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par Hépha Istos le 12 juillet 2021

Robocratie : science et politique – partie I

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Article extrait du Monde libertaire n° 1827 d’avril 2021
Répondant à un de nos articles dans le Monde Libertaire de Février, Demeter pose que « l’informatique, comme la science est un outil neutre, apolitique ». Je le remercie d’ouvrir ce débat nécessaire et invite les anarchistes de tout poil à y contribuer activement. Cette première partie se concentre sur la position de Demeter relativement à la science.




Je me situe à l’opposé. Si l’on met à part la philosophie et jusqu’à il y a peu, les mathématiques, science et technique forment un tout indissociable, les deux faces d’une même médaille – la techno-science – dont la nature est éminemment politique.

Du savant au scientifique
Le temps est loin en effet où la science était la seule affaire des savants, une activité purement intellectuelle permettant de mieux comprendre le monde ; le loisir actif par excellence dont l’Athènes du Jardin d’Épicure fournit le modèle le plus pertinent : citoyens, femmes et esclaves s’y côtoyaient pour progresser dans la compréhension rationnelle du monde, cantonnant ainsi les Dieux sur l’Olympe, loin des humains. Supplantée presque dix siècles durant par le credo judéo-chrétien, la science ressurgit pour culminer dans l’Europe du début du XVIe siècle avec la « République des Lettres ». Ce réseau des érudits humanistes européens fait rejaillir la source grecque et prépare les Lumières. Sa figure la plus connue, Érasme de Rotterdam (1466 – 1536) philosophe, philologue et théologien, est en communication épistolaire avec plus de 600 de ses pairs qui ont en partage une même langue : le latin. Mais ce bref âge d’or de la science, s’achève avec deux événements majeurs. Le premier, interne, modifie profondément et définitivement la pratique scientifique ; on le rattache à Galilée (1564 – 1642). Le second est externe, politique, c’est la création en 1634 par Richelieu de la première Académie. Alors que les citoyens autofinancés et librement cooptés de la République des Lettres choisissaient eux-mêmes leurs objets de recherche, c’est le Roi désormais qui valide la nomination des académiciens, subventionne leurs travaux et en conséquence les contraint et les oriente. En mettant la science au service du roi, l’académie met le point final au modèle du « pur savant ». En 1666, Colbert fonde l’Académie des Sciences qui comptera Napoléon Bonaparte parmi ses présidents ! La création en 2000 de l’Académie des Technologies met la touche finale.

Je pose donc que si la démarche scientifique – une méthode – est neutre, seule une science réalisée par une communauté auto-organisée de savants auto-financés peut être dans une large mesure apolitique. Toute science financée par des États, des entreprises ou toute autre forme de communauté est politique.

De la science à la techno-science

C’est en combinant la théorie optique à la technique des lentilles pour construire ses propres télescopes que Galilée peut observer de près le système solaire et invalider la théorie d’un monde centré autour de la terre. Le vieux modèle « n’explique pas » les résultats d’expérience, il est donc nécessairement faux. En imposant la preuve et la réfutation par l’expérience Galilée fonde la science moderne, ses télescopes symbolisent la naissance de la techno-science : la double dépendance entre science et technique. Pour prouver ou réfuter la théorie il faut imaginer de nouveaux dispositifs d’expérimentation – des techniques – tandis que les nouvelles observations permettent l’évolution des théories et de nouvelles techniques. Expérience [note] et théorie ont désormais partie liée. Les savants sont devenus des scientifiques et ingénieurs et une part croissante des budgets et de leur travail est dédié aux techniques d’expérimentations, comme par exemple, et pour rester dans l’astronomie, le télescope LOFAR, un réseau de 50 000 antennes déployées par grappes en Europe, dont 162 en Sologne sur la station de radioastronomie de Nançay.

Techno-sciences et risques existentiels
Simplement financer de la science est donc en soi un choix politique et dont certaines conséquences sont potentiellement catastrophiques et pour partie irréversibles, sauf cataclysme. Car si la communauté scientifique produit du savoir, et il faut s’en réjouir, elle produit aussi et nécessairement des techniques, et il faut s’en inquiéter. Ainsi, l’objet de ces chroniques – les robots toujours plus intelligents et autonomes – adresse l’une de ces techno-sciences qu’il faut traiter comme un « risque existentiel de l’humanité ».

Hépha Istos

PAR : Hépha Istos
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