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Antisexisme
par Hélène Hernandez le 22 mars 2020

COVID-19 : les femmes exposées et confinées

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Avec une analyse genrée, comme savent faire les féministes et les pro-féministes, nous pouvons révéler deux lignes de force qui montrent que les femmes, en général, sont les personnes les plus exposées au COVID-19 mais aussi celles qui subissent le confinement dans les normes sexistes.

Les femmes sont les plus exposées à deux titres : en tant que soignantes au sens large, en tant que personnes plus « fragiles ».
D’une part, la représentation massive des femmes parmi les personnels soignants - 78% en France, et plus précisément 90% des infirmières et des aides-soignantes – ne peut être contestée. Donc elles sont en première ligne pour soigner autrui et par conséquent pour être contaminées. N’oublions pas toutes les aides à la personne à domicile dont le taux est très féminin. Mais aussi les salariés des supermarchés - 90% des caissières- qui restent ouverts même en période de confinement. Et qu’en est-il de toutes ces femmes qui vont soigner leurs propres mari et enfants, les aîné·es, au sein de la cellule familiale ?
Et ne craignons-nous pas, dans une situation de confinement que les comportements à risque, tel l’alcool et la notion même d’enfermement, ne fassent exploser les violences sexuelles et domestiques ?
D’autre part, sur le plan international, les femmes ont une fréquence plus élevée de handicap que les hommes. Elles représentent aussi 80% des personnes les plus pauvres. Et elles ont moins accès aux soins car elles sont plus souvent empêchées faute de ressource financière, par manque de transport, de disponibilité par rapport à leur charge familiale, ou dû au fait de leur isolement. En France, la situation est la même. De plus, selon l’INSEE, à fin 2019, les personnes âgées sont à 16.63% des femmes et à 12.63% des hommes. Donc les femmes sont plus nombreuses à être âgées et très âgées, elles sont aussi plus touchées par une affection de longue durée et plus menacées par les maladies cardio-vasculaires (54% versus 46%) : a contrario de ce que pensent la population et même un grand nombre de médecin, l’insuffisance cardiaque est la première cause de mortalité chez les femmes, une femme sur trois en meurt, une femme sur 27 pour le cancer du sein.

Quant au confinement, il impacte sur les femmes en renforçant les assignations de genre.

Non seulement dans la sphère du travail comme énoncé par quelques exemples ci-dessus mais aussi dans la sphère domestique. En effet, la fermeture des crèches, des établissements scolaires induit le recours majoritairement aux femmes en tant que mères ou grand-mères, pour garder les enfants et les accompagner dans leurs devoirs, réduisant de fait leur temps libre ou celui à consacrer à leurs propres soins. Comme habituellement les femmes sont assignées au travail non rémunéré tels le soin, l’éducation, l’alimentation, personne ne sera dérangé de maintenir voire de renforcer ce temps pourtant déjà à hauteur de 76.2% du nombre total d’heures de travail non rémunéré, soit trois fois plus que les hommes. Et elles devront savoir s’organiser entre enfants et travail, comme toujours, mais avec les enfants dans les jambes pour assurer le télétravail à la maison. Nous pensons bien sûr aux nombreuses femmes vivant seules avec les enfants (les foyers monoparentaux) mais aussi à toutes celles qui n’arriveront pas à suffisamment se batailler en même temps avec conjoint et enfants pour se réserver elles aussi leur temps de télétravail. Pour celles mises au chômage technique, elles risquent de tomber encore plus dans les tâches domestiques surtout si le conjoint est lui en télétravail.

Ne nous laissons pas prendre au piège du patriarcat et du capitalisme avec ses plans libéraux, répressifs, réactionnaires et militaires. Cela fait longtemps qu’insidieusement, les femmes sont appelées à rentrer à la maison par des salaires moindres – plafond de verre et plancher collant -, par des orientations ciblées sur les métiers du soin, de l’éducation, de l’entretien et du secrétariat, par des incitations au temps partiel, au congé parental. Mais si elles ne veulent pas rentrer s’enfermer à la maison, elles en ont marre de servir le patron, le chef et le conjoint. Le 8 mars n’est pas loin…. C’est toute l’année qu’il faut lutter dans la sphère publique comme dans la sphère privée pour faire advenir respect, solidarité et égalité.

Hélène Hernandez
Groupe Pierre Besnard

PAR : Hélène Hernandez
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