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par Nuage Fou le 27 juillet 2020

Quand tombent les masques

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Article extrait du Monde libertaire n01818 de juin 2020



Des masques, des masques, il faut des masques. Et pourtant, selon la loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010, « Sont notamment interdits [..] le port de cagoules, de voiles intégraux (burqa, niqab…), de masques ou de tout autre accessoire ou vêtement ayant pour effet, pris isolément ou associé avec d’autres, de dissimuler le visage ». Mais rassurez-vous, la même loi prévoit sa propre suspension : « L’interdiction de dissimuler son visage ne s’applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires. »

Nul n’est censé ignorer la loi ; on savait donc que les masques sont interdits sauf s’ils sont prescrits ; on a découvert ces mois derniers qu’ils sont inutiles sauf s’ils sont utiles…

En tombant, les masques démasquent et dévoilent ; absents ou disponibles, uniques ou clonés par centaines de millions, ils font récit, très intéressant. Synthétiques et jetables, les masques démasquent l’État, son incurie, sa brutalité et son intimité avec l’argent-roi. Inversement, lorsqu’ils sont beaux et lavables, cousus main ou machine, donnés ou vendus, les masques de tissu dévoilent la possibilité d’un autre monde : communaliste et libertaire. C’est cette tension que ce texte veut explorer.

L’État démasqué
Au sein d’un État, quelques centaines de personnes décident pour des dizaines de millions, parfois c’est une seule personne : Le Président. On savait bien déjà qu’une telle organisation est insensée, mais voyant ce Roi, là, démasqué, les mains vides, chacun a pu réaliser qu’il était nu. Chacun a constaté à quel point la centralisation radicale du pouvoir, constitutive de l’État, est inefficace. Et infiniment biaisée… car à sa « tête », le Président sait que lui, sa famille, ses proches, ses alliés et ses clients disposeront des masques, des tests et des soins, nécessaires à leur protection. La cour des 1 % est ‘à part’, indemne de ses erreurs. Il suffira d’un appel sur un mobile, d’un virement international, d’un avion privé pour se mettre à l’abri. Le risque n’est pas pour eux ; à l’abri des conséquences néfastes de leurs décisions, le Président et ses « amis » peuvent se permettre toutes formes d’insouciance et d’incompétence.

À l’inverse, l’État, ne peut gérer le peuple que comme une masse indistincte au sein duquel il ne distingue que quelques catégories. C’est d’un seul décret, d’une seule loi, qu’Il lui faut traiter ces dizaines de millions de personnes. Le temps disponible du Président est limité, et son administration, telle la grenouille de la fable, ne peut enfler indéfiniment. Le Président doit disposer d’interlocuteurs à son échelle, au besoin il les crée. C’est donc en toute logique avec la Grande Distribution que Bercy a négocié un accord pour la vente de 500 millions de masques jetables, les plus faciles à «approvisionner». Il suffit de passer commande, en Chine, et payer le prix imposé. L’infrastructure mondialisée était déjà en place, quelques dizaines de fonctionnaires et de cadres zélés auront suffi pour configurer la chaîne logistique des masques jetables. Ceci fait, 12 000 hypers, supers et discounters, repartis sur 11 000 communes pourront fournir leur dizaine de millions de clients quotidiens. Les masques de l’État seront donc synthétiques, jetables et monopolisés par les grandes enseignes au détriment des commerces ou coopératives du coin. Mais vendus à prix (quasi) coûtant nous dit-on ! C’est se moquer de nous une fois de plus, car nul n’ira en voiture jusqu’au magasin Carrefour, faire la queue à l’entrée puis à la caisse, pour repartir avec un caddy rempli de quelques masques… les masques sont un produit d’appel inespéré, pour un très juteux business !

Enfin, l’État est vertical, ses marionnettistes sont retranchés tout en haut, loin du peuple, inaccessibles, intouchables. Il leur est si facile de mentir. Les mensonges à répétitions au sujet des masques n’ont pu être tenus qu’à distance, dans l’entre-soi d’une oligarchie politico-médiatique où chacun tient l’autre par la barbichette. En face à face, de tels mensonges sont impossibles à tenir. Nous voici maintenant dans le mensonge le plus crasse, sur le mode du fait alternatif inauguré par Trump. Quelques citations suffiront. Le 25 Mars, la porte-parole du Gouvernement, Sibeth Ndiaye, parle des masques ; «Lorsque nous ne sommes pas malades ou pas soignants, ce n’est pas utile ». Le lundi 20 avril, devant le tollé général, le ministre de la Santé « redit qu’il n’y avait pas de consensus scientifique à ce stade sur l’utilité de l’utilisation du masque pour tous les Français ». Le 2 mai enfin, le port du masque dévient « obligatoire pour celles et ceux souhaitant prendre les transports en commun » .

Le vendredi 8 mai, la porte-parole conclut que « Le gouvernement a été, depuis le début de cette crise, dans une transparence totale ». Il n’y a plus de limite au mensonge, même sa crédibilité n’est plus nécessaire. On ne s’étonnera pas du succès des hypothèses de type « complot » parfois bien mieux étayées que la « vérité officielle ».

Des masques dégradants
Des masques, des masques bien sûr, il faut des masques ! mais lesquels, et pour quels usages, d’où et comment arrivent-ils, et que deviendront-ils ? Le dimanche 19 avril, un Antonov An-225 – le plus gros avion du monde – se posait en provenance de Tianjin (Chine), avec à son bord 150 tonnes de fret (masques, gants, charlottes, blouses...), dont 8 millions de masques jetables. À raison de un à trois cargos par jour, le coûteux et inutile joujou des élus du Grand-Est, déficitaire depuis vingt ans, est temporairement sorti de sa torpeur ; il aura réceptionné plus de 150 millions de masques venus de Chine. En mode sauve-qui-peut, l’État a choisi les masques à usage unique, transportés par avion ; des masques composés de polypropylène, de polystyrène, de polycarbonate, de polyéthylène et de polyester : toutes matières dérivées du pétrole, du gaz et du charbon…

Emblématiques de l’obsolescence programmée au cœur des industries manufacturières, il faudra jeter au bout de quatre petites heures ces masques complexes à produire et d’une très longue durée de vie. Le long des plages des îles Soko, près de Hongkong, on observe déjà des centaines de mètres de masques échoués ou flottants, qui finiront dans le ventre des poissons ou agrégés aux îles plastiques qui errent sur les océans. En France, on évoque 300 000 tonnes de masques à traiter, sans même compter les gants de plastique jetés dans les caniveaux ou sur les parkings.

Ni la collecte, ni la destruction ou l’incinération de ces centaines de millions de masques n’ont été anticipées. Ni leur enfouissement… souhaitons que nos amis de Bures, déjà bien occupés, si l’on peut dire, n’aient pas un nouveau combat à mener.

Les masques du Communalisme
Depuis longtemps déjà, les scientifiques prédisent des risques pandémiques, la commune s’en soucie et s’organise. Le premier temps est celui de la prévention, du stockage des masques – lesquels, combien, à quel coût, combien de temps – puis quand vient la crise, si l’on a stocké, il faut répartir et réapprovisionner. Lorsque la commune délibère et prend la décision de stocker ou non des masques, chacun comprend l’impact de la décision sur son propre destin. La décision de tous ne sera pas la même que celle d’un « chef ». Lorsque la crise est là, la commune a besoin de masques, elle se réunit, identifie les besoins, les ressources et les compétences, suscite si besoin des vocations. La commune peut satisfaire ses propres besoins, peut-être un peu plus. Et partant de besoins très concrets, elle se soucie des usages, de la durée et du cycle de de vie de ses masques. Elle aura également à cœur que toutes et tous en disposent, sans exception ; si nécessaire, elle définira les priorités. La vente qui rémunère celles et ceux qui fabriquent ne sera pas séparée du don, de la solidarité qui garantit la sécurité de tous.

Pour fabriquer les masques appropriés, il faut trouver le point d’équilibre entre efficacité et facilité d’usage, éviter tout à la fois l’infection et l’asphyxie ! Donc maîtriser la forme du masque, l’armure et le grammage du tissu, le nombre, le titrage et la matière des fils constituants la trame et la chaîne de l’étoffe, etc. etc. L’affaire n’est pas si simple, et ces connaissances vitales doivent être un commun accessible à tous. Isolée, la commune peut facilement se tromper. Fédérée, par contre, elle bénéficie des matières, et des recommandations ou des normes produites par des structures uniquement viables au niveau fédéral.

Contrairement à l’État, le communalisme libertaire sait protéger les habitants.

Automatisation et massification de la surveillance
Le confinement aura permis à l’État de roder la mise en place d’un État de Surveillance Totale, à l’échelle de tout le territoire : 20,7 millions de contrôles d’un ausweis dont il a imposé seul les modalités. Il lui fallait aussi profiter de l’aubaine pour déployer les seconde et troisième armées des robots de la surveillance de masse. Les radars-robots des bords de routes, toujours plus intrusifs, ont été complétés dans les airs par des drones qui espionnent les rues des villes et les zones sauvages, et par des caméras « intelligentes » qui espionnent les places et les sous-sols des centre-villes.



C’est la technique du « pied dans la porte » ; il s’agit de créer un précédent qu’il faudra ensuite transformer en habitude, en consentement au « nouveau normal » : les robots-caméras de reconnaissance faciale du secrétaire d’État chargé du numérique, Cédric O, et les 650 nouveaux robots-volants en cours de commande à l’Intérieur. Rodage des dispositifs : en ce moment, des caméras CCTV équipées de logiciels d’Intelligence Artificielle détectent le port ou l’absence du masque sur le visage des passants. Embusqués sur les marchés de Cannes et dans le métro parisien, au grand échangeur du Châtelet, ces robots nous comptent et nous notent : OK / KO. La CNIL a autorisé, la Quadrature du Net a protesté… en vain. Comme d’habitude.
Mais on vous rassure à nouveau ! Dans la bonne ville de Cannes une affiche vous prévient que « Vous pouvez vous opposer au traitement en faisant un “non” de la tête. »
Nuage Fou
PAR : Nuage Fou
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1

le 29 juillet 2020 17:32:52 par Luisa

Effrayant de réalisme ! Merci !