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par Laureldi le 24 décembre 2018

Fiche de lecture. « Bullshits Jobs » David Graeber

article extrait du Monde libertaire n°1800 de novembre 2018



Au travers de son ouvrage “ Bullshit jobs ”, David GRAEBER, suite à son article paru en 2013 sur le sujet, nous entraîne dans les méandres de ce type de boulot vides de sens, qu’il définit de la manière suivante : « Un job à la con est une forme d’emploi rémunéré qui est si totalement inutile que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé pour honorer les termes de son contrat, de faire croire qu’il n’en est rien. »
Les travailleurs qui les exercent se répartissent en 5 catégories :
Les larbins qui permettent à d’autres de développer un ego surdimensionné : Les cireurs de chaussures, les liftiers, une majorité d’employés de bureau...
Les porte- flingue destinés à effectuer le travail qui comportent un zeste d’agressivité : les milices nationales civiles, ou militaires, les lobbyistes, les avocats d’affaires… En fait, toute activité impliquant des effets délétères sur la société.
Les rafistoleurs dont le job consiste à régler des problèmes qui ne devraient pas exister, souffrant pour un certain nombre d’entre eux de ce que Freud a nommé « la névrose de la ménagère », douleur morale qui fait suite à l’impératif de réparer les dégâts causés par « une hiérarchie incompétente et négligente ».
Les cocheurs de case, remplissant à longueur de journée des fichiers, permettant à une organisation de justifier d’une activité qu’elle n’exerce pas, par le biais de statistiques et d’audits.
Les petits chefs qui se divisent en deux sous catégories : ceux qui se limitent à distribuer le travail, et ceux qui créent des activités dénuées de sens qu’ils confient à leurs subalternes et dont ils surveillent activement la mise en œuvre. David GRAEBER les nomme « bullshiteurs » ...

Selon l’auteur, dans cette grande vacuité professionnelle, si 37 % sont des jobs à la con, et si 37 % des 63 % restants s’exercent en soutien à des jobs à la con, alors un peu plus de 50 % (50,3%) du travail relève des jobs à la con au sens le plus large.

David GRAEBER s’interroge avec brio et avec une grande rigueur scientifique sur ce phénomène et son développement exponentiel.

Il démontre, par exemple, les effets délétères de cette vacuité subie par les travailleurs, tel que « le traumatisme de l’échec à influencer », source de dissonance cognitive, engendrant des comportements pathologiques de type schizophréniques, narcissiques ou encore phobiques.
Il pointe aussi l’exacerbation des relations sadomasochistes entre les différents protagonistes coexistant dans ce vide professionnel intersidéral : « Le dominé implore un signe de reconnaissance au dominant, qui, lui, s’empresse de le dépersonnifier en le soumettant à sa volonté arrogante. »

Il déroule ainsi sous nos yeux, un argumentaire nous démontrant, de façon tout à fait probante, que le développement de ce genre de boulots, notamment en milieu F.I.R.E. (Finance, Insurance, Real Estate, soit, en Français : finance, assurance, immobilier), mais pas uniquement, s’imbrique parfaitement avec le patriarcat ambiant, le sexisme, la survenue du capitalisme financier mondialisé et une certaine approche, plutôt brune, de la société humaine, dans laquelle l’individu se doit et consent à son insu, d’être occupé à n’importe quel prix pour ne pas penser.

L’auteur invite à dessein et tout à fait à propos, dans ce travail très fouillé de recherche, l’histoire, la sociologie, la psychologie, l’anthropologie, la symbolique et la politique.
En conclusion, il propose, en autres moyens, pour nous déconnecter du monde du travail et pour nous réapproprier notre réflexion, l’instauration d’un Revenu Universel de Base, non néolibéral, à savoir non coercitif et libérateur des contraintes financières, favorisant ainsi l’apparition de communautés humaines créatives, égalitaires, et valorisantes pour tou.te.s.

« Bullshits Jobs » David Graeber 405 pages, Septembre 2018 , Edition Les Liens Qui Libèrent .

David GRAEBER est docteur en anthropologie, professeur à la London School of Economics et auteur entre autres, de « Dette :5000 d’histoire. » et « Pour une anthropologie anarchiste ». Figure de proue du mouvement Occupy Wall Street, c’est un des intellectuels anarchistes le plus en vue actuellement.
PAR : Laureldi
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