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par Elan noir le 4 mai 2020

Décès de Patrick Herman, paysan, journaliste, militant

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Avec quelques semaines de retard, nous apprenons avec émotion le décès brutal le 31 mars à l’hôpital de Millau de Patrick Herman, que nous avions beaucoup apprécié à l’occasion de diverses rencontres.
Voici quelques traits d’une vie qu’il s’était choisie.


Il est né en 1948 dans une famille d’enseignants. Mai 68, qui n’a pas réussi à changer la Société, l’encourage à changer sa vie et il ne reste pas longtemps professeur de lettres. Il s’installe en 1973 dans la commune de Nant (Cévennes), proche des paysans du plateau du Larzac en lutte depuis 1971, dont il est solidaire jusqu’à leur victoire contre l’extension du camp militaire. Il y exerce plusieurs métiers tels que saisonnier et bûcheron.
Ensuite, sur des terres laissées en friche, il s’installe dans la production de fruits biologiques : «  Il fallait réparer une bâtisse entière : je deviens maçon, électricien et couvreur ». Il s’investit dans la Confédération paysanne.

En 1990, il découvre qu’un de ses voisins s’occupe de reconditionner de l’amiante : « L’affaire secoue la région de Millau. Des contacts sont pris avec l’ancien Collectif intersyndical de Jussieu, animé par le toxicologue Henri Pézerat ».
Il organise un colloque scientifique international à Millau en 1993.
En 1994 à Sao Paulo, il crée avec Henri Pézerat le réseau international « Ban Asbestos » qui a pour objectif une interdiction mondiale de l’amiante. Plus tard, celui-ci décède en 2009, et sa compagne, Annie Thébaud-Mony, crée l’association Henri Pézerat, qui a pour but de « créer et de faire vivre un réseau d’échanges d’expériences et d’aide aux luttes sociales concernant la santé des personnes en lien avec le travail et l’environnement ». Patrick Herman en partage les nombreuses luttes.

Dans la même période des années 1990, il est amené à écrire un premier article suite à un voyage en Italie : « Je prends le train pour Milan, je tombe sur la publication des archives de la catastrophe industrielle de Seveso (juillet 1976) et je deviens journaliste ». Par la suite, ses articles paraissent dans plusieurs journaux, notamment Le Monde diplomatique et CQFD. Il traite en particulier des risques industriels, des maladies, du droit du travail, de l’environnement.

En 2002, il participe à une bataille menée dans les Bouches du Rhône par le collectif de défense des travailleurs saisonniers (Codetras) pour obtenir des titres de séjour. Il analyse l’enjeu de l’exploitation de cette main d’œuvre par le capitalisme : « La guerre qui a été déclarée aux agricultures paysannes, la concurrence avec les produits locaux, recréent sans arrêt des poches de main d’œuvre disponible pour l’agriculture intensive, où l’on trouve des gens qui n’ont pas d’autre choix que de migrer, dans un premier temps à l’intérieur du pays, puis vers d’autres pays, voire d’autres continents ».

En 2012, il travaille avec Alexa Brunet, dont il écrit les légendes des photographies, pour les Nouvelles du Gazhistan : « Pour rendre visibles les dangers qu’engendrerait l’exploitation du gaz et de l’huile de schiste, est représenté un pays, le Gazhistan, où l’eau potable et l’air respirable se tarissent, où les animaux meurent, où la terre ne peut plus nous nourrir ».
Ils récidivent en 2015 avec Dystopia, une série de photographies d’anticipation montrant où nous entrainent industrialisation de l’activité agricole, extension des zones urbaines, évolutions de notre mode de consommation. Divers thèmes sont abordés : OGM, pollution des sols, de l’eau et de l’air,



disparition des zones humides, des abeilles, contrôle de l’alimentation, élevage intensif, course à la rentabilité, à la mécanisation, transformation du paysan en exploitant agricole, puis en « agri-manager »




. Citons des extraits de « Suicide des paysans », un des textes écrits par Patrick Herman pour ce magnifique ouvrage :
Années soixante : l’industrialisation de l’agriculture s’accompagne, dans le silence le plus épais, des actes de désespoir de bon nombre de paysans. Montrés du doigt comme incapables de s’adapter au monde « moderne », condamnés à la disparition par les économistes qui recommandent de diviser le nombre d’exploitations agricoles par dix en vingt ans, exclus des aides qui ne s’adressent qu’aux agriculteurs jugés compétents et dynamiques, ils ne trouvent que dans une corde le moyen de protester une dernière fois. Quelques décennies plus tard, les agriculteurs « modernisés » empruntent souvent le même chemin définitif. Soumis à la baisse constante des prix agricoles dans de nombreux secteurs, poussés à s’endetter pour être performants, ils sont plusieurs centaines à se donner la mort chaque année.

Nous avons partagé quelques « tranches de vie » de Patrick Herman, notamment dans notre émission Trous noirs sur Radio Libertaire, accessible sur http://trousnoirs-radio-libertaire.org/
→ 22 février 2010 : pour son livre Les nouveaux esclaves du capitalisme, qui dénonce l’exploitation et le racisme que subissent les ouvriers agricoles en France, en Andalousie, au Maroc.
→ 16 avril 2012 : sur la stratégie criminelle des industriels de l’amiante, dont les deux principaux dirigeants ont été condamnés à la prison par le tribunal de Turin.
→ 3 novembre 2014 pour le livre Dystopia
Nous l’avons également revu à Sainte-Foy-la-Grande, lieu de naissance d’Élisée Reclus, où il était venu participer aux « Reclusiennes », qui avaient cette année-là comme thème « Les Gardiens de la Terre ».

Pour se souvenir de ses différents engagements, de sa lucidité sur la nécessité de changer radicalement cette société pathogène et mortifère, quelques-uns de ses articles :
« Voyage au pays des hommes invisibles - Fruits et légumes au goût amer »
→ « Lettre du Brésil - Dans la pampa, l’invasion des eucalyptus » 
→ « La justice italienne sanctionne un crime social - Victoire historique au procès de l’amiante » 
« Le label AB est en train de tuer la bio »
« Évincés dès qu’ils commencent à s’organiser - Travailleurs saisonniers, la ronde infernale » 
« En Bretagne, des coopératives dévoyées - Pratiques criminelles dans l’agroalimentaire » 

Dans nos luttes pour que « Dystopia » ne soit pas notre avenir, nous nous souviendrons de Patrick Herman.

Élan Noir



















PAR : Elan noir
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