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par Hépha Istos le 15 février 2021

Robocratie : 22 ! v’la les drones !

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Article extrait du Monde libertaire n°1824 de janvier 2021

La contestation de la loi nº 3452 « Sécurité Totale » s’est concentrée sur l’article 24 relatif aux vidéos. Cet article est toutefois l’arbre qui floute la forêt : ce groupe d’articles qui légalise la robotisation de notre domestication, qui légalise la traque des humains par des brigades coordonnées de robots fixes, piétons ou volants – qui nous transforme en bétail.

« Ils nous ont expliqué que nous avions été identifiés par des drones », Mediapart rapporte le témoignage de militants interpellés au domicile de l’un d’entre eux pour un lâché de banderole le 14 Juillet dernier place de la Concorde dénonçant l’asphyxie de l’hôpital.





L’article 24, du projet de loi « Sécuritaire Total » veut interdire notre seule arme : le bouclier symbolique matérialisé par la caméra de nos smartphones. Mais je redoute plus encore le groupe d’articles du même texte – 20, 21 et 22 – qui transformerait en robots les caméras de nos ennemis. En légalisant la traque des humains par les robots, ils nous font entrer dans un nouveau monde. L’article 20 intègre aux dispositifs policiers les caméras privées, situées au sein des immeubles, tandis que l’article 21 redéfinit à leur profit l’utilisation des caméras « piéton » des policiers. L’article 22 enfin, légalise l’utilisation de robots-caméras volants pour espionner la population - en masse ou en détail. Le texte est très clair : (Art. L. 242-2) les images et sons captés sur le terrain sont directement transmis aux bases arrière ; (Art. L. 242-3) c’est à la discrétion des autorités que nous serons informés ou non ; (Art. L. 242-4) ces données seront conservées tant que l’administration le jugera utile. Enfin (Art. L. 242-5) la traque robotisée pourra être utilisée à volonté, en toutes circonstances.

Des brigades coordonnées de robots fixes, portés ou volants nous identifieront, suivront nos déplacements, identifieront et suivront nos contacts, car si les robots-physionomistes, experts en reconnaissance de visages, sont absents de cette loi c’est pour les soustraire du débat sur une loi faite pour eux. Les débats parlementaires l’on démontré sans ambiguïté quand, par exemple, l’amendement déposé par deux députés réclamant « L’interdiction du traitement des images collectées par les drones à l’aide d’un logiciel de reconnaissance faciale » a été rejeté. Sans discussion, et comme tous les autres amendements de même nature.

Les fichiers TAJ et TES.
La loi installe de fait la reconnaissance faciale dans les lieux publics et privés en complétant un simple décret du 4 mai 2012 qui l’avait introduite de façon restreinte en créant le fichier TAJ (Traitement des antécédents judiciaires) dédié à l’utilisation de robots « orientant les investigations vers une personne déjà connue de TAJ et présentant une forte ressemblance ». En 2018, ce fichier stockait déjà 18,9 millions de fiches de personnes suspectées ou simplement mentionnées dans une procédure et plus de 8 millions de photos de face de nos visages. Une étude parlementaire indique que les robots qui s’en nourrissent, eux, ne chôment pas : « 375 747 demandes ont été faites par les services de police en 2019 et 207 584 jusqu’au 17 juin 2020 ». Il faut également ajouter le fichier TES – Titres électroniques Sécurisés — qui fiche depuis 2016 le visage des personnes ayant demandé un passeport ou une carte d’identité. TES donne le ton – très sombre. Derrière sa création, on trouve la société informatique Amnesys poursuivie pour complicité de torture en Libye pour avoir vendu ses robots de surveillance de masse à Kadhafi.

Fichés, traqués par les robots
Il s’agit maintenant d’universaliser les prises de vues et d’utiliser les robots en temps réel, pour la traque. Les robots-caméras graveront nos visages dans TAJ où aussitôt leurs infatigables collègues robots-physionomistes nous identifieront afin que les robots-ficheurs documentent des fiches, où pour la traque immédiate. Créer un état de fait, qu’on légalisera plus tard, au prochain attentat par exemple – c’est la méthode.

On aime s’effaroucher de la reconnaissance faciale en Chine, mais pas dans ces colonnes car c’est une diversion, un repoussoir. C’est ici, et depuis plus de 10 ans, que l’État organise à bas bruit notre traque par ses robots. C’est le but, très bien analysé et explicitement condamné dans la lettre à Macron datée du 12 novembre des rapporteurs de l’ONU dédiés à la « protection des droits de l’homme et libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste », au « droit à la liberté d’opinion et d’expression » et au « droit de réunion pacifique et la liberté d’association ».

Ce visage, ce regard qui nous présente au monde, qui dit notre humanité, il deviendra notre dénonciateur. L’espace public est le lieu de la rencontre, là où se déploie la vie proprement humaine, il deviendra celui de la traque, que l’on évite, où l’on se cache. Bien au-delà de ces conséquences sur notre sécurité cette loi infecte et ses robots veulent nous déshumaniser.

Il faut les bannir.

Hépha Istos


PAR : Hépha Istos
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