Le renouveau anarchiste
mis en ligne le 12 juillet 2012

Aujourd’hui, plusieurs lieux accueillent, à Mexico, les différentes initiatives libertaires. Chaque samedi, divers collectifs se retrouvent au Tianguis del Chopo, un marché alternatif, pour discuter et diffuser leur propagande. Le Centre social libertaire-Ricardo Flores Magón, local du Collectif autonome magoniste (Cama), accueille débats et discussions. À côté de la faculté de lettres et de philosophie, l’auditorio Che-Guevara, occupé depuis la grève de l’université en 1999-2000, constitue un lieu de rencontre et d’activités. Il dispose d’une bibliothèque, d’un atelier de sérigraphie, d’un restaurant végétarien, d’une salle de concert et propose de nombreux ateliers : cours d’autodéfense réservé aux femmes, ateliers vidéos, etc.
Il existe aussi des dizaines de groupes, répartis sur tout le territoire. Certains, comme le Cama, entretiennent des liens avec des organisations indigènes et paysannes de Oaxaca, avec lesquelles ils ont formé l’Alliance magoniste zapatiste (AMZ). Au-delà même des groupes se revendiquant comme anarchistes, il est indéniable que la pensée libertaire irrigue de multiples mouvements sociaux, comme on a pu le constater lors de la Commune d’Oaxaca en 2006, où tout un peuple s’est soulevé contre le pouvoir autoritaire du gouverneur de l’État. Des groupes comme Voix oaxaquègnes construisant l’autonomie et la liberté (Vocal) y ont d’ailleurs joué un rôle important.
Outre leur participation aux luttes sociales, les anarchistes mexicains déploient une grande activité culturelle : publications de journaux, de fanzines, de livres, organisations de discussions, de salons du livre libertaire, de concerts. Du côté de l’université, plusieurs chercheurs consacrent leurs travaux à l’étude du mouvement : Ana Ribera Carbó, Alejandro de la Torre, Alfonso Torúa Cienfuegos, etc. Sous la direction de Jacinto Barrera Bassols, la publication des œuvres complètes de Ricardo Flores Magón a été entamée et six volumes sont déjà parus. Des colloques, comme celui consacré au magonisme en juin 2010 à l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (Inah), réunissant des chercheurs du monde entier, se tiennent régulièrement. Comme partout, en dépit des conflits qui peuvent opposer ponctuellement tel groupe ou tel individu à d’autres, les anarchistes mexicains manifestent une forte volonté de mieux s’organiser pour faire face aux enjeux actuels et cherchent à se fédérer. C’est dans ce sens que s’est tenu, à l’auditorio Che-Guevara, les 30 avril et 1er mai 2011 un congrès anarchiste. Dans la foulée, la Fédération anarchiste mexicaine (Fam) s’est créée en novembre 2011 (voir la Déclaration de la Fédération anarchiste du Mexique). Elle regroupe des étudiants, des travailleurs, des indigènes, des militants de quartier, et dispose de groupes dans différentes régions (Tijuana, Sonora, Durango, Morelia, district fédéral, État de Mexico, etc.).
Le mouvement anarchiste possède donc, au Mexique, une longue histoire, au cours de laquelle se sont succédé périodes de fort protagonisme et de reflux. Malgré les conditions adverses, il est parvenu, à chaque fois, à renaître de ses cendres. Il doit aujourd’hui faire face à de nombreuses difficultés. Dans un pays soumis à la corruption des classes dominantes, à l’autoritarisme, à la violence de l’État et des groupes paramilitaires, à la guerre contre le narcotrafic, à des disparités de classes vertigineuses, le chemin est semé d’embûches. Cependant, une lueur d’espoir existe : les classes populaires, prenant conscience de leur condition, s’organisent partout, pratiquent la solidarité et luttent pour leurs droits. Dans ce contexte, les anarchistes mexicains sauront-ils être à la hauteur des défis qui les attendent ?
David Doillon