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par Todo por Hacer le 21 décembre 2020

Pérou : L’étincelle populaire qui peut en finir avec trois décennies de fujimorisme institutionnel

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trad. Monica Jornet Groupe Gaston Couté FA



01/12/2020
Les soulèvements en Amérique Latine sont une constante dans l’histoire contemporaine , et ceci relève de deux réalités sociales évidentes : l’Amérique latine toute entière vit une oppression continuelle en tant que continent à spolier de ses ressources humaines et matérielles dans les mains du premier monde. En second lieu, ses sociétés sont extrêmement sensibles à ces oppressions et réactives à la misère, qui saignent à travers les veines ouvertes des blessures infligées par le capitalisme global.

Voici un an que nous informons sur les révoltes successives en Amérique latine. Même si chacune mérite une analyse spécifique, les réalités politiques et sociales locales présentant leurs propres caractéristiques, il faut cependant les prendre comme un ensemble, ce qui met en évidence les cycles d’épuisement des institutions étatiques et bureaucratiques qui oppriment historiquement les peuples et les communautés sociales. Dans le mois écoulé, nous avons reçu des nouvelles du Pérou où, des journées de contestation intense ont obligé à la démission le président par intérim nouvellement nommé, le conservateur Manuel Merino.

Le fujimorisme, un mort trop vivant au Pérou
On vient de vivre déjà trois décennies de présidents corrompus et autoritaires, initiées par le gouvernement d’Alberto Fujimori au pouvoir pendant une décennie et qui a consolidé sa position dans les institutions péruviennes par un auto putsch lorsqu’en 1992, il dissout le Parlement péruvien et s’arroge les pleins pouvoirs. Il met en place un gouvernement fortement autoritaire qui réprime les mouvements sociaux et de gauche, jette les bases du néolibéralisme actuel dans le pays. Conseillé de près par le gouvernement des États-Unis et le FMI, il a fondé un capitalisme clientéliste qui gouverne toujours le Pérou d’une main de fer actuellement.

Des dizaines de recettes bureaucratiques et de partis sont défilé sous les yeux du peuple péruvien au cours des dernières décennies. Le régime s’est refait une virginité en en envoyant Fujimori en prison pour crimes et tortures sous son gouvernement, mais la Constitution politique du Pérou de 1993 et l’ombre encombrante du fujimorisme continuent à tirer les ficelles du pouvoir dans le pays andin. Dans la plupart des cas, les révoltes ne naissent pas d’un plan établi et d’une stratégie ; elles sont spontanées et se nourrissent de la solidarité et des réactions en réponse à la répression qui s’exerce à l’encontre de manifestations pacifiques et elles comportent souvent une bonne dose de naïveté.

La colère populaire péruvienne s’est exprimée légitimement tout le mois dernier contre un gouvernement caduc et un système corrompu, mais ne proposait pas de transformations radicales au-delà de la chute du gouvernement par intérim et l’attente de nouvelles élections dans le délai de 5 mois ainsi que la réforme de la constitution. Ces trente années d’autoritarisme néolibéral ont fait du Pérou l’une des sociétés les plus conservatrices de la région, avec le facteur aggravant de la méfiance de la société envers les propositions de la gauche en raison du rejet majoritaire paysan et indigène d’expériences telles que celle du Sentier Lumineux. Le Parti Communiste Péruvien, qui proposait un modèle maoïste et à la Pol Pot dans les années 80, a trouvé l’opposition des communautés indigènes et de leurs institutions populaires, envers lesquelles il n’a jamais témoigné le moindre respect.

Explosion sans lendemain ou prélude d’une future révolte ?

La conjoncture péruvienne actuelle bénéficie cependant de la force née de ces actions populaires de confrontation avec le pouvoir, en ce sens qu’elles ouvrent un espace de lutte et d’autonomie dans la rue dont tout peuple a besoin pour avancer vers une démarche plus profonde de transformation sociale. Les révoltes ne se succèdent que si elles se pratiquent. Le gouvernement du chef d’entreprise Manuel Merino n’a duré qu’une semaine, il a démissionné avec la plupart de ses ministres après avoir ordonné à la police péruvienne de verser le sang. Le samedi 14 novembre deux jeunes manifestants ont été assassinés, une quarantaine de personnes ont disparu, et la police a aussi fait une centaine de blessés. La brutalité policière a enflammé progressivement les rues de Lima et d’autres villes péruviennes, celles-ci ont organisé des lignes de défense et des brigades populaires de santé. Le calme semblait être revenu après la nomination de Francisco Sagasti comme nouveau président par intérim, il n’est parvenu que provisoirement à désamorcer la contestation.

Quelques mois après les nouvelles élections, on voit nettement que la lutte entre les différentes familles politiques est au point mort, que celles-ci répondent toutes au même modèle autoritaire et à une même politique néolibérale. Comme toujours, le peuple, qui se saigne pour des parlementaires qui ne le représentent pas mais violent en revanche tous ses droits, est relégué au second plan.

La situation d’informalité que l’on vit au Pérou, causée en grande partie par la situation pandémique mondiale, a favorisé la remise en cause des pactes de silence et des pactes sociaux habituellement employés pour légitimer l’État. Une génération de jeunes s’est subitement politisée au cours de ces mouvements de contestation, et cette conjoncture critique associée à la solidarité déployée laissent prévoir que la jeunesse sera actrice des futures luttes. Espérons que cette contestation aura été le prélude d’un futur soulèvement général du peuple péruvien, qui a vu dans l’exemple chilien la route à prendre pour aller renverser le régime politique fujimoriste.

PAR : Todo por Hacer
Publication anarchiste mensuelle
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