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par Nuage fou le 19 mars 2019

Crypto-cagnottes au secours des boxeurs !

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Article extrait du Monde libertaire n°1803
Le gouvernement, les députés Macronistes et les syndicats de police continuent leurs attaques tous azimuts contre les Gilets Jaunes, et sur tous les modes, qu’ils soient de l’ordre du symbole, de la violence, du « droit », ou encore de l’argent. Dernière en date, au moment de l’écriture de cet article, l’interdiction de la cagnotte versée à Christophe Dettinger, Gilet Jaune et ancien boxeur professionnel en garde à vue prolongée pour avoir boxé un policier. Prévoyant un procès coûteux et la privation des revenus de son travail, des proches ont aussitôt lancé une cagnotte Leetchi, l’application de crowdfunding utilisée pour financer collectivement un cadeau, qu’il soit de mariage, d’anniversaire ou toute autre cause amicale. L’élan de solidarité envers le Gilet Jaune qui a déclaré dans une auto-vidéo avoir pété un câble devant la répétition week-end après week-end des violences policières, a été si soudain et si puissant, dépassant les 115 000€ en 24h, que l’état s’en est aussitôt mêlé, pour le dénigrer dans un premier temps, puis pour le bloquer. Ce bel élan de solidarité venu de milliers de Gilets Jaunes a été perçu par les gouvernants comme une agression, un défi à la toute puissance de leurs lois et polices, les amenant à prononcer les déclarations les plus abracadabrantes. Le secrétaire d’état au numérique Mounir Mahjoubi, plus intéressé à choyer ses amis du Capital Risque – les vrais propriétaires de la « StartUp Nation » – qu’à soutenir la forme digitale de la solidarité de « ceux qui ne sont rien », décrète cette cagnotte citoyenne « indigne », et insinue crassement une mise en scène motivée par l’attrait de l’argent. Quand à Marlène Schiappa, secrétaire d’état à la lutte contre les discriminations, plutôt que de se concentrer sur son immense tâche, confond solidarité avec une famille et encouragement à la violence. Elle n’hésite pas à demander au Crédit Mutuel, propriétaire de Leetchi, de dénoncer les donateurs.

Telle est la France de Macron...

Le délit de solidarité avec les réfugiés était déjà gravé dans la loi, on peut maintenant s’attendre à sa généralisation pour la solidarité envers toute cause déplaisant aux puissants. Non content de promouvoir comme premier comportement la compétition, comme première valeur l’enrichissement personnel et comme première forme de socialisation le contrat, l’état veut maintenant criminaliser la coopération et sa modalité la plus radicale, le don. L’état, et bien entendu les banques, car c’est le Crédit Mutuel, qui va décider de l’usage de l’argent contribué au jeune boxeur. Que faire alors ? Comment manifester concrètement sa solidarité, comment échapper à un état qui prétend décider du bien et du mal et fait ignoblement du don un délit. Pour échapper à cet arbitraire dont il devient difficile de savoir où il s’arrêtera, ce que l’on peut, c’est mobiliser les crypto-monnaies [note] , des monnaies libres, issues d’un monde sans frontières. Des monnaies créées sur l’Internet pré-GAFA [note] , dont certaines sont autogérées par les communautés impliquées dans leur mise en œuvre et leurs usages, et qui sont par construction indépendantes des banques des états.





Bitcoin : du hold-up mondial de 2008 à Wikileaks
La plus célèbre d’entre elle, le Bitcoin, est née en réaction directe à la crise de 2008, dite « des subprimes » [note] , conçus pour ne pas être remboursés, qui a vu les banquiers s’enrichir considérablement en vendant aux ménages étasuniens les plus pauvres, des prêts immobiliers qu’ils savaient impossibles à rembourser. Une colossale escroquerie camouflée par la création d’un second marché à haut risque et haut rendement commercialisant ces prêts titrisés [note] Chacun connaît les immenses dégâts humains créés à l’échelle mondiale par cette crise, ce sont les Banques Centrales – nos impôts – qui on racheté aux banques les prêts pourris qu’elles avaient acquis avec l’argent que nous sommes contraint d’y déposer. On attend encore les indignations de nos ministres et secrétaires d’états devant les millions de vies détruites par quelques milliers de banquiers...

Voilà l’origine des Bitcoins ! Et pour la proclamer très clairement, le tout premier « bloc [note]  », qui signe l’acte de naissance de cette monnaie d’un genre inédit, mentionne le titre d’un article du New York Times sur la crise des subprimes, relatif au « sauvetage » des banques avec l’argent des citoyens [note] . Passé inaperçu en dehors des micro communautés qui l’ont fait naître : la communauté crypto-anarchiste des cypherpunks et celle des scientifiques travaillant à la protection des informations en ligne, il a fallu un événement d’importance mondiale pour mettre le Bitcoin sous la lumière . Ce fut l’émergence spectaculaire de Wikileaks, en 2010, lors de la grande salve de révélation de 91 000 documents militaires étasuniens secrets.

A la demande expresse du gouvernement étasunien, et pour tuer le messager en l’asphyxiant financièrement, Visa, Mastercard et Bank of America ont bloqué les donations à l’organisation, alors que Paypal et PostFinance gelaient les fonds qu’ils avaient en dépôt. Wikileaks s’est alors tourné vers les Bitcoins. Pour la petite histoire, Satoshi Nakato, le « créateur [note] . » de la monnaie virtuelle a alors demandé a Julian Assange d’attendre que le code et l’infra-structure soient prêts, et ça n’est qu’en juin 2015 que le site a lancé les donations en Bitcoin. C’est donc en passant aux crypto-monnaies – Bitcoin en premier lieu, puis plus tard Monero ou Zcash, à la fois anonymes et intraçables – que Wikileaks a recouvert son autonomie financière.

On le voit donc très clairement, l’affaire de la cagnotte de solidarité bloquée puis mise sous tutelle en France résonne fortement avec celle de Wikileaks aux USA et met en évidence la nécessité qu’on les citoyens soucieux de leur liberté, de disposer de monnaies indépendantes des Etats et des banques. A ce jour, les crypto-monnaies sont les seules fournissant des garanties pour conserver le contrôle de l’usage du fruit de son travail car la technologie mathématisée sous-jacente met les états en défaut. Son coût quasi nul et sa neutralité – partout, tous sont égaux – met également en évidence l’inefficacité bureaucratique et l’injustice des banques d’autant plus douces avec les plus riches qu’elles sont cruelles et rapaces avec leurs clients les plus démunis. En moins de dix ans, le Bitcoin, dont la maxime est « BYOB » [note] ., est passé sous les projecteurs, mais s’il a rapidement trouvé des premiers usages inédits et vitaux pour la démocratie, il n’est toutefois pas exempt des problèmes inhérents à une technologie révolutionnaire et pré-adolescente. Un peu d’histoire peut aider à mettre en contexte... on peut dater la première monnaie [note] . d’il y a 25 siècles ; et si en France, le chèque date d’à peu près deux siècles, le Bitcoin n’entre, en ce début 2019, que dans sa dixième année. Très jeune, il s’appuie de surcroît sur un ensemble de technologies informatiques, qui sont elles aussi extrêmement jeunes. On conçoit donc que cette innovation inédite doit encore régler de nombreux problèmes, petits et gros, avant d’atteindre peut-être le niveau de qualité lui assurant d’atteindre son objectif : une diffusion planétaire, indépendante à la fois des états et des banques. Il faudra par exemple régler le problème de son très grand coût énergétique [note] , dû à un principe de fonctionnement qui utilise la puissance de calcul comme protection contre la fraude.

Automathématiser la « confiance »
Le problème que doit résoudre une monnaie virtuelle est en fait très simple (à énoncer !). On le connaît sous le nom de « Problème de la double dépense » et il se résume comme suit : si l’on dépense une pièce ou un billet, bien évidemment, il a changé de main et on ne l’a plus. Lorsque Marie donne à Paul un Bitcoin, Paul devient son nouveau possesseur et Marie n’en dispose plus. Lorsque la monnaie est matérielle, les lois de la physique s’en chargent sans effort, mais lorsqu’elle devient virtuelle, il faut de nouvelles lois... Et ici, très naturellement, c’est la quatrième dimension – le temps – qui remplace les trois autres – celles de la matière – pour garantir l’unicité de chaque « pièce ». Ça n’est plus sa « matière » qui identifie une pièce ou un billet, mais son « histoire »... il faut donc inventer les méthodes efficaces, économiques et infalsifiables, qui conservent l’intégralité de l’histoire de chaque pièce ; une histoire racontée par celle des transactions, par l’intégralité des échanges de la monnaie virtuelle. On le devine aisément, l’affaire n’est pas simple ! Dans le cas des banques, dont les ordinateurs stockent également de la monnaie virtuelle, la méthode est plus simple ; il leur suffit, si l’on ose dire, d’inspirer confiance... les banques servent de « tiers de confiance », elles-même garanties par la toute puissance des états qui leur sous-traitent ce service, comme c’est également le cas pour les notaires avec certains documents officiels [note] . Mais on s’aperçoit bien sûr à certaines occasions, comme dans le cas de cette cagnotte solidaire, que la fiabilité de ce tiers est tout autant partielle et partiale. Un tiers humain est manipulable et potentiellement manipulateur, il est naturellement sensible à ses intérêts propres : appât du gain ou peur du bâton. Il faut alors lui substituer un tiers dans lequel on pourra avoir absolument confiance, et c’est bien sûr le propre des mathématiques qui ont a été inventées dans ce seul but : on peut avoir une confiance aveugle dans un calcul mathématique démontré. L’innovation majeure du Bitcoin est donc « d’automathématiser [note]  » cette confiance pour la rendre absolue. Les mathématiques fournissent un tiers qui n’a aucun biais propre et n’obéit ni à un état ni à un conseil administration, un tiers qui calcule méthodiquement, sans erreur, et de façon vérifiable les conséquences d’axiomes que chacun peut consulter. Les crypto-monnaies créent ainsi une confiance dans la validité d’une information, qui repose sur le simple fait que ce qui a été validé, ne pourra absolument pas être changé. Ce qui a été vrai le reste. Plus besoin de banque ni de notaire. Plus de tripatouillages.

– Nuage Fou



PAR : Nuage fou
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