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par Chardon Pâte le 19 mars 2018

Tel un réverbère ou... éloge de l’apéro

Article extrait du « Monde libertaire » n° 1791 de janvier 2018
Faut se dire les choses. C’est un fait que ça fait pas mal de manifs qu’on en ressort pas vraiment jouasse et que si on remet ça le coup suivant, et qu’on est disposé, quasi instinctivement, à le refaire indéfiniment, in petto, c’est pas la grande pétarade du bouquet final, ni même l’instant qui précède, oui, juste avant, ineffable, dans le recueillement silencieux où se concentre tout le déroulé de la victoire, la certaine, la finale, maintenant, ouiii !

Je sais pas pourquoi, écrivant ces lignes me reviennent en mémoire les accords d’un tube des seventies. Passons là-dessus. On n’est pas sur le divan, hein, ni à fumer des clopes le coude dans l’oreiller, mais dans la rue, à replier banderoles et chasubles. Et puis, les tubes, ça va et ça vient…

Se dire les choses, donc, sans dramatiser, parce que ce qu’on recherche, justement, c’est dépasser la petite mort qui nous étreint après chaque manif depuis des mois. On va boire un coup ?

Il est donc entendu qu’on parle en confiance et que les confidences qu’on se fait, elles sont de la militance, encore. A la tienne !

C’est à l’apéro qu’on mesure le mieux l’écart entre notre désir de lutter – ces foutues lois, ces maudits décrets – et la misère de notre combat. Comment un tel recul social ne provoque-t-il pas un raz-de-marée, submergeant tout ? D’où vient cet écart entre la comprenette qu’on est un sacré paquet à partager sur ce qu’est la macronneuse et l’inanité de notre action pour la contrer ? Même si les avis sont partagés là-dessus – et pourquoi ne le seraient-ils pas ? – jamais cet écart ne se resserre. A l’échelle d’une vie, du moins. Addiction à la défaite.





Toujours un peu moins nombreux, un peu davantage à regarder nos pompes. Tout juste qu’on te pisse pas dessus quand tu diffes un tract, tel un réverbère. Dans ce marasme, les roublards aux certitudes chevillées au corps, ne nous sont finalement pas d’aide. Le poids des appareils – les projections de ceci –, les débouchés de cela – les convergences à construire –, l’irruption qui ne saurait tarder... toutes ces foutues formules – formules foutues – ne font que souligner l’absence qu’on ressentait déjà. Absence de désir, renoncement à lutter, négation de l’être. On remet ça ?

C’est à l’apéro que les langues se délient. Quand on oublie nos pas-de-porte syndicaux, politiques ou autres. Quand y’a plus aucun intérêt à s’les coller à perpèt’, ni à les r’fourguer. Quand l’intérêt, il se porte ailleurs que sur nos systèmes propres – nos p’tites manies, quoi. A la tienne ! « L’homme ivre sent Dieu », disait Baudelaire. Le militant ivre, sans Dieu, commence à penser, à désirer.

A la troisième tournée, donc, on commence à se dire les choses. On est dans le vif. Alors on se tient là, sur le seuil de la confiance. Un franc éclair dans le regard et avec la profondeur aussi, comme dans la belle peinture. L’évidence d’une promesse, à tout recommencer, entre nos poings.
PAR : Chardon Pâte
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