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Chroniques du temps réel
par Bernard le 23 décembre 2016

on the road again

Petite route de la France rurale comme on en voit sur les cartes postales, Stanislas fonce.
Stanislas a toujours foncé. Stanislas est un fonceur. Le malus écologique de son monstre sur gommes ? Vite compensé par le sentiment de supériorité que lui confère la possession de 300 bourrins suralimentés. Petite glissade vite rattrapée, ABS pour éviter un couple de gallinacées imprudentes… Stanislas ralentit toujours pour les poules, pas envie de retrouver des plumes dans un étrier de frein…
Stanislas revient d’un séminaire pour jeunes requins aux dents longues. Stanislas est vénère : Jean-Ba, de l’antenne de Grenoble, qui s’est cru obligé de débarquer au volant d’une allemande de la pointure d’en dessus. Frimeur !...
Devant, une voiture de « sans dents » qui doit jouer à cache-cache avec les contrôles techniques. Vite doublée, vite oubliée… Stanislas fonce. Stanislas est un gagnant, Stanislas est un battant, Stanislas a choisi Macron…
Au séminaire, on a beaucoup parlé investissements à faire sur tel ou tel candidat.

Faire attention, petite descente au revêtement suspect.

Les Ponts et Chaussées, un corps mis en place au temps de Louis XV. Devaient s’occuper des ponts et des routes, normal.
Au 19e siècle, le 21 mai 1836 plus précisément, une loi organique leur enlève un peu de leur monopole en donnant aux communes l’entretien des chemins vicinaux grâce à des recettes fiscales et aux départements les chemins vicinaux de grande communication, reliant plusieurs communes (ancêtres des départementales).
Il faudra attendre 1937 et le gouvernement de Léon Blum pour voir naître une Direction des routes.
Ensuite ? Les DDE sont créées en 1967 et remplacent les Ponts et Chaussées. Et après, la décentralisation de 1982 avec le passage des DDE sous la tutelle des Conseils Généraux (bien que les DDE et leur personnel restent sous statut d’État) qui devront – avec les communes concernées - financer les travaux.
Ensuite ? Petit à petit, l’État va retirer ses pions pour les 375 000 km de routes nationales d’intérêt local (RNIL) qui sont refilées aux départements alors que les Nationales importantes sont confiées à des Directions Interdépartementales des routes.
Ensuite ? EN 2011, la France « cocoriconne » en tête devant 139 autres pays pour la qualité de ses routes. En 2015, en six ans, elle était tombée à la 7e place malgré le lobbying des transporteurs routiers qui ne sont pas prêts à se mettre au ferroutage…


Stanislas l’aime pourtant bien, cette France profonde avec ses… il les appelait comment déjà, Nicolas ?...

Déjeuner avec la rédaction de l’Agence France-Presse, le mardi 18 octobre : "Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs."

Stanislas est un urbain gavé aux particules fines, il ne supporte pas l’odeur du fumier malgré le milieu qu’il fréquente. Vite, fenêtres fermées. Dans son bolide, Stanislas est à l’abri de tout ou presque…

Sur le siège passager, une liasse d’enveloppes au logo de sa firme, de sa frime. On ne se fait pas de pactole sans casser des emplois : convocations individuelles en vue d’un licenciement économique.
Sur ce coup, Stanislas a battu Jean-Ba : 77 à 43… Stanislas fêterait bien cela d’une rasade de whisky mais il y a encore trop de gendarmes.
Par contre, pour ses enveloppes à poster, pas le moindre bureau à l’enseigne jaune dans le secteur…




« Ça eut posté, mais ça poste plus ! » dirait un décideur de la Poste à la Fernand Raynaud…Le volume du courrier a diminué de 31 % depuis 2008. La Poste réfléchit à supprimer plusieurs milliers de ses implantations dans des villes moyennes, d’ici à 2020 : 7 000 des 17 000 points de contact actuels pourraient fermer.
C’est en 1830 que débute la distribution du courrier dans toute la France par les facteurs ruraux. Dans un premier temps, tous les deux jours, elle devient quotidienne dès 1832.
En 1848, le même tarif est appliqué sur toute la métropole… Service public !...
1879, création du Ministère des Postes réunissant les Postes et les Télégraphes… En associant ainsi - au sein d’une même structure - le courrier papier à acheminement physique coûteux au courrier télégraphié moins onéreux puis au téléphone encore plus rentable ; le service public « PTT » s’en sortait sans trop de soucis.
Après la deuxième boucherie, les PTT traînent les pieds face à une modernisation semble-t-il nécessaire.
Début des années 70, c’est le début de l’automatisation du tri du courrier. La poste a besoin de fric… De son côté, le téléphone a besoin de sortir du « 22 à Asnières » avec ses standardistes. Là aussi, modernisation est synonyme de gros besoins financiers…Le service public lorgne vers les fonds privés…
1990, 2e cohabitation, les PTT se scindent en deux entreprises distinctes donc concurrentes : La Poste et France Télécom. Le courrier papier va commencer à souffrir sachant que l’acheminement d’une lettre revient effectivement à 4 fois le prix du timbre…
1991 La Poste devient un exploitant autonome de droit public.
Fin 2004, l’État retire une partie de ses pions de France Télécom, histoire de passer en dessous des 50%. France Télécom devient alors une entreprise privée. Adieu le service public…


La route étire ses méandres au milieu des prés et des fermes. Stanislas fonce. Stanislas a toujours foncé. Stanislas est un fonceur…

Sur le tableau de bord de son monstre, un voyant indique une chute de pression du pneu arrière gauche. Stanislas jure. Changer un pneu sur une route nappée de bouses et de lisier. Maudits paysans !
Justement, un ga’s du coin est là, sur le talus. La vue du jeune en costard qui fait des pointes pour éviter de trop salir ses escarpins de luxe le fait sourire.
« Ça crève aussi ces pompes à fric ? »
Stanislas ne répond pas et continue à danser sur la route.
« Bon, manifestement vous êtes dans la merde… »
Toujours savoureux de voir un jeune loup dans la panade…
« Allez, arrêtez de stresser, on va s’occuper de votre carrosse… Servispublix ! »

Ni une ni deux et surtout pas trois, arrive un petit cochon en couinant joyeusement.
« Servispublix. Va t’occuper de la voiture du seigneur! »

Le goret dévale le talus en tressautant. Pas simple de courir avec une jambe de bois à la place de la patte arrière…

Stanislas n’a rien d’autre à faire que de… Pas de réseau. Zone blanche…

Servispublix desserre les boulons avec les dents, file chercher le cric, joue de la manivelle, enlève la roue souffreteuse vite remplacée par sa collègue de secours…
« Tu vas la laver dans l’abreuvoir avant de la remettre en place… »

Le petit porcin file en claudiquant, fait faire trempette à la roue, se débrouille pour la porter sur sa tronche puis revient « tap, tap, tap toc ! » jusqu’au coffre, y range la roue, file laver le cric, le range à son tour et tout ça en poussant des petits couinements joyeux.

« Tap, tap, tap, toc, crouic, crouic ! »
Stanislas regarde la petite queue en tire-bouchon qui s’éloigne.

Un cochon avec une jambe de bois…

« Il est fabuleux votre cochon, super bien dressé… La jambe de bois, un accident ? »
Le ga’s descend enfin de son talus histoire de voir le monstre mécanique de plus près…
« Ben… Il est tellement utile ce pauvre Servispublix… On va pas le manger en une fois… »

(NDLA) Le cochon est un animal très sympathique. Il n’est absolument pas question, dans cet article, de me moquer des services publics, bien au contraire.

PAR : Bernard
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