Chroniques du temps réel > Usine d’aliénés
Chroniques du temps réel
par Bernard le 25 février 2016

Usine d’aliénés



Sur la table basse de la salle d’attente quelques revues pour faire attendre. Monsieur D. attend. Monsieur D. n’ose pas prendre la revue qui attend au sommet de la pile.

Monsieur D. souffre de visions délirantes depuis quelques mois… En y réfléchissant bien, depuis ce dernier entretien d’évaluation des compétences… Il lui avait été reproché de ne pas avoir l’esprit « entreprise ». Comme une grosse claque…
Alors il avait sombré. En y réfléchissant bien, depuis le lendemain de ce fameux dernier entretien d’évaluation des compétences… Sa place habituelle de parking occupée par son jeune collègue aux dents longues. Et puis les regards en coin.
Alors Monsieur D. a commencé à voir des regards dans tous les coins. Il lui semblait qu’une caméra de surveillance le suivait dans tous ses déplacements professionnels.

«  [...] Les attestations médicales sont intéressantes si elles ont été établies par un médecin traitant au moment des faits, par exemple lors d’un arrêt de travail prescrit du fait du harcèlement. Le médecin du travail a également vocation à signaler à l’employeur des faits présumés de harcèlement. […] » Dirait un avocat…

Monsieur D. regarde autour de lui. L’observe-t-on ? Monsieur D. est quasiment certain que « l’entreprise » le fait suivre. Dès le début, dès son premier rendez-vous avec ce spécialiste en problèmes de mal-être. En y réfléchissant bien, depuis ce jour où il avait abandonné son bureau. Quelques minutes avant, aux toilettes des cadres pour se rafraichir, il avait vu sur son reflet comme une étoile jaune… Et puis cette montée graduelle du bavardage de ses collègues qui parlaient de sa présence dans la communauté de « l’entreprise ».
Alors direction le médecin du travail le plus proche pour chercher du secours. Parce qu’un médecin du travail, c’est là pour venir au secours de travailleurs en danger.

Seulement voilà… Prenez deux salariées de deux entreprises qui poursuivent leurs employeurs pour harcèlement sexuel. Sur leur route elles rencontrent le Docteur Karine Djemil qui fait le rapport entre le mal-être, la souffrance psychologique de ces deux femmes et le harcèlement sexuel vécu au travail. Les harceleurs sont des hommes de pouvoir et d’influence… 18 janvier 2016, Le conseil de l’ordre des médecins, par le biais de ses instances disciplinaires, condamne sans instruction contradictoire le Docteur Karine Djemil à 6 mois d’interdiction d’exercer et… lui impose une expertise psychiatrique en raison de son interprétation délirante de ce qu’est un harcèlement sexuel. A l’origine de cette demande - pour le moins exceptionnelle - le courriel du président de l’instance disciplinaire régionale, « magistrat-non médecin »… On se croirait à la sinistre époque des internements psychiatriques arbitraires en URSS…

« L’homme près de la porte de la salle d’attente… En y réfléchissant bien, je suis sûr de l’avoir déjà vu… » Monsieur D. essaye de ne pas penser. En y réfléchissant bien, « L’entreprise » a surement placé un micro dans sa tête… Heureusement, le cabinet de son psychiatre est au rez-de-chaussée…
Monsieur D. l’a bien repéré, le gars à sa droite qui fait comme si… Tout droit sorti du 93, rue Lauriston… Siège de la Gestapo française. De cette époque trouble où le Conseil de l’Ordre jouait l’Ordre en adoptant et le recensement des médecins étrangers et juifs, et leur interdiction d’exercer…

Monsieur D. se demande si « l’entreprise » a accès à son dossier médical. Il ne fait plus confiance au corps médical depuis qu’il a appris que l’Ordre des médecins avait choisi le camp du patronat. Il y avait l’histoire de cette Karine Djemil à qui on reprochait d’avoir remis, à des salariées de deux entreprises, copie de leur dossier médical (conformément à l’article L1111-7 du CSP – Contrat de Sécurisation Professionnelle) qui contenait l’étude du poste préalable à l’inaptitude médicale (article R4624-31 du Code du Travail).
Monsieur D. se bouche les oreilles pour que le gestapiste à droite n’entende pas que lui, Monsieur D., est au courant que le Conseil Départemental de l’Ordre du 93 avait lui-même violé le secret médical dans cette affaire… Heureusement, le cabinet de son psychiatre est au rez-de-chaussée…
Heureusement… Le 17 décembre 2015, un cardiologue se suicide en se défenestrant de son bureau au 7e étage de l’Hôpital européen Georges Pompidou. Depuis plus d’un an, il disait être victime de maltraitance venant de ses pairs et de l’administration.

Monsieur D. se fige en écoutant la petite voix lui signaler que son bureau à lui, dans « l’entreprise », est également au 7e étage. Il ferme les yeux pour éviter que l’homme assis en face lise l’info sur le prompteur greffé dans ses globes oculaires. Maudit KGB…

Mais c’est bientôt son tour… Tout raconter au docteur : La dictature capitaliste, la trahison « socialiste », le dialogue social qui monologue et puis tous ces agents dormants de « l’entreprise » qui détricotent le tissu social, qui…

« Bonjour Monsieur D., alors de quoi va-t-on parler aujourd’hui ? »

La porte s’ouvre brusquement, deux agents spéciaux de l’Ordre entrent sans un mot, font signe au psychiatre qui se lève et les suit.

Le Dr Rodriguez est personnellement engagé dans des actions menées aux côtés d’organisations syndicales ayant pour objectif de combattre la « souffrance psychique au travail »… Voici le pourquoi du comment du blâme infligé par la Chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins de PACA et Corse. Le Dr Rodriguez avait établi un lien entre l’état de santé mentale d’une salariée (d’un magasin du groupe Mulliez qui est aussi propriétaire des supermarchés Auchan) et ses conditions de travail. Le groupe Mulliez avait saisi le collab’Ordre des médecins. Pan sur les doigts du psy qui ne faisait que son travail. Confirmation du blâme en appel (par la chambre disciplinaire de l’ODM) le 4 février dernier.
Itou décembre 2013, le Dr Huez - médecin du travail sur le site nucléaire EDF de Chinon - condamné à un avertissement par la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins du Centre. On lui reproche à lui aussi d’avoir rédigé un certificat fin 2011 dans lequel il fait le lien entre la dépression d’un salarié et ses conditions de travail.
Itou le Dr Bernadette Berneron du CHU de Tours condamnée par le même « tribunal » en décembre 2014 pour des faits identiques…
Prudents, de nombreux médecins du travail ont revu et modifié leurs certificats qui allaient dans le même sens...


Monsieur D. va s’asseoir à la place du docteur. Il prend la liasse de feuilles à en-tête du psychiatre et rédige une demande d’euthanasie à l’encontre de l’Ordre National des Médecins.

Et pour « l’entreprise »… Ce téléphone sur le bureau…
« Allo, Monsieur le directeur… Vous n’avez rien à craindre… la souffrance psychique au travail, paraît que ça n’existe pas… Alors vous pensez, la peur… À très bientôt Monsieur le directeur… »

La liasse à en-tête…
« À compter de ce jour, l’aliénation salariale sera à combattre car nuisible ! »

Et cette dernière pensée n’a rien de délirante.
PAR : Bernard
SES ARTICLES RÉCENTS :
En avant, marche !
Les habits neufs du châtelain
La propriété c’est le bol
pas la frite
on the road again
Comme un sale goût dans la tronche
Autour d’une pizza
Repas gaché
le fugitif
Ogres de barbarie
Caumare
La musique qui marche au pas...
Fermez des écoles, vous ouvrirez des prisons
Marée bleue sur la ZAD
comme une journée sans pain
49.3 nuances de gré
Choisis ton camp, camarade !
Bébert le bousier
l’argent n’a pas d’honneur
"Ecce homo ! "
Education Nationale : une porte ouverte sur l’Armée
État de terrorisme
Terrorisme d’Etat
L’noisavé
Alors, rat... compte !
Révoltée !
C’est pour ton bien
Prédateur Social
Fourrière pour tous
Maudits codes-barres
Troisième démarque
11 novembre 2015, intervention à Joyeuse (Thème « exodes »)
Réagir à cet article
Écrire un commentaire ...
Poster le commentaire
Annuler

1

le 13 mai 2016 15:32:03 par BRICE

La loi travail me permettrai de travailler car, comme je suis schizophrène ( travailleur handicapé ), personne PERSONNE ne me donne de boulot ... et si je cache ma maladie je perd mon AAH. Un code du travail plus souple permettrai aux patrons de me donner ma chance. Je ne l’ai dit à personne d’autre .... monsieur D. sera certainement heureux de pouvoir être réembauché une fois sa psychose stabilisée, mais monsieur D sera pour toujours chômeur car personne lui redonnera sa chance. Néanmoins j’ai décidé de défendre les autres plutôt que moi-même.