles Servat, Annick Cisaruk, Alain Aurenche.




On a créé sur la ville de Sevran. C’est un spectacle qu’on n’’avait jamais fait ensemble. C’est une création ville de Sevran - Mots et Musiques. C’est un spectacle acheté par la CGT pour le faire à Montreuil. C’était très impressionnant. C’était au siège de la CGT à Montreuil, c’est 800 personnes qui travaillent là-bas.
C’est exceptionnel. Il y avait un grand panneau mis en place pour le spectacle pendant tout le mois de septembre. Le spectacle avait lieu en octobre. Cet immense panneau à l’entrée annonçait le spectacle qu’on allait faire à l’occasion pour les 20 ans de sa disparition. Grand souvenir.
Beaucoup d’artistes sont passés à Sevran comme Gilles Servat, Pierre Louki, Anne Vanderlove, Marie Josée Vilar.
Beaucoup d’artistes en solo.





A partir des années 2001, je vais aussi démultiplier les fêtes de Mots et Musiques. Depuis 1991, les fêtes de Mots et Musiques, il y en avait une chaque année qui clôturait la saison.

Après, je tenais à maintenir une fête de Mots et Musiques à Paris. Car Paris, c’est Paris.

Comme j’étais en banlieue et j’avais un vrai partenariat avec la ville, l’espace François Mauriac est vraiment une petite salle que moi j’aime beaucoup. J’y suis très attaché et c’est ma ville et que j’y ai fait des spectacles d’inauguration.

J’ai fait des spectacles avant que ce soit l’espace François Mauriac, c’était un centre d’animation et de loisirs qui était géré par la fédération Léo Lagrange. C’était une salle qui a été ensuite améliorée et transformée, c’est la même salle.
Je suis très attaché à ça. Et j’aime beaucoup cette salle. En tant que public, j’y suis bien. Ça peut sembler marrant de dire ça mais il y a de vrais fauteuils, on a sa place. On n’a pas mal au cul au bout d’une demie heure ou d’une heure quand les spectacles sont trop longs.
Il y a une intimité. je me souviens que Béa Tristan quand elle est rentrée par le hall, ça lui a plu. Elle n’était pas rentrée par l’entrée des artistes, ni par l’entrée du public.





Il y a une cinquantaine d’artistes qui y sont passés il y a une quinzaine d’années. Dans ce créneau chanson, c’était une plus belle programmation en Île de France. Et ça, je n’ai pas peur de le dire et je l’affirme !
D’autres choses se passent, il y a le Forum Léo Ferré qui se crée aussi. Il y a le Théâtre Libertaire de Paris Dejazet qui a vécu de 1986 à 1991, créé par Hervé Trinquier et Joël Jacky Julien auquel j’ai participé.

Après un autre lieu, quelques années après. Quand Léo Ferré est dé-cédé en 1993, on a créé sur Paris, un hommage à Léo “Thank you Ferré”. Il est mort un 14 juillet, l’anti militariste est mort un 14 juillet ! Dès le 14 juillet d’après, on a créé un hommage et on a fait tous les 14 juillet pendant 10 ans au théâtre du Trianon à Paris.





On avait un plateau avec une douzaine de chanteurs et chanteuses qui étaient là, des gens très connus, moins connus. Un gros plateau tous les 14 juillet.
Ça, c’est l’initiative de Jöel Jacky Julien, le créateur du Théâtre Libertaire de Paris, et de Geneviève Métivet qui est la secrétaire de Mots et Musiques.
“Mots et Musiques” est à l’intérieur de “Thank you Ferré”. Sans être un élément primordial, c’est pas le principal, “Mots et Musiques” est à l’intérieur et participe à tous ces 14 juillet.
Ça va durer une dizaine d’années. Au bout de 10 ans, l’association décide d’arrêter mais par contre de recréer un cabaret. C’est la créa-tion du Forum Léo Ferré qui est créé au début des années 2000.
Créé par Joël Jacky Julien, avec Geneviève Métivet, avec Alain Aurenche et une dizaine de personnes autour, dont moi Patrick Kipper. Je n’y suis pas spécialement en tant que Mots et Musiques mais je fais partie de l’association qui crée ce cabaret.

Il n’existe pas, on s’installe à Ivry, on achète un local commercial au pied d’un immeuble. Un local commercial qui aurait pu être une boucherie, une boulangerie. Il n’y a rien. Avec beaucoup de bénévolat, on en fait un cabaret.
On installe un bar, on fait une petite salle, une scène, du son, de la lumière. Et on crée le Forum Léo Ferré.
Et là, arrive le piano. Le piano qui arrive du Théâtre Libertaire de Paris. Ce piano appartenait à Hervé Trinquier. Le Théâtre Libertaire de Paris n’existe plus depuis longtemps. Il avait le piano dans un coin de sa maison. Le piano arrive.
On est 1991. On est en 2020, le piano est toujours là.









PAR : Evelyne Trân
SES ARTICLES RÉCENTS :
Le retour du brigadier libertaire
Connaissiez-vous Henry Pessar ?
11e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Liberté j’écris ton nom
Connaissez-vous Velibor Čolić ?
Le RAT-roseur Rat-rosé...
9e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Mais ne dîtes pas n’importe quoi !
8e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Fourmi humaine
Sans visage
7e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Tous ces visages qui disent « ouf »
6e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
5e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
COVID 19 encore et encore
4e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
En relisant Baudelaire
3e partie des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Suite des entretiens à bâtons rompus de Patrick KIPPER
Qui se cache derrière son masque ?
CAMUS
Avoir ou ne pas avoir le coronavirus
Confidence de femme
Brigadier !
Le brigadier prend le Tramway, correspondance à Mouette
Et revoilà le brigadier !
L’essence d’un individu c’est son intimité
Le brigadier est de retour...
Je m’appelle Erik Satie, comme tout le monde
Et pendant ce temps Simone veille
Poètes ? Deux papiers...
A voir, deux spectacles au féminin
deux pièces (de théâtre) à visiter au 36, rue des Mathurins
du théâtre en ce début d’année : Saigon / Paris Aller Simple
aux vagues d’un poète
Spectacles de résistance à découvrir au théâtre
SPECTACLES AU FEMININ A LA MANUFACTURE DES ABBESSES
Nouveaux coups paisibles du brigadier : BERLIN 33
Au théâtre : POINTS DE NON-RETOUR. QUAIS DE SEINE
théâtre : l’analphabète
Au théâtre "Change me"
c’est encore du théâtre : Killing robots
Théâtre : QUAIS DE SEINE
théâtre : Et là-haut les oiseaux
Théâtre : TANT QU’IL Y AURA DES COQUELICOTS...
théâtre : l’ingénu de Voltaire
théâtre : Les témoins
Théâtre : un sac de billes
théâtre : Pour un oui ou pour un non
Les coups paisibles du brigadier. Chroniques théâtrales de septembre 2019
Au bord du trottoir
Histoire d’un poète
au poète orgueilleux
La brodeuse
Dans quel monde vivons-nous ?
Portrait d’hybride
Tout va bien
La lutte
Page 57
théâtre : Sang négrier
Théâtre : CROCODILES -L’HISTOIRE VRAIE D’UN JEUNE EN EXIL
Théâtre : Europa (Esperanza)
Théâtre : Léo et Lui
théâtre : THIAROYE - POINT DE NON RETOUR
"Pas pleurer"
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler