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par GAMA (Grupo de Afinidades e Movimentação Anarquista) le 26 novembre 2018

Les incertitudes du scénario politique actuel au Brésil

Source : Institudo de estudos libertários



Les incertitudes du scénario politique actuel au Brésil ont suscité les spéculations les plus variées sur la manière dont le « nouveau régime » traitera les militants de causes sociales. En règle générale, de nombreuses menaces proférées pendant la campagne électorale par le candidat philopasciste Jair Bolsonaro ont été répertoriées, pas seulement les « gauchistes petistes » [partisans du Parti des travailleurs,le PT], mais tous les « activistes ». Ces déclarations, accompagnées de manifestations concrètes, d’attaques et d’innombrables témoignages de harcèlements les plus variés, provoquent dans le camp de ceux qui sont le plus directement affectés une grande insécurité, stimulant la peur, voire la panique.
En ce qui concerne les menaces, nous pensons qu’elles sont réelles, et non pas des promesses, elles sont déjà la concrétisation de ce qui a été annoncé. Leur caractère concret ne permet pas de douter de leur intention. En ce sens, il n’y a pas de quoi être en désaccord face aux preuves. Toutefois, s’il est vrai que les attaques vont s’intensifier et toucher davantage les secteurs populaires, et également la classe moyenne, le constat selon lequel la peur et la panique ne découlent pas directement et uniquement de menaces est non moins vrai. Le plus souvent, ces sentiments sont bien plus le produit de la solitude que le résultat direct de menaces. Même si émotionnellement son « déclencheur » se trouve dans la menace, c’est dans la solitude que la peur se renforce le plus et trouve sa signification la plus authentique.
La peur se nourrit de la solitude, de l’isolement politique et du manque de structures organisationnelles cohérentes. La peur est l’expression individuelle et collective d’absences fondamentales. Plus que de l’affect interpersonnel, la réalité, la menace concrète exigent une organisation et une lutte communes. Plus qu’une organisation politique, plus que des mécanismes cohérents de défense et d’attaque, l’accueil est également nécessaire. Ce sont des aspects complémentaires et indissociables que, dans le passé, l’intelligence révolutionnaire savait traiter par « la fraternité des frères internationaux ».
Il est important de dissocier les menaces concrètes de nos peurs diffuses. Il est stratégique de séparer ce qui nous menace de ce qui nous manque pour faire face à de tels dangers avec l’énergie nécessaire. Si, d’un côté, nous ne pouvons pas éviter les menaces, de l’autre, nous pouvons éviter la peur. Les menaces émanent de nos ennemis tandis que la peur vient de nous-mêmes. Il est impossible d’éviter ce que l’ennemi entend faire avec des militants et des activistes, mais il est plus que nécessaire et faisable d’éliminer la peur grâce à des attitudes et des politiques claires en matière de relations collectives et de solidarité interpersonnelle.
Si nous continuons à relier les menaces à la peur, en justifiant ces dernières, nous travaillerons encore plus fort sur l’« agenda de l’ennemi », nous suivrons leurs traces, accepterons leurs stratégies et, indirectement, nous abandonnerons la construction de notre propre ligne d’action. Nous nous transformerons en « victimes volontaires » lorsque nous déciderons de continuer la lutte, voire en « capitulateurs » lorsque nous l’abandonnerons. Dans les deux cas, ce sera un désastre.
Pour résumer, la menace est une tactique de l’oppresseur, la peur est l’absence totale d’organisation des opprimés, sa solitude la plus déclarée.

A propos des initiatives
La situation actuelle doit être attribuée non seulement à la croissance du conservatisme, à son expansion dans la société, à la vague dans laquelle elle a noyé la démocratie représentative dans les sondages. Il faut reconnaître que les militants ont assisté à une « prosternation politique » presque complète face aux événements de ces dernières années. Il est nécessaire de reconnaître que, dans le cas des anarchistes, la propagande des idées a avancé beaucoup plus rapidement que les expériences concrètes d’insertion sociale. Une asymétrie dont on prend maintenant la mesure, sous forme d’urgences, attendues depuis longtemps.
En général, la soi-disant « gauche » s’est comportée de trois manières au cours des cinq dernières années. Soit elle collaborait directement avec le « bloc progressiste populaire », soit elle était son « partisan critique », ou même, dans le cas des anarchistes, elle fut insuffisante dans l’« opposition propositionnelle ». Un diagnostic qui, d’une part, présente des nuances idéologiques importantes; d’autre part, ne dégage personne de ses responsabilités. Cela ne cache pas le manque total, ou presque, de projets de portée sociale plus efficace.
Face aux menaces du philofasciste, concrètes et directes, nous devons organiser plus que jamais les noyaux de la résistance. Il est nécessaire de les organiser sans les lacunes soulignées ici. Ils doivent être « intenses » et « denses ». Il faut que nos propositions antifascistes soient intenses et socialement denses. Il est nécessaire que la proposition politique et idéologique soit intense et qu’elle identifie l’adversaire avec clarté, et que dans la même mesure, elle permette l’insertion sociale en définissant les nombreux besoins que le combat doit reconnaître pour ne pas perdre de sa substance.
En ce sens, la construction ne peut se dérouler que de bas en haut et de la périphérie vers le centre. Elle doit se développer à travers la fédéralisation des efforts et des organisations, par des noyaux soigneusement et patiemment constitués et dans le respect des alliances. Une articulation dans laquelle l’autodéfense est l’objectif le plus immédiat mais qui ne cache pas son ambition à long terme de promouvoir une culture radicalement démocratique, capable de résister à tout scénario imposé par un « accident électoral ».
Certaines de ces organisations / initiatives existent depuis un certain temps. Certaines ont même fait ces dernières années.ce que nous proposons ici Dans ce cas, ce qui est recommandé est la recherche de la formalisation d’alliances, de relations politiques plus explicites ayant pour but l’autodéfense. Qu’on se réunisse de la manière qui semble la plus utile et la plus sûre dans ce qu’on considère comme le plus urgent en fonction de sa physionomie sociale et de son orientation idéologique.
Il est urgent que, une fois que vous soyez fédéralisés et que vos identités soient affirmées, vous définissiez une stratégie globale d’alliances. Que vous choisissiez vos alliés en fonction de critères de confiance et d’affinité. Qu’un réseau de soutien et de défense soit construit, à la fois utile contre le harcèlement immédiat, mais également propice à un accord minimal sur les prochaines étapes. Un réseau de soutien mutuel qui ne servira pas qu’à la situation actuelle, mais qui se veut ou tend à être efficace dans la lutte.
Nous croyons comprendre qu’il est temps de joindre nos efforts contre les menaces. Il est nécessaire de mettre au service de la survie des individus, des groupes et des traditions révolutionnaires tout le patrimoine de résistance qui nous a été légué au cours des décennies précédentes. C’est dans la même mesure urgente que tout ce qui nous distingue fait notre force. Puisse la pluralité potentialiser l’unité sans uniformité, et que la menace ne soit que l’intention de l’ennemi commun et non la raison de nos peurs.



PAR : GAMA (Grupo de Afinidades e Movimentação Anarquista)
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