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Anarchie dans le monde
par Fédération Anarchiste Italienne le 15 mars 2021

Ni Dragons ni patrons. Communiqué de la Fédération Anarchiste Italienne

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Traduction Monica Jornet Groupe Gaston Couté FA



Umanità Nova. 27.02.2021
Après les expériences absolument négatives des gouvernements précédents, il était difficile d’imaginer un gouvernement encore plus ennemi des classes populaires et encore plus soumis aux logiques du capital. Le gouvernement Draghi [en italien "dragons"], pourtant, promet cela et pire encore.

L’histoire de l’illustre technocrate appelé à la rescousse de la patrie est une anomalie politique tout à fait italienne qui n’a pas son équivalent dans le reste de l’Europe. Depuis Ciampi en passant par Dini et Monti jusqu’à Draghi, ces technocrates sont présentés comme au-dessus des parties mais il n’en est rien. Ils sont toujours du côté des patrons, de la grande industrie, de la finance.
Les gouvernements de technocrates ont toujours suivi les impératifs du néolibéralisme pour privatiser, réduire les salaires, les retraites, les services publics et de santé, l’éducation et la culture, sauf pour après ça aujourd’hui redécouvrir le rôle de l’Etat dans l’économie, consistant principalement à verser des milliards aux entreprises. Bonomi, président de Confindustria, a dit plus d’une fois très clairement ce qu’il attend du gouvernement : donnez-nous de l’argent et puis laissez-nous faire.

Le banquier Draghi et les ministres "technocrates" qu’il a désignés -et qui ne rendent compte qu’à lui- sont tous liés au monde de la finance et de l’industrie. Ce gouvernement est manifestement né pour répondre à la priorité de gérer l’énorme somme d’argent qui va arriver de l’UE à travers les financements du Plan Recovery (209 milliards dont 82 à fonds perdus) justifiés par la crise économique et dont les classes populaires feront les frais. Une autre priorité sera de faire revenir l’Italie dans le giron de l’atlantisme et des liens solides avec les USA, dont les gouvernements de Conte s’étaient détournés en essayant de se rapprocher des puissances internationales. Depuis peu, on peut déjà prévoir l’accélération du transfert de richesses des travailleurs aux entreprises, avec la fin de la caisse d’allocations chômage suivie de vagues de licenciements sous couvert de restructurations, une réforme fiscale non encore définie mais dont on peut exclure qu’elle frappe le grand capital, de nouvelles limitations des droits sociaux et la répression de la contestation. Bref, un massacre social sans précédents, si l’on considère également que ce gouvernement reste dans la ligne de Conte avec une gestion de la crise sur le mode de l’urgence, en prenant des mesures au jour le jour et sans aucun véritable virage pour préserver la santé publique, les revenus et le travail.
Une grande partie de la distribution des fonds européens sera faite sous la bannière de la green economy. Ce n’est pas un hasard si Draghi a nommé un homme de Leonardo-Finmeccanica (branche armement et aérospatiale) ministre de la transition écologique, nomination qui est un signe rassurant envoyé à la florissante industrie de l’armement italienne, leur garantissant que les dépenses militaires ne seront en aucun cas rognées.
C’est de ce ministère que sortiront les directives pour un gigantesque greenwashing du capitalisme italien, qui permettra aux patrons de continuer à faire des milliards de bénéfices rien qu’en passant une patine d’écologisme sur leurs productions. Le discours de Draghi a été sans ambigüité : certaines entreprises devront fermer et d’autres, à la production et aux positions internationales plus compétitives, devront prendre leur place, avec l’aide généreuse de l’État. C’est ce qui est défini comme "destruction créative". Et les personnes travaillant dans les secteurs fermés devront trouver une nouvelle qualification, suivre des stages, se reconvertir et, dans la grande majorité des cas, rester sur la touche du monde du travail ou en être vidé sans autre forme de procès.

Même le Vatican est un sponsor enthousiaste du nouveau gouvernement : l’Église espère faire main basse sur les énièmes privatisations de l’école et de la santé et d’accaparer une part de gâteau substantielle des fonds européens. Que cela génère du chômage ne fait certes pas peur à l’organisation cléricale, qui pourra ainsi exhiber le visage aimable de la charité intéressée.

Nous devons aussi souligner l’ignoble approbation des syndicats réformistes dont bénéficie Draghi. A huis clos, avant même le discours aux Chambres, Cgil Cisl, Uil e Ugl ont donné leur blanc-seing au gouvernement. En échange de quoi ? Nous le verrons en cours de route mais nous sommes certains qu’ils se sont une fois de plus vendus pour trente deniers pour s’assurer de continuer à jouer leur rôle de pompiers sociaux, comme ils le font avec diligence depuis quelques décennies.

Pour finir, ce gouvernement qui s’étend sur toutes les sigles de l’hémicycle quasiment, met à nu l’inconsistance de fond des différences entre sigles de la démocratie parlementaire. Des formations qui jusqu’à hier se comportaient en adversaires irréductibles, sont à présent alliées. Le PD et Forza Italia forment une majorité avec les partisans de Renzi et les 5 Étoiles, la Lega et une partie de LEU dans un énorme salmigondis, c’est l’unité nationale des patrons et des politicards au nom de la gestion des milliards UE. Même Fratelli d’Italia qui, formellement, est dans l’opposition, a déjà dit qu’il votera les dispositions qui lui conviendront. Nous pouvons d’ores et déjà imaginer lesquelles. La longue crise de représentativité des partis et des institutions a connu une nouvelle accélération dans cette phase. Face à de profondes tensions sociales, la politique institutionnelle a encore misé sur l’unité nationale et sur l’autoritarisme, pour trouver le moyen de se perpétuer.

Les nouveaux assauts du patronat, la flagornerie inconditionnelle des syndicats réformistes et l’effacement de toute différence entre partis, tous unis pour soutenir le gouvernement, ouvrent de sombres perspectives pour les classes populaires, mais aussi des vides, espaces d’opposition dans lesquels pourront se développer de nouveaux parcours de lutte plus incisifs en dehors de toute médiation des institutions ou des partis.

26 février 2021
La Commissione di Corrispondenza – Federazione Anarchica Italiana


PAR : Fédération Anarchiste Italienne
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