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par Frédéric Pussé le 31 juillet 2023

La collaboration des industriels avec le régime nazi (2e partie)

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Sidérurgie et chimie, les industries allemandes de la mort

Article extrait du Monde libertaire n° 1848 de mars 2023
Elles sont nombreuses, ces grandes entreprises, à vouloir laisser un voile sur leur passé trouble et pas très glorieux, et grâce auquel elles ont pu prospérer. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale (1939-45), la plupart d’entre elles ont poursuivi leurs activités, et certaines sont même devenues aujourd’hui des multinationales.
Intéressons-nous à ces grands groupes industriels et à leurs dirigeants ayant sévi aux côtés des nazis, avant et pendant le conflit, que ce soit par idéologie ou par intérêt économique.

Le deuxième des trois volets de cette série d’articles traitant de la collaboration des industriels avec le régime nazi est consacré à la sidérurgie et à la chimie, deux des grandes industries allemandes de la mort.
On le sait, Hitler avait fait du réarmement de l’Allemagne, dès son accession au pouvoir en 1933, sa priorité. C’est pourquoi le Troisième Reich s’intéressa grandement à la sidérurgie, mais aussi, pour d’autres funestes raisons, à la chimie. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il trouva en Allemagne des partenaires au sein des industries sidérurgiques et chimiques plus que complaisants.

La sidérurgie, génératrice de l’armement avec Flick et Krupp
Le magnat allemand de l’acier, Friedrich Flick, fondateur de la dynastie et de la société éponyme, est l’un des membres fondateurs du parti nazi.
Il profite de la liquidation des propriétés juives et produit massivement de l’armement pour la machine de guerre nazie en utilisant des prisonnier·ères interné·es dans les camps de concentration.
Accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au procès de Nuremberg, il fera trois des sept années de prison auxquelles il avait été condamné.



Flick au moment de la sentence. Nuremberg 1947

Puis, Friedrich Flick, qui par ailleurs s’est toujours refusé à payer la moindre compensation aux familles des victimes, rebâtira son empire et redeviendra l’un des hommes les plus riches d’Allemagne, étant entre autres l’actionnaire majoritaire de Daimler-Benz (aujourd’hui Mercedes-Benz). En 1963, il obtiendra même la Croix fédérale du Mérite.
À son décès, en 1972, c’est une fortune colossale qu’il laissera à ses descendants. La famille Flick deviendra alors une richissime dynastie politique et industrielle allemande, héritière d’un empire industriel englobant la houille, l’acier et la société Daimler. Elle s’étendra ensuite aux États-Unis.

Surnommées par Hitler Les forges du Reich, les usines Krupp sont la source principale des armements allemands et l’un des fleurons économiques de l’Allemagne nazie.
Comme beaucoup, elles utilisent, et en masse, la main d’œuvre esclavagisée des camps de concentration.



Adolf Hitler serrant la main de Gustav Krupp

Très tôt, Gustav Krupp, qui avait déjà largement profité du précédent conflit mondial, verse de fortes sommes issues de sa compagnie, mais également de son compte personnel, au parti nazi. Dirigeant la société familiale jusqu’en 1943, il passe ensuite la main à son fils, Alfried Krupp. Ce dernier, membre des SS dès 1931, permet d’inféoder l’entreprise aux nécessités du Reich.
Le père et le fils seront parmi les principaux accusés du procès de Nuremberg.



Les inculpés au procès Krupp au premier plan, Alfried Krupp

La procédure engagée contre le premier sera suspendue pour raison de santé, et le second sera condamné en 1948 à douze ans de prison, avant d’être gracié en 1951.
Après les hostilités, la société redeviendra rapidement une multinationale aux activités florissantes. Enrichie grâce aux deux guerres mondiales, le groupe sidérurgique, aujourd’hui fusionné avec Thyssen pour former ThyssenKrupp, demeure l’une des plus important d’Allemagne.

La chimie et les mélanges infâmes d’IG Farben
Le consortium IG Farben rassemble plusieurs entreprises chimiques dont notamment Bayer, AGFA, BASF et Hoechst.
Il soutient financièrement le parti nazi dès la campagne électorale de 1932 qui portera Hitler à la chancellerie le 30 janvier 1933. Les sociétés qui composent le groupement d’intérêt économique IG Farben vont dès lors s’enrichir considérablement en produisant, pour la machine de guerre nazie, de nombreux et divers produits chimiques tels l’ammoniac, l’essence et le caoutchouc synthétique, les biocides, les médicaments, les colorants, les plastiques, les pellicules photographiques ou encore les textiles. Dans ses diverses entreprises et filiales disséminées à travers tout le Reich, IG Farben a recours à des dizaines de milliers de travailleur·ses forcé.es, principalement des déténu·es des camps de concentration. Réduit·es à l’esclavage industriel dans des conditions inhumaines, iels seront des milliers à y trouver la mort.

Bayer, qui avait déjà particulièrement bien sévi durant la première grande boucherie, s’acoquine avec les médecins SS afin de se livrer à des « expériences », et de tester diverses « préparations » chimiques sur les prisonnier·ères des camps de concentration.

Degesch, filiale d’IG Farben et détenue par la firme Degussa, produit un gaz initialement utilisé comme insecticide et raticide, et qui deviendra tristement célèbre. Il s’agit du zyklon B, qui est massivement utilisé par les nazis dans les chambres à gaz des camps d’extermination pour y tuer plusieurs millions de personnes. Notons que les mots allemands qui forment l’acronyme Degesch signifient littéralement « Société allemande pour le combat contre la vermine ».

Degussa, quant à elle, est une entreprise familiale de Francfort qui fut d’abord spécialisée dans la purification de l’or, bénéficie de l’aryanisation (par rachats forcés) de sociétés, propriétés et brevets détenus ou exploités par des Juifs. C’est dans ses fours que l’or des couronnes dentaires a été récupéré sur des cadavres de déportés. Degussa deviendra par la suite une très lucrative multinationale, active dans la chimie spéciale et de transformation, avant d’être absorbé en 2007 par le groupe Evonik Industries.



IG Farben Le box des accusés le premier jour du procès (27 août 1947).

Après la guerre, le conglomérat de l’industrie chimique IG Farben et 24 de ses dirigeants, complices de la Solution finale des nazis, seront jugés lors des procès de Nuremberg. Devant l’abondance de preuves de leur implication dans la mort de millions de gens, le groupe chimique et ses 24 dirigeants seront reconnus coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ils ne seront cependant que treize à être condamnés, et seulement à des peines légères eu égard à leurs responsabilités.

IG Farben sera ensuite partiellement démantelé et ses actifs seront scindés en neuf sociétés. Parmi elles, Bayer, AGFA, BASF et Hoechst, qui reprendront, après-guerre, des activités très fructueuses et qui redeviendront bien vite des géants industriels. Hoechst fusionnera en 1999 avec le Français Rhône-Poulenc, le Britannique Fusions et les Américains Rorer et Marion pour créer le groupe agrochimique et pharmaceutique Aventis, qui deviendra Sanofi en 2011.

Aux États-Unis aussi
L’un des plus grands groupes industriels de chimie, l’Américain Dupont de Nemours, dispose d’accords de coopération avec le consortium allemand IG Farben au moment de la Seconde Guerre mondiale. Du Pont de Nemours fournissait l’acide cyanhydrique nécessaire aux exécutions capitales de certains États des États-Unis, lequel acide est également nécessaire à la fabrication du zyklon B.

Les industries sidérurgiques et chimiques allemandes jouèrent un grand rôle dans les rouages de la mécanique infernale hitlérienne, et leurs responsabilités quant à la mort et aux blessures de millions de gens sont immenses.
Le mois prochain, dans le troisième et dernier volet de cette série d’articles, nous nous intéresserons aux constructeurs automobiles qui roulèrent pour Hitler aux États-Unis et en France.

Frédéric Pussé

Sources : Terre promise, Le Monde, Observatoire des multinationales, La Liberté, Wikipédia.

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PAR : Frédéric Pussé
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