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Non-Violence
par Serge le 3 novembre 2018

Paix à Paris, guerre au Yemen



La campagne antimilitariste de la Fédération anarchiste semble avoir des conséquences jusque dans les cénacles jupitériens.
En effet, devant son impact croissant, Emmanuel Macron tente d’allumer un contre-feu en organisant à Paris les 11, 12 et 13 novembre prochains, à la Grande Halle de La Vilette, le premier Forum de Paris sur la Paix.

Déjà, chefs d’État et de gouvernement, responsables d’ONG, chefs d’entreprise, intellectuels, citoyens, etc. sont invités par le chef de la "start-up France" à "proposer des projets concrets pour la paix" sur une plateforme en ligne.
Il est probable que notre proposition : "suppression des armées, commerce des armes interdit", aboutissement d’une vaste campagne antimilitariste internationale, n’y figurera pas.

Les accréditations média pour suivre les travaux du forum sont soigneusement filtrées. Ainsi l’ACDN (Association des citoyens pour le désarmement nucléaire) s’est vu refuser la présence de son "envoyé" spécial, sa proposition, exposée dans un communiqué du 24 octobre, étant : "Il faut cesser d’exporter notre prétendu savoir-faire, nos réacteurs nucléaires… et nos armes".
Il est vrai que la France est le 3ème marchand d’armes au monde.

En revanche, parmi les exposants seront présentes les banques AXA et BNP-Paribas (7 milliards de dollars investis dans l’armement nucléaire). De nombreux États, tous ardents partisans de la Paix, viendront communier avec Emmanuel, par exemple les Émirats arabes unis, l’Arabie Saoudite et le Koweït : le Proche-Orient représente 60 % des commandes de nos engins de guerre en 2017 :
-> Émirats, 227 millions € : avions Airbus multi rôles, corvettes Gowind, transfert de technologies navales, etc.
-> Arabie Saoudite, 1,4 milliards € : patrouilleurs maritimes, canons Caesar, etc.
-> Koweit, 1,4 milliards € : hélicoptères Caracal, etc.

La France ne peut que se féliciter du bon "travail" de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense de Hollande puis ministre des Affaires étrangères de Macron, connu pour être le VRP de l’industrie de l’armement.
D’autant plus qu’il s’agit d’un "travail" de longue haleine avec les pays du Golfe, dans lesquels notre pays a su se faire une réputation dans le domaine du renseignement, du contrôle des populations et des opérations tactiques. Notre pays dépêche régulièrement les forces du COS (Commandement des opérations spéciales) pour former les forces spéciales saoudiennes, à qui elle fournit des équipements de pointe (lunettes vision de nuit, jumelles tactiques, blindés). Une base militaire française, vitrine de l’armement, a été installée aux Émirats.

Les ventes d’armes sont accompagnées d’accords de coopération militaire : formation, maintenance etc., pouvant durer de 15 à 25 ans. Des "joint-venture" (coentreprises nldr) impliquant Airbus, Safran ou Thales sont créées avec des entreprises locales, particulièrement à Abou Dhabi, considéré comme le "centre commercial mondial de l’armement". Les innovations françaises dans les domaines des télécommunications, satellites de surveillance, composants avioniques y sont partagées. Un ex-dirigeant de Thalès est à la tête d’EDIC (Emirates Defense Industries Company).

D’autre part, Abou Dhabi est le partenaire de la France en Libye, alors que Ryad est le premier contributeur financier du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad), qui s’efforce de mettre en place une Force militaire anti-djihadiste conjointe. Son "baptême du feu" a eu lieu à N’Tillit au Mail, en novembre 2017. La France la soutient, espérant trouver une aide à ses "missions sécuritaires" en Afrique, qu’elle ne peut plus financer seule, et aussi générer de nouveaux marchés pour ses industries d’armement.

Tous ces éléments expliquent les intérêts économico-militaires communs avec les pays du Golfe et le rôle de pyromane de la France au Yémen. D’autant plus que les armes se vendent nettement mieux si elles ont été expérimentées "in vivo" sur le terrain.
Le gouvernement de notre pays y apporte un soutien de premier plan en matière de "guerre tactique" à Riyad (coût de 3 à 4 milliards de dollars par mois) et Abou Dhabi : armements (chars Leclerc, blindés Panhard, frégates, etc.), équipements de pointe (drones), entraînement des forces spéciales).

Après 44 mois de guerre, on estime le résultat de cette guerre contre la population à environ 50 000 morts. Il faut ajouter les personnes mortes de faim : "À Hajah, des habitants sont réduits à manger des feuilles d’arbre", un habitant de Sanaa, "Les réserves actuelles de nourriture au Yémen ne permettront pas à la population de tenir plus de deux ou trois mois", ONG Care. Cinq millions d’enfants sont menacés de famine : la stratégie de la famine y est devenue une arme de guerre.
Dans le Sud-Yemen, les Émirats arabes unis ont installé un réseau de prisons secrètes et formé une milice pratiquant actes de torture et disparitions forcées.

La future "reconstruction" du Yémen fait déjà saliver les États du CCG (Conseil de coopération du Golfe, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Bahrein), ainsi que les institutions financières telles que le FMI et la Banque mondiale, qui se pressent pour y participer.

En attendant, des millions de personnes risquent de mourir de faim. En compensation des chefs d’État bien nourris vont pouvoir échanger doctement sur la Paix à La Vilette…

PAR : Serge
Groupe Gaston Leval
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