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par Philippe le 5 juillet 2021

La Mafia climato-nucléocrate

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Une coulée de boue dans une ville japonaise ? Un pic de chaleur à Vancouver ? Un incendie dans la montagne de la Clape ? Aussitôt, une batterie d’experts déboule sur les plateaux télévisés pour nous expliquer que « c’est la faute au réchauffement climatique » sans davantage d’explications ou de recours à d’autres facteurs.
Puis de gloser sur ce qui pourrait « nous » arriver de catastrophique d’ici quelques années si « nous » ne décarbonons pas l’économie. Un « nous » indifférencié et planétaire, le paysan de la Lozère ou le chasseur de phoques au Groenland, le riche ou le pauvre.

L’emblématique Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement
Soyons attentif. La plupart de ces experts télévisés sont membres du LSCE (Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement) qui accueille essentiellement des physiciens de l’atmosphère ou des ingénieurs. Très pointus dans leur domaine (Françoise Vimeux a par exemple fait sa thèse, sous la direction de Jean Jouzel, sur les variations séculaires du deutérium dans des carottes glaciaires), ils sont cependant à la climatologie ce que le producteur de patates est au cuisinier du gratin dauphinois : ils n’en voient qu’une partie.
D’ailleurs, Françoise Vimeux a montré la portée de ses connaissances en géographie lors d’une émission télévisée le 30 juin 2021 en parlant de « la mousson africaine » alors que des générations de spécialistes s’évertuent à bannir l’inflation sémantique de ce terme qui concerne un phénomène météorologique bien précis (le basculement saisonnier des alizés d’un hémisphère terrestre à l’autre). Elle ne dit rien sur l’heureuse reprise des précipitations dans le Sahel après la « grande sécheresse » (1976-2012).
Le LSCE appartient au CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), qui le dote richement. Tiens, tiens. La plupart de ses ténors sont ou ont été membres du GIEC : Jean Jouzel (ancien vice-président), Véronique Masson-Delmotte, Hervé Le Treut, Philippe Ciais, François-Marie Bréon, Nathalie de Noblet… Ils sont tous partisans de l’énergie électro-nucléaire et à son re-développement.
Le Treut, qui écrit régulièrement en ce sens avec le polytechnicien Jean-Marc Jancovici, a pourtant le culot de déclarer, lors d’une table ronde à Saint-Dié-des-Vosges le 3 octobre 2020, que le nucléaire n’intéressait plus les États alors que plusieurs pays le relancent comme la France, bien sûr, mais aussi la Suède, la Chine, l’Inde, les Émirats arabes unis ou la Russie. Rien moins… Bréon, auteur du cinquième rapport du GIEC, déclare « on ne fait pas du nucléaire pour le plaisir, mais parce qu’on n’a pas le choix du fait de l’urgence climatique » (Stand up for nuclear Paris, 27 septembre 2020). CQFD.
Nathalie de Noblet est aussi membre de la « Chaire Laudato si’ » (en référence à l’encyclique papale), hébergée par le Collège des Bernardins de Paris. Son Conseil scientifique accueille d’autres penseurs chrétiens fascinés par l’eschatologie de la fin du monde climatique (Grégory Quenet, Dominique Bourg, François Ewald, Joëlle Zask…). Il invite régulièrement Bruno Latour, sociologue dont la foi chrétienne ne devrait plus être un mystère.
Autre membre du LSCE, Gilles Ramstein se montre, avec son compère journaliste Stéphane Huet, un habile défenseur de l’électronucléaire. La boucle est bouclée quand on se souvient que Bert Bolin, météorologue suédois et défenseur précoce du programme électronucléaire suédois avec son ami Premier ministre, le social-démocrate Olof Palme, fut le premier président du GIEC de 1988 à 1997.

Sauver le climat ?
Leur argument : cette énergie qui est faiblement émettrice de gaz à effet de serre doit être au centre de la décarbonation et de la transition énergétique. En France, la macronie pousse à un nouveau « tout électrique », notamment pour le parc automobile et tout ce qui est télé quelque chose (télétravail, télé-enseignement), gros consommateur de jus.




On n’épiloguera pas ici sur le caractère néfaste de l’électronucléaire : coûts exorbitants dans l’escalade technique (les EPR, les futurs démantèlements-remplacements), problème insoluble des déchets radioactifs, accidents, dangerosité pour les travailleurs et les riverains malgré les précautions, lien consubstantiel avec le nucléaire militaire, organisation d’une société ultra-sécuritaire…
Le GIEC, qui, rappelons-le, n’est pas un laboratoire scientifique mais un groupe intergouvernemental s’appuyant sur des experts de son choix se montre régulièrement favorable à l’électronucléaire malgré quelques formulations rhétoriques. Il a été créé en 1988 par un G7 formé de dirigeants nucléocrates (Thatcher, Reagan, Mitterrand, Delors, Takeshita…), soit un an après la grande catastrophe de Tchernobyl. Un hasard ? Quelques penseurs paresseux s’insurgeraient en brandissant le mantra du « complotisme ». Mais réfléchissons un peu. Et vérifie par toi-même ce que j’affirme.

La stratégie surplombante et déductive
Quand la plupart des pays de l’OCDE accélèrent leur programme électronucléaire au début des années 1970, de vastes mouvements d’opposition se forment, notamment en France et en Allemagne, deux pays où le mouvement écologiste se structure sur une base pacifiste et anti-nucléaire. Mets-toi à la place des dirigeants et à tous ceux qui ont intérêt à l’électronucléaire (grandes entreprises, secteur minier, armée…) : une fois envoyée la répression (Creys-Malville, Kalkar…), il faut procéder en douceur et sur le long terme.
A partir du moment où les écologistes empruntent la voie électorale et parlementaire, l’affaire est pratiquement dans le sac (institutionnalisation, normalisation, démagogie pour se faire élire). Mais il faut également des arguments forts, de préférence aux allures savantes puisque leur mouvement est peuplé de scientistes (naturalistes, marxistes reconvertis en vert…).
La question climatique vient à point nommé pour embringuer tout le monde. Alors que les experts glosent au début des années 1970 sur un « refroidissement global » (Schneider, Rasool, Ehrlich, Ponte…), un léger réchauffement dans la partie occidentale du Groenland et dans certaines régions tempérées (Europe occidentale, Côte ouest américaine…) permet le déploiement d’un nouveau récit. Celui-ci moyennise tout et met de côté ce qui le perturbe comme l’avancée des glaciers Moreno (Chili) ou Fox (Nouvelle-Zélande), la « vague historique de froid » au Texas en février 2021 ou l’épisode de gel qui flingue la fructification des vergers début avril 2021 en France. Tous ces épisodes qui existent au côté des vagues de chaleur et des canicules sont soigneusement « oubliés » par les médias et les experts nucléocrates qui tablent sur la versatilité amnésique du public.
En attendant, il faut marteler le message. Peu importe si la coulée de boue à Atami le 3 juillet 2021 issue d’un glissement de terrain en amont après de fortes pluies emprunte un chemin classé comme « zone à risque » dans le plan de protection de cette ville japonaise dont les pentes ont été urbanisées n’importe comment (car c’est une cité touristique demandée), ce sera la faute non pas à l’incurie urbanistique mais au « réchauffement climatique ». Rien ne nous dit que la stagnation d’un front pluvieux prévu et annoncé par l’Agence japonaise de météorologie soit dû à un phénomène macro-climatique planétaire, mais peu importe, les explications simplistes et monistes sont bonnes à prendre pour le vil peuple, images fatalement spectaculaires à la clef.

« Le Rhône a soif » (sic)
La mafia climato-nucléocrate s’étend un peu partout. Dans un entretien récemment donné à Télérama (16 juin 2021), la pédégé de la CNR (Compagnie Nationale du Rhône) nous livre ainsi un florilège d’approximations et de catastrophisme. Elle n’est pas physicienne ou hydrologue, mais juriste. Selon elle, "en apparence, il [le Rhône] va bien. Mais, comme tous les autres fleuves partout dans le monde [sic], il montre des signes alarmants. (…) Le stock fait défaut quand le fleuve a soif [sic]. (…) Pour ce qui concerne le Rhône, tout nous pousse à croire qu’il y aura entre 10 % et 40 % d’eau en moins d’ici à 2050 ". Belle fourchette approximative, soit dit en passant…
Un géographe spécialiste du Rhône laisse cependant penser autre chose : "Une analyse des débits menée à l’échelle nationale conclut à l’absence d’évolution générale significative sur les quarante dernières années, les changements détectés n’étant pas en nombre suffisant pour rejeter l’hypothèse qu’il soit dû au hasard" (Bravard, Le Rhône en 100 questions, 2008).
Au-delà de la pollution, de la qualité de l’eau, de l’écologie végétale ou animale, la question des débits (étiage, crue…) liée au climat est centrale. Mais le problème pour la pédégé de la CNR est celui de l’approvisionnement en électricité. Le lecteur pense évidemment aux barrages, qu’elle évoque, mais elle passe sous silence les centrales nucléaires. Il y en a pourtant quelques-unes le long du Rhône, non ? Or il faut un débit raisonnable pour les faire tourner.
Admettons que les derniers glaciers suisses disparaissent. Mais ils n’assurent que très peu du débit du Rhône. La pédégé suggère donc de réduire la consommation d’eau (= se serrer la ceinture) et/ou de réduire la croissance démographique. Bien que cela ne concerne pas les mêmes régions, peu importe pour les dirigeants.
Dans un cas comme dans l’autre, ils défendent coûte que coûte l’électronucléaire. Pas nous.





PAR : Philippe
Groupe Makhno
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