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par Daniel (Groupe Gard Vaucluse de la FA) le 18 mai 2016

Plages littorales du Gard

L’Etat et l’Otan préparent la guerre

La plage de l’Espiguette, située sur la commune littorale du Grau-du-Roi dans le Gard, est appréciée par des milliers d’usagers qui trouvent là une zone classée Natura 2000. A la belle saison, les rues des villes de la région se vident au bénéfice de ces plages connues de tous. Ce que les gens ne savent pas, c’est qu’à quelques centaines de mètres de là, un dépôt d’hydrocarbures s’étend sur 23 hectares et renferme plus de 66 000 mètres cubes de kérosène et de gasoil. Cette installation qui date de 1957 (!) fait partie d’un réseau des oléoducs de défense commune qui sert à l’OTAN à stocker des réserves en cas de besoin. Ce site, classé "Seveso II seuil haut" appartient donc à l’Etat qui l’exploite à travers le Service National des Oléoducs Interalliés (SNOI) .

C’est en 2015 seulement, lors de la première enquête d’utilité publique jamais ouverte concernant ce site, que l’information fut enfin connue de la population locale et des élus qui émirent un avis défavorable lors du conseil municipal de mars. S’appuyant sur un principe de précautions et sur des demandes de précisions (sécurité, environnement...), les élus locaux furent donc reçus le 6 mai 2015. Des représentants de l’exploitant, du ministère de l’écologie ainsi que des techniciens firent visiter les installations aux élus. A la suite de quoi, le projet de Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) reçut un avis favorable des élus grauléens...

L’enquête intéressant également les populations, un Comité d’Alerte Pour l’Espiguette (CAPE) [note] mit en évidence des questions majeures qu’il posa dans deux réunions publiques en février 2016: "Il y a six bacs semi-enterrés dont la règlementation impose une double enveloppe pour prévenir les fuites. L’exploitant a obtenu une dérogation à cette loi au nom de l’antériorité de l’installation (droit de l’acquis). Pas de travaux prévus. (...). De la même façon, il n’y a aucune prise en compte de l’évolution du trait de côte (montée du niveau de la mer évaluée à 200 ans pour arriver au dépôt). L’exploitant (le service national des oléoducs interalliés) dépendant du Ministère de la Défense et de l’Écologie, connait le risque de pollution avérée des sols et de l’eau souterraine, ceux de pollution de l’air (au moment des opérations de charge et de décharge par exemple ou par dilatation des fluides). Par contre, les risques sanitaires pour les populations estivales (dont l’évacuation massive serait impossible par le chemin d’accès à la plage) ne sont pas retenus car celles-ci sont considérées comme hors de portée des fumées et autres conséquences toxiques pouvant résulter d’une explosion ou d’un incendie. Enfin, l’impact sur les zones naturelles particulièrement fragiles n’est pas non plus à l’ordre du jour."

Au final, l’État paraissant pressé d’en finir avec ce dossier, la préfecture du Gard a donné l’autorisation d’exploiter en décembre 2015. De fait, l’appel à participer à une enquête publique tombait à l’eau.

La loi des plus forts

On ne sait pas ce qui est le plus scandaleux dans cette affaire. Est ce le silence qui entourait l’existence de ce site ? Le fait que l’OTAN stocke des carburants dans un objectif guerrier ? Que la mer et les populations locales en fassent peut-être un jour les frais ? Le fait que les institutions d’État ont accéléré la procédure pour en finir au plus vite ? Que les élus locaux se soient laissés convaincre au lieu de résister aux promesses économiques, conditionnées pour le coup à un statu quo pour ne pas effrayer le touriste ? Le fait qu’un site pareil fasse l’objet d’une surveillance bien maigre [note] , ce qui peut laisser augurer le pire ?

La complicité directe ou passive entre les officines de l’État, les firmes privées exploitant le site, les représentations "citoyennes" locales, les armées françaises et l’OTAN... est avérée dans ce dossier. Leurs intérêts s’entremêlent et se justifient par des règlements administratifs et techniques, sans que les avis des populations n’aient été prises en compte, effet de surprise et célérité de la préfecture aidant. Une nouvelle fois donc, la légitimité sert d’abord des intérêts qui ne sont pas ceux de la société humaine.
PAR : Daniel (Groupe Gard Vaucluse de la FA)
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