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par Elan noir le 12 septembre 2018

Kronstadt dans la révolution russe, Efim Yartchouk

« Les morts vivent et avec eux, les rêves qui les ont portés », Gustav Landauer.

Article extrait du Monde libertaire n°1796 de juin 2018



Alexandre Skirda présente ce texte qu’il a traduit et qui complète son livre Kronstadt 1921, soviets libres contre dictature du parti. Efim Yartchouk, qui a participé à la révolution de 1905, est élu au soviet de Kronstadt après février 1917 et devient un des principaux animateurs de l’importante faction anarchiste, ce qui lui vaudra d’être emprisonné 6 fois par la Tchéka. Ce récit, publié à New York en 1923 par l’Union des travailleurs russes, a une grande valeur, car il s’agit pour l’essentiel d’un témoignage oculaire. Yartchouk dédie son livre : « Aux marins de Kronstadt. À ceux qui versèrent leur sang lors de la révolution de 1905 pour l’émancipation complète du prolétariat du joug du capital et de l’autorité. À ceux qui luttèrent en février et en juillet 1917 contre les maîtres du monde. À ceux qui s’étant laissé abuser par les slogans de l’État prolétarien levèrent bientôt les armes contre les nouveaux maîtres, les bolcheviks. À la mémoire de ceux qui périrent sur la route menant à la Société des hommes libres : l’anarchie. »

Juillet 1917 : « La révolution est en danger ! »
Après de nombreuses arrestations fin juin à Petrograd (« Piter »), le 1er régiment de mitrailleurs, influencé par les anarchistes, se dirige le 3 juillet vers le palais de Tauride, siège du gouvernement : « À bas la guerre ! Tout le pouvoir aux soviets locaux ». Après une fusillade, des délégués partent informer les Kronstadiens dans un grand meeting place de l’Ancre : les ASC (anarcho-syndicalistes et anarcho-communistes) proposent une manifestation armée à Piter, les bolcheviks attendent la décision du Comité central du Parti. Le 4, 12 000 Kronstadiens débarquent sur les quais de la Neva, déployant drapeaux noir et rouge et banderoles : « À bas le pouvoir et le capital », « L’usine aux ouvriers, la terre aux paysans ». Les bolcheviks tentent en vain de s’installer en tête : « Nous ne marchons pas derrière les drapeaux bolcheviks, mais derrière celui de notre soviet ».
Sur la perspective Liteïny un feu nourri de mitrailleuses fait de nombreuses victimes. Le Comité central bolchevik décide de se cacher et les manifestants par groupes de deux à trois mille se dirigent vers les garnisons et les quartiers ouvriers. Le 5, des troupes arrivent du front pour mater l’insurrection. Après de longues négociations, les Kronstadiens peuvent regagner l’île.

En marche... vers la dictature sur le prolétariat
Après la prise du Palais d’hiver, Kerensky rassemble des forces armées menaçant Piter : « Les bolcheviks fuient de tous côtés. Kamenev et Zinoviev quittent, paniqués, l’Institut Smolny ». Kronstadt rassemble une force maximale et met en déroute les contre-révolutionnaires à Gatchina.
Les Kronstadiens sont appelés aux quatre coins de la Russie pour soutenir la révolution : à Kazan sur la Volga, à Novotcherkassk au sud, où les ouvriers leur offrent un train de charbon et de blé pour le remercier d’avoir chassé les bandes de Kalédine...
Profitant de cette dispersion, le Soviet des commissaires du peuple décide en février 1918 la dissolution de la flotte remplacée par une « flotte rouge ». La grande majorité des matelots refuse et repart dans ses foyers en emportant ses armes : « Les fusils et les mitrailleuses nous seront utiles, alors qu’ici les bolcheviks cherchent à acheter des mercenaires ».
Kronstadt ainsi affaiblie, les bolcheviks chassent le soviet de Kronstadt, imposent une tchéka et des cellules chargées de la délation, surnommées les « com-mouchards ».

La Commune de Kronstadt (2–18 mars 1921)
50 ans après le déclenchement de la Commune de Paris, l’Armée rouge écrase celle de Kronstadt, « Galliffet-Trotsky » n’y voyant que « des mutins gardes blancs, quelques anarchistes et socialistes révolutionnaires douteux, patronnant une poignée de paysans réactionnaires et de soldats en rébellion » et Lénine « un mouvement petit-bourgeois anarchiste ».
Citons les « Izvestia » de Kronstadt :
5 mars : « Le feld-maréchal Trotsky menace la libre et révolutionnaire Kronstadt révoltée contre le pouvoir absolu exercé depuis trois ans par les commissaires communistes ».
7 mars : « Tout le pouvoir aux soviets et non aux partis ».
8 mars : « C’est ici à Kronstadt qu’est posée la première pierre de la IIIème Révolution opposée à l’ordre bureaucratique des bolcheviks, laissant derrière la dictature du Parti communiste, des tchékas et du capitalisme d’État ».
9 mars : « Lénine a dit : Le communisme, c’est le pouvoir des soviets, plus l’électricité, mais le peuple a compris que le communisme des bolcheviks, c’est la commissariocratie plus les fusillades ».

Stépan Pétrichenko, président du Comité révolutionnaire provisoire de Kronstadt, plus tard :
« Ils peuvent fusiller les Kronstadiens, mais ils ne pourront jamais fusiller la vérité de Kronstadt ».

Élan noir


Kronstadt dans la révolution russe, Efim Yartchouk, Éditions Noir et Rouge
PAR : Elan noir
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