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Chroniques du temps réel
par Bernard le 13 avril 2016

l’argent n’a pas d’honneur

D’un toussotement discret, le camériste indique à son maître que le bain est "al dente". Il a veillé à la bonne température de l’eau, ajouté les huiles de bains choisies avec soin et parachevé son œuvre en lançant le Stabat mater de Haydn. Il est temps pour lui de se retirer avec toute la discrétion possible.

« Vidit suum dulcem datum... »
Seul, le maître commence à retirer lentement ses vêtements. D’humeur enjoué, il s’amuse à s’effeuiller comme un chippendale, porté par ce morceau "lento e maestoso". Le voilà enfin nu et prêt à tremper le gros orteil…
« Oh, bordel de merde ! Cet enfoiré a encore fait comme s’il avait oublié que je déteste les bains glacés… »
Le maître débonde, laissant filer ainsi suffisamment d’eau froide. Maintenant il va rétablir le niveau avec de l’eau chaude… Histoire de ne pas voir s’amoindrir son petit orgueil de mâle.
« C’est pourtant pas compliqué de ne pas se geler les burettes… » Le maître se laisse glisser dans l’eau.
« Paradisi gloria »… Le disque touche à sa fin, signal de la sortie de l’eau du pachyderme.
« Ça va, cet abruti a tout de même pensé aux serviettes chaudes… Pardonné pour cette fois… Comme toujours… »
Caleçon gris, chaussettes grises, fixe-chaussettes, pantalon gris, tricot de corps gris, chaussures Mephisto noires… Le maître a mis ses plus beaux atours pour sa sortie hebdomadaire.

Son chauffeur s’efface. Ce soir, le maître sort seul. Ne pas oublier cependant de lui ouvrir la portière.
« Veille au rétro, Satanas. » Décidément, le maître est d’humeur badine aujourd’hui…

Le maître se dirige vers le centre-ville. Tout en conduisant, il se rappelle ses débuts au fin fond de la campagne - on aurait dit du Bernanos – avec le regard des "guette-aux-fenêtres" qui lui interdisait le moindre écart. Une petite période de flirt avec l’alcool pour oublier la solitude, et puis cette libido qu’il fallait maîtriser… Quelques sombres années, avec toujours cette volonté de promotion sociale et voilà… Top gun ! La voiture classieuse, la ville, l’anonymat.

Le maître allume l’autoradio, cherche une station sans actualités. Le maître refuse d’entendre parler de la crise inesthétique, de la loi El Khomry avec ces manifestations grossières accompagnées de répression vulgaire, de ces migrants dépenaillés, de ces patrons couperosés… Le maître ne se veut baigner que dans du beau, du voluptueux, du chaleureux. Parce que, aujourd’hui, c’est la sortie hebdomadaire…
Finalement, un CD, le King Arthur de Purcell. Le maître se souvient de la première écoute de "Cold song" par Klaus Nomi. C’était sur une petite radio, dans sa petite chambre de petit surveillant de petits internes. Pensées torrides vite contrôlées par une douche glacée…

Une place pour stationner… Et en route pour l’aventure… Le maître marche dans la foule. Dans quelques minutes, il va aborder une prostituée, une Marie-Madeleine, comme il aime à les appeler.
Il en choisira une jeune, une très jeune, sans défense. Le mieux pour lui, ce serait une petite étrangère, comme la semaine dernière. Une petite un peu garçonne… Alors, il lui demandera d’endosser l’uniforme de petit interne, uniforme volé quand il était petit surveillant. Et après…
Mais il ne la violera pas puisqu’il aura payé pour ça… C’est ce qu’il leur dit chaque semaine en leur tendant un mouchoir de soie pour les larmes.

En France, selon l’UNICEF, entre 3000 et 8000 personnes mineures françaises et étrangères « vendraient » leurs corps. Ces prostituéEs sont pour un tiers des FrançaisES, en fugue ou en rupture familiale, et pour deux tiers venant de différentes parties du Monde, victimes de réseaux de trafics d’êtres humains.

Tout à son safari, le maître pense à cet homme misérable venu pour avouer. Le maître, alors, était redevenu Monseigneur, évêque de son état… Le prêtre avait tout raconté et l’évêque avait cru entendre sa propre voix à l’énoncer de l’insoutenable.

Soupçonné d’agressions sexuelles sur de jeunes scouts, il y a plus de 25 ans, le prêtre Bernard Preynat a été mis en examen le 27 janvier après avoir reconnu les faits devant les policiers.
Aujourd’hui, ses victimes accusent le clergé français, et notamment l’actuel archevêque de Lyon, Monseigneur Barbarin, d’avoir couvert ces agissements pédophiles en ne les dénonçant pas à la justice. « Pour moi, gamin, il représentait Dieu et la foi, il avait une poigne de fer. » raconte une de ses malheureuses victimes.


Monseigneur, incognito, perdu dans la foule, chasse ce prêtre de ses pensées. Ne pas gâcher cette sortie hebdomadaire. Il repousse sans le regarder le mendiant inesthétique qui ose l’aborder. Il laisse la charité chrétienne à l’Argentin de Rome. Lui, son argent, il le donnera à une petite contre une absolution de viol monnayé.
Cette jeunette, là ?... Non, le mec appuyé contre l’abribus... Sûrement son mac. Manque de classe complet…

La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) déplore que la traite des êtres humains soit si peu réprimée dans notre pays.
La France ne lutte pas suffisamment contre la traite des êtres humains, un sujet qui reste mal connu et ne se limite pas à l’exploitation sexuelle, souligne la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) dans un rapport publié début mars.
Adultes ou enfants contraints de se prostituer, esclaves domestiques, migrants exploités dans des ateliers clandestins, mineurs contraints à la mendicité ou à la délinquance pour le compte d’autrui... La traite recouvre des réalités très diverses.
« Si l’exploitation sexuelle est une forme importante d’exploitation, elle ne recouvre pas l’ensemble des phénomènes », insiste l’institution, composée de 64 représentants syndicaux, associatifs ou personnalités qualifiées.
L’esclavage moderne est une réalité
« Loin des idées reçues, l’esclavage moderne existe dans notre pays, de même que le travail forcé de personnes vulnérables, et que nombre d’enfants et d’adolescents sont contraints à mendier ou à voler




Monseigneur pense à l’abbé Pierre, qui allait en douce rendre visite à une célèbre prostituée genevoise. C’est elle qui l’avait "confessé publiquement" et lui, sous son béret, n’avait jamais démenti. Alors, si l’ami des pauvres, lui aussi… Monseigneur ne voit vraiment pas ce qu’on pourrait lui reprocher…
Ce n’est pas lui qui met ces jeunettes sur le trottoir, et s’il n’était pas là, elles feraient quoi ? Et puis après, quand il les relâche enfin… Toujours un mot gentil en latin.
De toute façon elles ne comprennent même pas le français ou alors, si elles le comprennent, elles sont tellement pressées de filer...
Monseigneur accélère le pas, sa petite valise à la main. Il la voit, là, dans l’encadrement d’une porte. Il va l’aborder, ne pas parler de l’émolument, la suivre, ouvrir sa petite valise, lui tendre l’uniforme de petit interne, uniforme volé quand il était petit surveillant.
Après… Il aura payé pour ça…

Plus qu’un mètre, plus qu’un maître… Il lui pose la main sur l’épaule pour la pousser dans l’entrée.

On pose alors la main sur son épaule…

“[…] I can scarcely move, Or draw my breath, I can scarcely move, Or draw my breath. Let me, let me, Let me, let me, Freeze again... Let me, let me, Freeze again to death! ” Cold Song, Henry Purcell
(Trad : “Je peux à peine bouger, à peine respirer. Laisse-moi geler encore jusqu’à la mort !)

Monseigneur aurait dû écouter les informations…

Au bout de trois années de marathon 87 députés ont participé à l’adoption définitive de la pénalisation des clients de la prostitution. Seulement 87 députés (principalement à gauche) : 64 pour, 12 contre et 11 abstentions… 87 députés sur 577 dont 155 femmes. Pourquoi un tel taux d’absentéisme ? Surbooking ? Désintérêt ? Lâcheté ? Pour certains, l’impression d’être juge et partie ?...
La pénalisation des clients, un système en vigueur dans d’autres pays pour enrayer cette forme d’esclavage moderne pour les uns, activité professionnelle pour d’autres.


Monseigneur fait maintenant connaissance avec les liens sacrés de la police. Menotté, il regarde une dernière fois celle qui aurait pu… Toujours pas le moindre sentiment de culpabilité.
Quand on paye, ce n’est plus un viol…

« Dans la prostitution, les hommes utilisent les corps des femmes et des filles (des garçons, des transgenres), leurs vagins, anus, bouches pour leurs plaisirs sexuels et comme vaisseaux d’éjaculation, encore et encore. La prostitution n’est pas une libération sexuelle, c’est une humiliation, c’est de la torture, c’est du viol, c’est de l’exploitation sexuelle et ça devrait être appelé comme tel. En conséquence, les hommes qui utilisent les femmes et les filles (et les garçons, les transgenres) dans la prostitution sont des prédateurs sexuels et des violeurs. » Unilla Ekberg, abolitionniste suédoise

Monseigneur ne va pas s’en tirer avec trois « Pater » et deux « Ave»…

L’achat d’actes sexuels sera passible d’une contravention de 1.500 euros. En cas de récidive, l’infraction deviendra un délit puni d’une peine d’amende de 3.750 euros dans "un souci de pédagogie et de dissuasion, graduelle et progressive". Alternative à l’amende ou sanction complémentaire, un "stage de sensibilisation à la lutte contre l’achat d’actes sexuels" est aussi prévu. Au-delà d’une contravention pour le client, il prévoit que le recours à la prostitution de personnes mineures ou particulièrement vulnérables soit passible d’une peine d’emprisonnement de trois ans et de 45 000 euros d’amende. Une peine qui peut atteindre jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende lorsqu’il s’agit d’un mineur de 15 ans ou moins.

Un homme à tête de rapace fait signe à sa très jeune "gagneuse" de rentrer et de se faire oublier…
Elle pourra peut-être s’en sortir.
Des mesures d’accompagnement social sont instaurées pour celles qui veulent quitter la prostitution, alimentées par un fonds de 20 millions d’euros par an. Les étrangères engagées dans ce "parcours de sortie" chapeauté par une association agréée pourront prétendre à un titre de séjour de six mois, éventuellement renouvelable.

Louable geste de la part de l’État qui est le principal proxénète de France :
Régime fiscal
Les revenus de la prostitution, même occasionnels, sont imposables. En effet, les personnes prostituées sont rattachées par le Code général des impôts aux professions touchant des bénéfices non commerciaux et revenus assimilés, du fait qu’elles sont considérées comme « recevant régulièrement d’un tiers des sommes qui leur servent de moyens habituels d’existence et dont elles ont la libre disposition ».
Dans leur déclaration, les personnes prostituées doivent déclarer leurs bénéfices nets, c’est-à-dire leurs recettes totales, diminuées des dépenses relatives à l’exercice de leur profession.
À défaut de déclaration, ces personnes peuvent être taxées d’office, sur la base de leurs dépenses personnelles, de leur train de vie, et ceci non seulement pour l’année en cours, mais pour les quatre années précédentes.

Disons que l’État proxénète perçoit environ un tiers des revenus… Ok, dans le même temps, les braves gens aigris vous diront les personnes prostituées peuvent bénéficier de la CMU, d’APL…

Eh oui, l’État est un bon souteneur…






PAR : Bernard
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1

le 16 avril 2016 14:29:06 par luc lefort

"Monseigneur pense à l’abbé Pierre, qui allait en douce rendre visite à une célèbre prostituée genevoise. C’est elle qui l’avait "confessé publiquement" et lui, sous son béret, n’avait jamais démenti. Alors, si l’ami des pauvres, lui aussi…"
ce glorieux abbé pierre, qui, à la fin de sa vie soutenait mordicus le négationniste, ex stalinien, garaudy devrait, en comparaison être jugé avec mansuétude pour avoir eu recours à la tentation "lubrique", d’un service sexuel tarifé.

2

le 16 avril 2016 19:35:17 par bernard

Ouais, en fait... comme il a fait plus pire, ça, c’est pas grave. Sauf si pour son service sexuel tarifé... il est allé voir Garaudy...

3

le 18 avril 2016 08:54:50 par luc lefort

@bernard
quand on entend, à intervalle régulier, les histoires de pédophilie de certains hommes d’église, avoir recours à un service sexuel tarifé avec une prostitué est un moindre mal.
quand au soutien de l’abbé pierre à garaudy, ça restera une note dépréciative ( le mot est faible ) accrochée à la soutane du créateur des compagnons d’émmaus.