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Antisexisme
par Hélène Hernandez le 20 décembre 2022

19 novembre 2022 : une manif au goût amer pour le féminisme

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Cette année, la date retenue par #NousToutes pour manifester contre les violences faites aux femmes s’est déplacée du 25 novembre au 19 novembre, que ce soit à Paris ou dans les diverses régions. 20 000 personnes à Paris en marée violette. Ce n’était pas une grande marée, quant au violet, couleur du féminisme, encore faut-il que sur les pancartes, les slogans soient féministes. Or nous avons eu affaire à une invisibilisation du sujet femme. Sur aucune pancarte, le mot femme n’apparaissait. Tout le matériel avait été préparé en ne laissant rien au hasard tel un embrigadement.



Oui au code couleur, non au code professionnalisé négligeant volontairement la culture féministe. C’est rejeter ce qui a fait les belles heures de l’humour, de l’imagination, de l’improvisation au fil des actions et des manifestations féministes, telles que les féministes ont œuvré et maintes d’entre elles l’ont rapporté dans de nombreuses publications et que Mathilde Larrère ou Bibia Pavard analysent encore aujourd’hui. Ainsi, sur les pancartes, pas une fois le mot « femme » ou « féministe » n’était affiché ! Il faut le faire pour une manifestation visant à exprimer l’urgence de lutter contre les violences faites aux femmes !

Pourtant déjà, 100 féminicides repérés en 2022, et 122 en 2021. Les viols rapportés à la police et à la gendarmerie augmentent ainsi que les violences. #MeToo a libéré la parole. Mais si nous avons davantage connaissance des violences sexistes et sexuelles, leur nombre déclaré reste bien en deçà de la réalité, toutes les oreilles ne se prêtent pas à entendre l’effroyable honte de notre société patriarcale. Les femmes menacées, agressées, violentées, violées ne reçoivent pas encore l’accueil qu’elles seraient en droit d’attendre, si bien que près d’une femme sur deux tuée par son conjoint ou ex conjoint avait déjà signalé la violence et le risque de féminicide sans que des mesures de protection ne soient prises. Alors, en toute impunité, l’agresseur passe à l’acte : combien de féminicides et de violences pourraient être évités ? Les filles sont ainsi élevées dans la peur du prédateur. La peur doit changer de camp ! À répéter sans arrêt tout en formant les filles et les femmes à s’affirmer pour faire peur aux agresseurs.

Pourquoi que les agresseurs ne sont pas nommés sur les pancartes ? C’est comme pour les femmes, on invisibilise. Tous les hommes ne sont pas des agresseurs certes, mais plus de 90 % des agresseurs sont des hommes. Il aurait été bon de le rappeler. Mais les slogans aseptisés font place à des revendications pour des personnes non binaires. Or il est indispensable de dénoncer toutes les violences faites à toutes les personnes, y compris les personnes lesbiennes, homosexuelles, les enfants, les personnes handicapées, les transgenres, les personnes en situation de prostitution ou survivantes de la prostitution. Oui c’est important que chaque victime puisse être entendue, quelle qu’elle soit. Mais c’est important aussi de dire qui sont les agresseurs !

Par ailleurs, et au contraire de l’uniformisation du code #NousToutes, remarquons que la majorité des pancartes faites à la main, étaient dans une verve créatrice et évoquaient les violences faites aux femmes par des agresseurs hommes.




Autre problème, l’organisation du cortège tronçonné en carrés divise les victimes entre elles, en diverses catégories : « discriminations racistes, classistes, validistes, psychophobes, LGBTQIA+phobes, sérophobes, grossophobes, âgistes, islamophobes, antisémites, xénophobes, etc. ». Et la liste s’allonge mais s’éloigne des violences faites aux femmes, thème fort a priori de la manifestation. Et pourtant, dans une société régie par le capitalisme et le patriarcat, toute différence est prétexte à discrimination et violence. C’est en se rassemblant que nous pourrions être plus forts et fortes !

Christine Le Doaré fait remarquer en outre que dans la manifestation parisienne « Faire cohabiter dans un même cortège, des femmes en soutien aux iraniennes qui se révoltent et pour s’émanciper, rejettent l’obligation du port du voile, et des femmes qui, au service d’un agenda politico religieux, tentent d’imposer en occident le port du voile dans les services et la fonction publics, est une aberration politique ».




Saluons donc la présence des femmes iraniennes et turques à cette manifestation. Le discours des femmes iraniennes était puissant et fut très apprécié. Car en Iran, le voile tue. Ce 25 novembre aurait dû être politique et mettre à l’honneur les Iraniennes qui se dévoilent, cheveux au vent, au péril de leur vie pour se libérer du joug politico-religieux des mollahs, et aussi les Afghanes livrées à leur terrible sort sous le régime taliban. #NousToutes est passé à côté de l’essentiel : la solidarité internationale, ferment du féminisme !

Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard



PAR : Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard
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1

le 23 novembre 2022 11:25:29 par Monica

Merci Hélène ! Dans le Loiret, c’est le 25 novembre et voici le super programme :
Jeudi 24/11 – 19 h 00 PREPARATION manifestation contre les violences faites aux femmes 108 rue de Bourgogne salle d10 3ème étage Révisez la chanson et la choré el violador en tu camino !!
jeudi 24/11 – 20 h 00 SEMAINE contre les violences faites aux femmes f Montargis
25 et 26/11 – ATELIER La fabrication d’un documentaire CRIJ sur ins
vendredi 25/11 – 9h 17h30 MUTILATIONS génitales féminines avec Halimata Fofana et le Planning Familial au Musées des Beaux-Arts
vendredi 25/11 – 17 h 30 RASSEMBLEMENT contre les violences faites aux femmes CGT Solidaires FSU Place d’Arc Orléans
vendredi 25/11 – 18 h 00 RASSEMBLEMENT contre les violences faites aux femmes fMontargis
vendredi 25/11 – 18 h 30 MANIFESTATION contre les violences faites aux femmes Offensive Féministe 45 Place d’Arc Place de Gaulle Place du Châtelet Orléans f
vendredi 25/11 – 18h30 20h RENCONTRE Débrouille-toi avec ton violeur Théâtre d’Orléans sur rés
vendredi 25/11 – 19h 20h30 APERAUDIO Radio Campus contre les violences faites aux femmes en milieu festif puis DJ au 108 rue de Bourgogne Orléans Campagne SafeBar
vendredi 25/11 – 19 h 00 SPECTACLE Il n’y a qu’un pas : lien entre le sexisme ordinaire et les violences sexistes Coll de l’âtre SJDRuelle
Sororité anarchiste

2

le 23 novembre 2022 23:01:07 par Turba vulgator

Et les violences faites aux hommes, on n’en a rien à faire ? Les femmes disent la vérité. Les hommes mentent. On peut se dispenser de la justice. Vive la dénonciation publique et le lynchage par la populace. Sinistre époque. Le pire est que ce néo-feminisme très à la mode va dans le sens du patriarcat comme quoi les femmes sont de pauvres êtres faibles, fragiles, qu’il faut protéger des méchants hommes. Rien de nouveau sous le soleil. Nous voilà revenus au puritanisme moyenâgeux.

3

le 26 novembre 2022 00:30:31 par Fanoue

A Turba vulgator : La plupart des violences exercées contre les hommes sont portées par des... hommes. Les viols d’hommes sont commis par des... hommes. Mais, quoiqu’il en soit, la domination masculine, le système patriarcal vise d’abord les femmes, les personnes homosexuelles ( ou apparentées ) et les enfants. Il n’est pas question "d’hommes méchants", ne faites pas semblant de le croire Turba vulgator, mais bien d’un système hiérarchique et violent ( psychologiquement et physiquement ) dont les principaux acteurs sont des hommes, avec des rappels à l’ordre constant, dans la rue et au travail, à l’endroit des femmes. Cessez de pleurnicher Turba vulgator car on a bien compris que vous faites partie du groupe des hommes. C’est beau d’être solidaire avec son camp. Vous réagissez comme un patron qui s’offusque de la "violence ouvrière" dès que les exploité.e.s ouvrent leur bouche pour protester contre leurs conditions. Si la question libertaire vous taraude, désertez, trahissez plutôt votre camp en vous solidarisant avec les femmes qui se battent pour marcher tête haute et pour... l’égalité. Au fait : le puritanisme démarre au XVIème siècle, soit après le Moyen-âge... Il faut retravailler vos bases.