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par Octavio Alberola le 18 mars 2018

Autodétermination, oui mais pour tout

« Tierra y Libertad » n° 350, septembre 2017

Article extrait du « Monde libertaire » n° 1791 de janvier 2018
Disons-le clairement, le « droit de décider » (ou autodétermination) des peuples est et devrait être un droit réel et inaliénable pour que les « peuples » puissent décider ce qu’ils veulent être et de quelle façon. Mais c’est et cela devrait être également celui de chacun de ses membres, de tous les « citoyens », pour tout ce qui les (nous) concerne.

L’autodétermination devrait être un droit que nous devrions tou-te-s pouvoir exercer à tout moment ; mais il n’en va pas ainsi car l’existence de l’État l’empêche et ne permet son exercice que quand c’est lui qui en décide. C’est-à-dire exclusivement quand et pour ce qui l’arrange… Il en va ainsi et et cela est valable pour l’État espagnol comme pour le catalan, celui-là même que veulent créer ceux qui réclament le « droit de décider » dans ce seul but.

Les exploités et dominés catalans, comme ceux du monde entier, doivent, nous le devons tous, lutter pour pouvoir exercer ce droit à tout moment et pour ce qui nous concerne ; car ce n’est qu’en luttant pour l’obtenir que notre lutte — contre l’exploitation et les dominations dont nous sommes l’objet en Catalogne, en Espagne et dans le monde entier de la part des bourgeoises nationales liées entre elles mondialement — sera efficace. Les exploités et dominés, d’où que nous soyons et où que nous soyons, ne devons pas oublier que l’objectif de notre lutte est de mettre fin à l’exploitation et à la domination dont nous sommes l’objet et que, d’où qu’elle vienne, ce n’est qu’en nous unissant que nous pourrons y mettre fin.





Ne pas tomber dans le piège des bourgeoisies… espagnole et catalane


Nous ne devons donc pas oublier que l’union est nécessaire pour y parvenir et c’est pour cette raison que nous ne devons pas non plus oublier ce qui s’est passé dans l’Histoire à chaque fois que les exploités et dominés se sont unis à leurs exploiteurs et dominateurs pour défendre le mythe de la patrie commune. Ne pas oublier ce qui s’est passé alors : que la Patrie n’était pas la même pour les uns et pour les autres, que l’union des exploités et dominés avec leur exploiteurs et dominateurs n’a servi et ne sert qu’à perpétuer l’exploitation et la domination. Nous ne devons pas oublier cette leçon de l’histoire : que l’émancipation des exploités et des dominés ne peut être accomplie que par eux-mêmes. Que les classes existent et que la lutte des classes continue, bien que, dans cette guerre, la classe exploiteuse soit pour le moment victorieuse… Et c’est que nous devons prendre en considération dans le cas de la consultation que le gouvernement catalan est en train de promouvoir pour décider de l’« indépendance de la Catalogne » par rapport à l’Espagne ; car sortir de la monarchie est anecdotique, la république catalane restera aussi capitaliste néolibérale que l’Espagne monarchique.

Une fois de plus, la vraie question, pour les exploités et dominés, c’est de ne pas tomber dans le piège que nous tendent et où veulent nous enfermer les bourgeoisies espagnole et catalane, car il est évident que la seule chose qui compte vraiment pour elles est la continuité du système d’exploitation et de domination des travailleurs et travailleuses sur la planète. Ce système qui non seulement accroît les inégalités dans le monde mais est aussi en train de le rendre de plus en plus inapte à la vie. Donc nous le disons clairement : liberté de décider ; mais pour tout ce qui nous concerne, pas seulement pour ce que décident et ce que veulent ceux qui nous gouvernent et nous exploitent. Droit de décider, oui ; mais pour tout, à tout moment et pour tou-te-s.

Je rejoins donc ce qu’a écrit la réalisatrice catalane Isabel Coixet : « Ce n’est pas le moment de créer de nouvelles frontières, ni d’autres murs et barrières. C’est, sans doute plus que jamais dans l’Histoire, le moment de tendre des ponts, de nous concentrer sur ce que nous avons en commun, de résoudre les différences et les injustices avec une réelle et véritable volonté de dialogue, de relever ensemble, nous tous européens et dans un cadre fédéral, sans distinctions de passeport, les défis d’un monde insensé, troublé, brûlant, complexe et terrible. C’est le moment d’arrêter de nous regarder le nombril et de lever les yeux au-delà des limites de ce que nous considérons comme nôtre, au-delà de nos drapeaux — aussi chers nous soient-ils —, nos offenses — aussi nombreuses soient-elles —, notre passé. Je n’ai pas beaucoup de certitudes mais j’ai suffisamment vécu pour savoir que construire, ajouter et aimer vaut toujours infiniment mieux que détruire, soustraire et haïr. » Moi non plus je n’ai pas beaucoup de certitudes mais j’ai suffisamment vécu également pour savoir qu’on ne pourra construire un monde de liberté et d’égalité qu’avec ceux qui ne veulent ni exploiter ni dominer.

Illustration de Tierra y Libertad : « Je ne souhaite un État à personne ».
PAR : Octavio Alberola
(Traduit par Monica Jornet, Groupe Gaston Couté - FA)
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