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par Jean-Marc Raynaud le 16 septembre 2019

Avant-garde, lutte armée et processus de paix !

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À propos du pays Basque et d’ETA

Article extrait du Monde libertaire n°1808 de juillet août 2019
Soyons précis, je ne suis pas membre d’ETA. Pour autant, en 2004, j’ai été arrêté par la police anti-terroriste au motif d’avoir scolarisé (à l’école libertaire Bonaventure) et hébergé (chez nous), pendant trois ans (et ensuite) le fils de Mickel Albizu (alias Antza) et de Marixol Iparraguire (alias Anboto), énièmes « grands chefs » d’ETA. Paradoxe : je savais plus ou moins. Cohérence : le vieil éducateur libertaire que je suis a toujours clamé que les enfants n’étaient pas RESPONSABLES de leurs parents. Cela nous (à mon épouse et à moi-même) a valu 4 jours et 4 nuits de garde à vue anti-terroriste avec, pour ce qui me concerne, deux malaises cardiaques à la clef. Voir le détail de tout cela dans « Oui, nous avons hébergé un terroriste… de trois ans », publié en 2006 aux éditions libertaires.

Soyons positifs, cela nous à permis de nous éveiller à la compréhension de la problématique basque et d’ETA. Nous occupant du « petit », depuis 15 ans, tous les mois nous visitons ses parents emprisonnés en France et au fil du temps ils sont devenus des camarades et des amis. Tout cela pour vous dire que je connais « un peu » la problématique d’ETA.

Après la victoire militaire de Franco, l’Espagne républicaine (dont le pays basque) a été réduite en esclavage. Rappelons qu’en 1936 la république était arrivée au pouvoir démocratiquement via les élections. Le fasciste Franco était, donc, un putchiste. Les nazis (via la légion Condor) et les fascistes italiens (via l’envoi de troupes, de tanks et d’hommes) ont permis à Franco de gagner, militairement, la « guerre civile ». La France et l’Angleterre, en refusant de livrer des armes à un gouvernement républicain démocratiquement élu, sont la CAUSE de la défaite de la république espagnole. Leur « neutralité » visait, simplement, à amadouer les nazis et les fascistes. Tout faux. Tout le contraire. Bref, après la victoire militaire de Franco, tous les républicains (anarchistes, socialistes, communistes…) l’ont payé cher. Des centaines de milliers d’exécutions sommaires. La Catalogne, le Pays Basque…, réduits en esclavage. Interdiction de parler le catalan et le basque…

C’est dans cette période (fin des années cinquante) qu’est née ETA. Objectif : lutter contre Franco et promouvoir un pays basque libre et « socialiste ». Ce combat était légitime comme était légitime celui de la Résistance, en France et ailleurs. Mais on connaît la suite. Les alliés gagnent la guerre contre les nazis. L’Espagne de Franco, alliée des nazis aurait du subir le même sort. Mais… Mais, les « soviets » étant aux portes de l’Europe utile, il n’était pas question pour les ricains et les alliés de remettre, en Espagne, un pouvoir « rouge ». Franco a sauvé sa peau de fasciste parce qu’il était anti-communiste. C’est aussi simple que cela.
ETA est née en 1959. Objectifs : lutte contre Franco et pour un pays basque « socialiste ». Qui pouvait être contre ? Et ETA a connu quelques succès dans cette optique. Qui n’a pas sablé le champagne en 1974 lors de l’assassinat de l’amiral Carrero Blanco, le dauphin désigné de Franco ?

Regarder le passé avec les yeux du passé.

En 1959, la vie politique au pays basque (sud) était dominée par le PNV, le parti de la petite et de la grande bourgeoisie, basquisant à la mode démocratie chrétienne. Le parti de l’ordre, rompu aux négociations de tous ordres pour « arracher » quelques lambeaux d’autonomie. La répression franquiste comme la mollesse du PNV ne satisfaisait en rien une jeunesse qu’enthousiasmait la lutte du FLN en Algérie, Che Guevara, la fin de la guerre d’Indochine et le début de la guerre du Vietnam… C’était, donc, dans l’air du temps que de s’insurger sur la base d’un brouet rance de lutte de libération nationale et d’orties marxisantes et, donc, avant-gardiste. Mais tout cela restait encore vague. La première action « d’éclat » d’ETA eut lieu en 1961 avec le sabotage d’un train d’anciens combattants franquistes.. L’organisation était encore hésitante quant à l’option lutte armée et fonctionnait encore sur un mode démocratique comme en témoigne la première assemblée (AG) d’ETA en 1962. En toute logique, la répression franquiste radicalisa les débats. La « tentation » nationaliste avec son cortége de mythes (4+3=1), celui de la lutte armée… gagnaient du terrain tandis que le politique comme la définition du socialisme en perdaient. Mais, nous autres, en France, de la LCR aux anars, applaudissions.




Bénéficiant d’une base de repli en France (les gouvernements français avaient mauvaise conscience par rapport à Franco), ETA s’engagea alors plus avant dans la lutte armée. En Espagne, en ce temps-là, ETA était au sommet de sa popularité et refusait du monde. Et puis…
Et puis, en 1975, mort de Franco, la mise en place d’une monarchie constitutionnelle, l’arrivée au pouvoir des socialistes espagnols, l’entrée de l’Espagne dans l’Europe… la donne avait changé.

ETA n’en a eu cure. Pour elle l’Espagne était toujours fasciste. Ce n’était pas complètement faux mais ça devenait de moins en moins complètement vrai. Alors ETA a continué comme si de rien n’était. Sauf que…

Sauf que la France « socialiste » d’après 1981 ne pouvait plus avoir, avec l’Espagne « socialiste », la même attitude « protectrice par rapport à ETA. Sauf que les « socialistes » espagnols décidèrent, avec les GAL, d’importer la lutte armée anti-basque en France. Plus de 70 morts au compteur de ces barbouzes. La messe était dite. Donnant, donnant, t’arrête les GAL et on traque ETA en France. Désormais sans base arrière, l’issue était fatale pour ETA. C’est à ce moment-là, tant qu’il y avait encore un rapport de force favorable à ETA, qu’il fallait changer de stratégie et « négocier ».



Txomin était de ceux-là et, bizarrement, il mourut « accidentellement » à Alger. La suite ne fut qu’une longue agonie suicidaire à tous les niveaux. Politique comme militaire.

Regarder l’avenir avec les yeux du présent.

Soyons précis, l’indépendance, avec des frontières surréalistes tatouées à un passé mythifié est une chimère. La légitimité de la lutte du peuple basque pour exister en tant que tel et sous une forme « socialiste » est et sera un combat de longue haleine, politique, économique, culturel…, qui doit, d’abord, conquérir les cœurs. Un maximum de cœurs (tout le contraire de l’avant-gardisme). Non pas de manière pacifique, mais de manière non-violente. Sans concessions politicardes avec le capitalisme. Lourdement armée de cent mille épingles de désobéissance civile, d’alternatives en actes...

Soyons également précis, la lutte armée dans laquelle a voulu persévérer ETA, même quand elle était légitime (tant que Franco était vivant), était déjà une impasse stratégique vu le déséquilibre des forces en présence. ETA y a renoncé il y a quelques années, a rendu les armes et s’est auto dissoute. C’est, bien que trop tardivement, une bonne chose. Le processus de paix enclenché par la société civile et ETA mettra du temps pour aboutir. Il eut pu en mettre beaucoup moins s’il avait été initié il y a quelques décennies. Mais il finira par aboutir tant il est vrai que la vie triomphera toujours de la mort.
Pour l’heure, le gouvernement espagnol, qui est dans la vengeance, et le gouvernement français, qui est dans une lâcheté de toujours, freinent des quatre fers. En particulier sur le bon sens d’un rapprochement des prisonniers politiques d’ETA (plusieurs centaines), la libération des malades et des longues peines, et l’amnistie pour tous et toutes.

Nous autres, libertaires, révolutionnaires, pacifistes, non violents et autres citoyens de base d’un humanisme global, devons, sauf à nous renier, dire et surtout agir pour que le processus de paix aille au plus vite à son terme. En espérant que quelques désespérados, las du surplace actuel, ne flinguent pas quelques personnalités et ne bazookisent pas quelques cars de CRS et autres gardes civils. Si d’aventure cela était, on me pardonnerait de ne pas les condamner.

Dans une autre optique (celle d’un processus de paix enclenchant la marche avant), on voudra également bien me pardonner un dernier « Gora ETA ».

Jean-Marc Raynaud
PAR : Jean-Marc Raynaud
groupe "Nous autres" Oléron
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