Religions et autres mythes > Lisez la Bible et le Coran, cats !
Religions et autres mythes
par Aurélien Roulland le 15 avril 2015

Lisez la Bible et le Coran, cats !

EXTRAIT DU MONDE LIBERTAIRE HORS SÉRIE N°60 : NI DIEU
Tu dois te dire « ça y est, celui-là il a raté une marche, il est tombé sur la tête et il se met à sucrer les fraises » : parce que pour appeler à lire la Bible ou le Coran dans un journal anarchiste il faut être, soit complètement timbré, soit complètement inconscient, ou peut-être encore suicidaire…  Que nenni ! Rien de tout cela mes chatons ! Au contraire, cette invitation à lire la Bible et le Coran est le fruit d’une longue réflexion sur l’athéisme. Esgourdes voir une peu ce que je t’en dit…

Pourquoi lire la Bible et le Coran ? Et bien primo, parce que ce sont certainement les deux livres les plus rock’n roll de la planète qu’il m’ait été donné de lire. Et pourtant, j’ai lu Life, dans lequel Keith Richards revient sur la légende prétendant qu’il se serait fait un rail de coke avec les cendres de son père. Mais tout cela n’est rien, m’entends-tu, rien à côté des insanités que tu pourras trouver dans ce que Louis Armstrong-himself appelait « the good book », ou dans le Coran auquel s’est converti celui qui se fait appeler aujourd’hui Yusuf Islam : Cat Stevens. M’en parle pas, j’en chiale encore… Tout n’y est qu’appels de Moïse, Jésus, Mohamed et autres copains imaginaires à égorger, brûler, lapider, l’impie, la femme, le pédé ou le libertin ; tout n’y est qu’apologie du massacres de bébés, de la pédophilie... et je ne t’en dis pas plus tellement je suis sûr que tu dois être impatient de découvrir ces "merveilles".

Alors évidemment, je ne te cacherai pas qu’après des centaines d’années, ces bouquins écrits et réécrits (qui étaient déjà à la base des plagiats de légendes sumériennes, égyptiennes et j’en passe), sans même compter le désordre chronologique et psychologique dans lesquels se trouvent certains chapitres, sans parler des lourdeurs et des répétitions à outrance, c’est, pour le néophyte, assez indigeste à lire de prime abord. Bon, pour ce qui est de l’ordre chronologique, dis toi que c’est un peu comme regarder Pulp Fiction de Quentin Tarantino (A ce propos, si t’as du mal à te chauffer, je te file un truc pour te mettre dans l’ambiance : je te conseille de te passer Misirlou repris par Dick Dale, la fameuse bande originale du film, et qui serait à l’origine un vieux classique du Moyen Orient où ces sectes sont nées.) Bon, maintenant, c’est parti ? Alors en avant et vive le rock’n roll !

Voilà ! Maintenant que tu t’es dit que lire ces deux pavés pouvait être une expérience aussi intéressante, vu le déversoir d’insanités, que de se retaper en une nuit sous acides l’intégrale de Bukowski, tu te doutes bien que ce n’est pas non plus seulement pour le fun que j’en appelle à lire et faire lire ces tas d’immondices. Encore moins par amour du rock’n roll… Ou alors, ce serait bien vite oublier que les religions monothéistes, partout où elles sont, ont toujours freiné des deux pieds son expansion, considérant le rock et sa mère le blues comme des musiques du diable. Ce n’est d’ailleurs pas à toi que je vais rappeler les autodafés des premiers disques de Jerry Lee Lewis ou des Beatles. Non, j’aimerais que le monde entier lise ces deux torche-culs parce que, primo, je pense – et peut-être seras-tu d’accord avec mézigue – que lorsqu’on critique une idéologie, on se doit de savoir de quoi on parle ; et secundo, parce que lire ces deux ouvrages est, pour un croyant, un instant d’Ultime Vérité, un tournant de la vie où il faut faire face à tout ce à quoi, depuis certainement son plus jeune âge, on se rapporte par mimétisme... Oui, sans doute l’as-tu déjà maintes fois constaté : les personnes qui se réclament chrétiennes, musulmanes ou de toute autre secte, le font par mimétisme, et non par choix. L’écrasante majorité d’entre elles se réclame d’une religion, parce qu’avant elles s’en réclamaient leurs parents, leurs grands-parents et ainsi de suite sur des générations. La religion fait partie de la culture familiale. C’est là où elle prend ses racines. Et c’est pourquoi il est si difficile pour un athée de faire entendre raison à un croyant : parce que la croyance touche non à la raison, mais à l’émotion. Un affectif qui prend sa source dans ce que toute femme ou tout homme a de plus profondément émotionnel : ce que St Exupéry aurait appelé "le pays de l’Enfance". Et donc, remettre entièrement en cause sa croyance, c’est souvent remettre en cause les fondements même de tout ou presque tout ce sur quoi on s’est construit : sa famille, ses parents, ses certitudes, ses valeurs… Car la religion, qui s’immisce dans la sphère la plus intime du croyant, règle la vie comme une horloge, à la minute de Monsieur Cyclopède près. Elle dicte au croyant quoi penser, quoi vivre, quoi et qui aimer ou ne pas aimer, ce qui est bon pour lui ou ce qui est mauvais. Ainsi, donc, les croyants ne sont pas croyants par raison, mais par instinct grégaire. Et quand une brebis égarée tente de respirer hors du troupeau, elle voit planer au-dessus d’elle les nuages les plus sombres, les présages les plus obscurs. Les discussions ne se font donc pas sur les même bases : l’athée s’est construit sur la rationalité alors que son interlocuteur, comme on vient de le voir, est maintenu captif de son émotion. Un athée réussira tout au plus, en se montrant sympathique et compréhensif, à casser le préjugé que font peser sur lui les religions qui appellent à son extermination pure et dure, installant ainsi dans l’esprit du croyant un doute de plus. Les athées, selon les religions, n’ayant aucune morale, seraient capables de faire n’importe quoi sans remords…

Alors tu vas me dire « Oui, Aurel, mon coco t’es bien mignon, mais si quoi que l’on dise pour essayer de faire comprendre que la croyance est une absurdité sans nom ne sera pas écouté, et encore moins entendu, alors c’est foutu d’avance… No future et vive les Clash ! Autant aller se mettre une balle tout de suite avant de finir au bûcher ou lapidé ». Et bien, je te répondrais que de toutes façons, si nous, anarchistes ou même simplement athées, étions les seuls à pouvoir propager l’athéisme dans le monde, on pourrait commencer à faire caca dans nos pantalons. Nous sommes, dans la société, grandement minoritaires et cruellement inaudibles. Il suffit pour s’en convaincre de voir la pauvreté, sur internet, de sites et autres pages dédiées à l’athéisme, au regard de l’infinité des sites dédiés à la religion. Les moyens technologiques et financiers ne sont d’ailleurs pas les mêmes : les sites athées sont pour la plupart des sites amateurs fait avec les moyens et les connaissances du bord, à grands coups de bidouilles, parfois lourds, pas vraiment esthétiques et faciles d’accès, tandis que ceux de leurs concurrents religieux sont financés par les Églises et développés par des pros aguerris aux toutes dernières techniques de marketing et d’infographie. Pourtant nous avons tous conscience, encore une fois, qu’aujourd’hui à l’aube du 21ème siècle, l’écrasante majorité de l’information est diffusée sur le net où elle trouve ses lecteurs. Mais, il faut bien le dire, si les mouvements athées, anarchistes, et de gauche en général sont à la ramasse dans la diffusion de la propagande athée ce n’est pas uniquement par manque de moyens : cela vient aussi parfois de l’impossibilité de remettre en question les modes de propagande. L’éternelle nostalgie de temps qui ne sont plus laisse le champ libre du net et des réseaux sociaux aux idées fascisantes et religieuses.

Vu comme cela, l’horizon devrait être sombre et l’Apocalypse religieuse pour bientôt - « Tuez-les tous, dieu reconnaitra les siens ! » nous aurait vomi un Arnaud Amaury avant d’aller massacrer jusqu’au dernier les cathares de Béziers, citant la Bible (Timothée 2.19 et Nombres 16.5) qu’il avait visiblement mal digérée du fond de son 13ème siècle inquisiteur...

Il n’en est rien. Au contraire, mes petits sucres d’orge : selon la majorité des études faites ces dix dernières années – alléluia comme chanterait Léonard Cohen – l’athéisme, dans le monde, brothers and sisters in arms, est en constante progression. C’est ce que révèle l’étude particulièrement intéressante de Gallup International, intitulée Global index of religion and atheism, publiée en 2012, et qui se propose de faire l’état des lieux de l’athéisme. Selon cette étude, 59 % de la population mondiale se considère comme "religieuse", contre 23 % "non religieuse" et 13 % "athée convaincue". Certes, ces chiffres cantonnant l’athéisme à une minorité font plutôt peur (quand on pense qu’on est quand même en 2015, bordel !), mais là où c’est réjouissant, c’est que les infidèles gagnent du terrain. L’étude, effectuée sur 50.000 personnes dans pas moins de 57 pays et confondant des données depuis 2005, a noté qu’en 7 années seulement, la religiosité du monde avait chuté de 9 %, quand l’athéisme gagnait 3 points. Parmi les croyants interrogés, il est intéressant de noter que ceux se définissant les plus religieux sont les chrétiens (à 81%), devant les musulmans (à 74%) et les juifs (38%), contre 54 % de non religieux chez les juifs, 20 % chez les musulmans, et 16 % chez les chrétiens. Les plus fondamentalistes ne seraient donc pas les musulmans, comme nos médias et politicards vendus aiment à nous le faire croire, mais les chrétiens. Enfin, sans surprise pour nous anarchistes qui savons comme l’écrivait Bakunin que « l’État est le frère cadet de l’Église », la religiosité est inversement proportionnelle aux revenus, permettant ainsi à l’État bourgeois de maintenir prisonniers les plus pauvres dans l’ignorance de leur condition d’esclave. Avec le premier cinquième de ressources le plus bas à 66 % de religiosité, le second à 65 %, celui du milieu à 56 %, la quatrième tranche de revenu la moins basse à 51 %, et les plus riches à seulement 49 %.

Si la pauvreté est un facteur de religiosité, faut-il voir dans cette baisse de la religiosité et cette hausse de l’athéisme dans le monde entre 2005 et 2012, un meilleur partage des ressources, disons plus équitable ? Évidemment, cela te fait sourire ! Ce n’est pas à des anars que l’on va pouvoir faire gober cette pilule de la taille d’un ballon de rugby. D’autant plus que des ouvrages comme La violence des Riches  de Michel et Monique Pinçon-Charlot, qui croulent sur les étagères des librairies libertaires comme Publico, ont plutôt tendance à nous démontrer le contraire. Non, nul besoin d’appeler le chaland à venir se fourvoyer dans les bas fonds des librairies licencieuses anarchistes : un récent rapport thématique d’une ONG quelconque, l’OXFAM, publié en janvier 2015 et intitulé Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout, largement relayé dans la presse bourgeoise aux bottes de l’État assassin, confirme bien que, si la tendance à l’accroissement des inégalités se confirme, les « 1 % les plus riches détiendront plus de richesses que les 99 % restants d’ici seulement deux ans ».

Mais alors, à qui devons-nous cette hausse miraculeuse de l’athéisme si ce n’est à l’amélioration du niveau de vie de la population mondiale ? Tout de même pas à Dieu ? (Non mais et puis quoi encore ? Faudrait quand même pas trop déconner ! )

Et bien ton Aurel aurait peut-être bien un début de réponse. Mais alors franchement, pour le coup, il est plutôt cocasse ! A en juger, à la fois par ma propre expérience de militant athéiste, mais aussi par toutes les études que j’ai pu voir sur le sujet, nous ne devrions l’augmentation de l’athéisme dans le monde… qu’aux croyants eux-même ! C’est marrant, certes, mais pourtant c’est on ne peut plus logique. Pas de miracle là-dedans, juste l’implacable conséquence de la connerie religieuse elle-même quand elle est poussée dans ses retranchements, c’est à dire dans l’exacte application de ses textes prétendument sacrés. Aussi, quand je te jacte que nous devons la hausse de l’athéisme aux croyants, c’est bien évidemment à deux catégories de croyants. La première est la minorité intégriste qui est prête à faire sauter toutes les tronches qui ne penseront pas dans les clous. C’est vraiment celle-là qu’il nous faut remercier d’accomplir un si bon boulot de propagande athée. Il n’y a plus mauvaise propagande que la violence. Le violent n’est jamais écouté, quelque soit la légitimité de ses actes. Il est craint et haï de facto, et avec lui, toute la pensée et l’univers qu’il croit défendre. Les anarchistes en savent quelque chose, pour en payer, plus de 100 piges après l’assassinat de Sadi Carnot en France et de William Mc Kinley aux États Unis [note] , le tribut : le préjugé « les anarchistes sont des personnes violentes » est tenace !

La seconde catégorie de croyants à laquelle nous devons toute notre gratitude, c’est bien évidemment cette masse de personnes se réclamant croyante par instinct grégaire ou tradition plus que par réelle conviction. Les croyants ont beau être dans leur écrasante majorité, pauvres (de ceux détenant seulement les 1% des richesses mondiales, de ceux qui au quotidien se tuent au travail pour les autres et n’ont, une fois rentrés chez eux, plus que le temps de mourir, de ceux qui sont humiliés et asservis par la classe bourgeoise dominante qui, grâce aux outils que sont la religion et l’État, essaie de les maintenir dans l’ignorance de leur condition), le fait est là : la pauvreté et le repli identitaire dans lequel on tente de les acculer fait le terreau de l’intégrisme le plus violent, qui à son tour, fonctionne comme un véritable tremplin du doute, et ouvre la voie céleste la plus directe à l’athéisme, the highway to hell ! Gnark, gnark, gnark !

Mais je te sens sceptique ! Tu doutes ? Ne connais-tu pas, toi aussi, nombre de personnes s’étant réclamées autrefois croyantes, voire même pratiquantes, et devenues athées après s’être questionnées ? Nous en avons pourtant en France un des plus célèbres : le curé Jean Meslier, dont le journal posthume a eu quelque influence ultérieure sur l’athéisme du siècle des lumières, préfigurant la révolution à venir. Plus proche de nous, dans le monde musulman, j’invite n’importe quel éditeur libertaire à s’intéresser à un certain Turan Dursun afin de traduire enfin ses oeuvres dans la langue de notre bonne vieille Louise. Comme Jean Meslier, Turan Dursun, ex-mufti Turc, est devenu athée par questionnement.

Tu vas me dire « oui, tout ça c’est bien beau, mais on ne peut malheureusement pas faire une généralité de quelques cas particuliers ». Certes, mais ces cas particuliers ne seraient-ils pas la partie émergée de l’Iceberg ? Les récentes études statistiques portent à le croire. Ainsi, la fameuse étude Gallup met notamment en lumière qu’un des pays ayant connu la plus grosse chute de personnes se réclamant croyantes est l’Irlande. Le "tigre celtique" comme l’appelait les économistes, connaissait jusqu’en 2007, "grâce" à une intense politique de défiscalisation, un véritable boom économique. Depuis 2007, avec le mirage de "la crise des subprimes", l’Irlande est avec l’Espagne et la Grèce, un des pays européens qui s’est pris le plus la rigueur de plein fouet. Entre 2005 et 2012, l’athéisme y a prospéré de 3 % et le nombre des personnes se déclarant "religieuses" a chuté de 22 %. Cela ne signifierait strictement rien si cela n’était pas relié au fait que l’Irlande a longtemps été – et est encore – par construction identitaire et nationaliste, un pays fortement ancré dans le catholicisme.

… Mais c’est aussi le pays de Sinéad O’Connor, élevée dans un couvent de la Madeleine dirigée par les Soeur du Bon Pasteur, qui a un jour déclaré au sujet de son enfance là-bas « Je n’ai jamais vécu - et ne vivrais sans doute jamais - dans un tel état de panique, de terreur et de souffrance. ». En 1992, lors d’une performance scénique à l’émission SNL, vêtue en prêtresse, elle reprend le titre War de Bob Marley et modifie le dernier couplet en pamphlet incendiaire sur les abus sexuels sur mineurs, puis termine sur les mots « fight the real ennemy » tout en déchirant la photo du pape Jean-Paul II, allumant le brasier incandescent de la révolte contre l’Église catholique qui brûle encore. Car depuis, le pays connait une vague sans précédent de scandales en liens avec des accusations de pédophilie au sein de son Église (le petit personnel n’est plus ce qu’il était, mes pauvres…). C’est un fait : les horreurs et les absurdités de l’intégrisme poussent les populations vers le doute.




Et question doute, on est plutôt servis depuis le 11 septembre, avec les intégristes de toutes parts qui rivalisent de bêtise dans l’horreur. Ainsi que me questionnait mon frangin Meme, originaire du Mali, horrifié de voir les images de décapitations filmées au portable en provenance de Tombouctou par des attardés justifiant leurs actes par la shariah - c’est à dire la stricte application de ce qui est écrit dans le Coran : « Aurel, c’est quand même pas écrit ça dans le Coran ? ». Et moi, tout con, de lui répondre « bah, je sais pas, tu l’as lu ? ». Embarrassé de voir mon frangin blessé dans ses chairs, et surtout de devoir lui répondre que « bah si, c’est écrit ça dans le Coran », puisque moi, oui, je l’avais lu. Tout comme j’ai lu que Jésus appelle bien à égorger les incroyants dans la Bible. Un "bel" exemple, malheureusement, nous a été donné avec l’attentat à Charlie Hebdo. C’est triste à dire, mais pour la montée de l’athéisme et la baisse de religiosité dans notre pays - qui est avec 29 % d’athées et 34 % de non religieux au quatrième rang mondial de l’athéisme derrière la Chine, le Japon, et la République Tchèque - on ne pouvait pas attendre mieux que l’assassinat de caricaturistes mondialement connus. Le fait que Charlie Hebdo soit passé de la vente de 30 000 à 7 200 000 exemplaires n’est d’ailleurs pas anodin. Bien sûr, la population ne s’est pas réveillée athée après les attentats, et l’achat en masse du journal est certainement plus à mettre sur le compte d’un élan de solidarité et d’un refus au terrorisme, cependant, il n’en est peut-être pas de même pour les plus de 200 000 personnes qui ont effectué un acte d’abonnement ou de réabonnement de ce journal autoproclamé athée et surtout connu, ne l’oublions pas, pour sa défense du droit au blasphème. Les 7 200 000 numéros vendus ne correspondent d’ailleurs qu’à environ un tiers du nombre d’athées en France : cet élan peut donc aussi être compris comme la réaffirmation de l’athéisme d’une part de la population.

Au lendemain de la fusillade, les ventes du journal ne sont d’ailleurs pas les seules à avoir été explosives : au top 100 des meilleurs ventes de livres en France, la presse n’a pas manqué de remarquer que se trouvait La vie de Mohamed par Charb et Zineb El Rhazoui. Zineb, qui est un véritable atout pour Charlie Hebdo de par la pertinence et la qualité de ses chroniques, n’est pas la seule personne originaire du monde à majorité musulmane à faire son "coming out athée". Un autre livre fait actuellement son petit carton en librairie : Blasphmateur ! Les prisons d’Allah, du bloggeur syrien Waleed Al-Husseini, athée et "grand blasphémateur" qui vit aujourd’hui à Paris et a fondé le CEMF, Conseil des Ex Musulmans de France. Citons aussi le cas de Karim Mohamed Labidi qui, après être passé par la case intégriste, puis la case prison dans les geôles de l’État Tunisien, est devenu depuis les années 2000 un militant athée radical et a créé le site Islamla, littéralement, non à l’islam.

Je me rappelle avoir demandé à un jour par curiosité à Karim comment il avait fait pour se sortir l’esprit de ce guêpier. Il m’avait répondu alors qu’en cellule individuelle, en prison, quand on a plus aucun effet personnel, et plus rien ni personne pour nous rappeler à la religion, alors celle-ci s’efface peu à peu de la vie. C’est pourquoi, disait-il, l’islam (comme toute autre religion), rythme autant la vie des croyants : c’est pour les empêcher d’avoir le temps de la réflexion, le temps du doute, le temps de remettre en cause des fondements inculqués insidieusement... On comprend, là encore, comment la religion est l’allié naturel du pouvoir vendu aux grandes entreprises quand il s’agit de faire travailler encore plus… pour penser moins. Mais le livre qui fait vraiment un carton en librairie, au top 100 des ventes depuis la connerie des frères Kouachis, c’est le Coran. L’information n’a pas manqué d’être relayée par la presse, et les vendeurs de livres sont généralement unanimes : les personnes qui achètent le Coran ne sont pas nécessairement des pratiquants mais des personnes qui veulent comprendre, vérifier si « le terrorisme est bien écrit dans les textes », parce qu’elles ont des doutes…

 « Celui qui tue un homme tue toute l’Humanité » répètent à l’envi "les musulmans par mimétisme", pour vainement tenter de se conforter dans l’idée qu’ils se font de leur religion, celle de leurs parents, une philosophie "de paix". Qui n’a entendu cette sourate du Coran mise à l’honneur dans les prières du vendredi après l’attentat ou sur les affiches durant la manifestation à Paris, une des rares sourates dont les croyants semblent se souvenir ? Il semblerait que la plupart d’entre eux n’a sans doute jamais ouvert un Coran de sa vie : s’ils l’avaient ouvert, ils l’auraient cherchée, cette sourate, 4- 32, et voici ce qu’ils auraient lu : « C’est pourquoi Nous (ndlr : Allah) avons prescrit pour les enfants d’Israël (ndlr : les juifs) que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes ». Ce n’est évidemment pas la même chose. On comprend que le meurtre est condamné pour les juifs, et qu’il serait acceptable sous certaines conditions. Les versets 33 et 34 qui suivent ne laissent d’ailleurs guère plus de doute sur la signification profonde de la sourate : « La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager et s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment, excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir : sachez qu’alors, Allah est Pardonneur et Miséricordieux ». Il ne s’agit nullement d’un verset pacifiste façon John Lennon, mais bien au contraire, de la façon de convertir de force les tribus juives opposées à Mohamed qui rappelons le, était surtout un chef de tribu, et dont la secte naissante permettait d’asseoir son Pouvoir dans la société tribale. De même, ceux qui chercheront un Jésus, "premier hippie de l’histoire" comme on l’a étrangement parfois entendu, pourront lire dans l’Evangile, en St Luc, 19-27 « amenez ici mes ennemis qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, et égorgez-les devant moi ». Pas franchement plus pacifiste que Mahomet non plus, t’avoueras…

Enfin, il est intéressant de constater, pour nous, que, acculé dans ses propres paradoxes, entre ce qui lui a été inculqué par mimétisme et non par choix d’une part, et ses profondes et naturelles aspirations à la Liberté d’autre part, l’humain choisit naturellement contre vents et marées de se diriger de lui-même vers la Lumière. On ne libère pas une personne sous l’emprise d’une secte, on ne fait que lui apporter les clés du savoir, pour que, poussée par un intense doute intérieur, au moment échéant elle s’en libère d’elle-même. C’est pourquoi il nous faut garder confiance en l’être humain, et ne pas voir dans le croyant un adversaire, mais une victime.

Et ce qui est valable pour les intégristes est valable pour nous : l’agressivité, le mépris, la violence, à l’égard des croyants ne sert à rien. Même si c’est bien une guerre à mort que se livrent – ne soyons pas naïfs – deux mondes, deux types de sociétés diamétralement opposées : le religieux et celui des Lumières. La guerre d’un monde monochrome bâti sur les piliers de l’ignorance, de l’obscurantisme, des divisions communautaires et de la peur pour maintenir l’infime minorité de la classe dirigeante au pouvoir.

Sun-Tzu nous dirait que « l’Art de la guerre, c’est quand le général qui triomphe est celui qui n’a pas eu à livrer bataille ». Songeons que l’Espagne ne s’est pas réveillée libertaire à Madrid par une journée de beau soleil en 1936. L’anarchie s’y est longuement et patiemment enracinée tout au long du XIXe siècle et du début du XXe par le patient et rigoureux labour d’un terreau éducatif fertile (enseignements libertaires, syndicalisme, publications, etc…).

Cela me rappelle une chose qui m’avait pas mal étonnée à Istanbul : trouver le Coran sur les étagères des copains athées, aux côtés des livres de Turan Dursun ou d’autres penseurs athées célèbres comme Richard Dawkins. J’en avais compris la raison lors d’une visite de la Fondation Nesin, qui recueille les enfants des rues et leur donne accès à l’éducation. La fondation Nesin tient son nom de son initiateur, l’écrivain Aziz Nesin, célèbre hors de Turquie notamment pour avoir voulu traduire en turc les Versets Sataniques de Salman Rushdie et été suite à cela victime d’un attentat : le vendredi 2 juillet 1993, après la prière, une foule d’intégristes avait encerclé et incendié l’hôtel Madimak où se trouvait l’écrivain réuni avec des alevis pour mener à bien son projet. La date reste à jamais gravée dans la mémoire de la communauté alévie de Turquie, puisque, si Aziz Nesin avait par chance pu s’échapper du bâtiment en flammes, 37 personnes, dont 33 intellectuels alévis, y ont brûlé vifs, hommes, femmes et enfants. Tu comprendras aisément pourquoi, lors de ma visite, je m’étais ouvertement étonné de retrouver, là encore, le Coran sur les étagères de la bibliothèque de la Fondation. C’est le fils d’Aziz Nesin lui-même, mathématicien reconnu et évidemment athée, qui m’a expliqué simplement que c’était pour l’accès à la connaissance, qu’il ne fallait pas cacher les livres religieux, et qu’au contraire il fallait qu’ils soient disponibles pour pouvoir être critiqués.

Finalement, il ne serait donc pas utopique de penser que plus les croyants seront confrontés à l’horreur et aux absurdités de leurs religions, plus ils liront leurs livres prétendument sacrés, et plus le doute laissera place au rejet de toute secte et de toute croyance ; lorsqu’ils s’apercevront que – comme nous le savons si bien et au risque de radoter – l’intégrisme n’est rien d’autre que la stricte application des écrits religieux.

L’important, par ailleurs et au fond, est-il tant de devenir athée que de sortir de la religion, objet du Pouvoir, pour enfin être mieux à même de détruire celui-ci, et voir l’avènement d’une société libertaire basée sur l’Amour, le respect de l’intégrité de tout individu, le partage, la destruction des castes et des classes, l’abolition de tous les tabous si chers aux religieux, et enfin voir fleurir au grand jour la liberté sexuelle qui leur fait tant peur. Ou, pour laisser le mot de la fin à Jimi – vas-y Jimi, on t’écoute – : « Quand le pouvoir de l’Amour vaincra l’amour du Pouvoir, le monde connaîtra la paix ».

J’arrête là, ça m’excite…
PAR : Aurélien Roulland
Groupe Les Chanarchistes
Fédération Anarchiste.
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1

le 6 mars 2016 13:50:25 par care

pas de violence d’agressivité de mépris envers les croyants ok avec toi , mais on peut qd méme faire un repas gras le vendredi saint , Non ?

2

le 17 octobre 2016 13:42:26 par armand vulliet

J’ai lu cet article quand il est paru ( j’avais acheté Le Monde libertaire au "kiosque sans dieu" de Patricio Salcedo, qui devrait être classé monument historique ! ) et je jubilais. Enfin, quelqu’un donnait la citation exacte du verset que tout musulman "respectable" à l’époque résumait par : "Celui qui tue un homme tue toute l’humanité" ( il est extrait [verset 32] de la sourate 5, et non 4 ). Le 8 mars 2015 ( j’ai réitéré le mois suivant ), j’avais écrit une lettre d’indignation à Siné Mensuel pour son interview d’un ex-Premier Ministre algérien, Sid Ahmed Ghozali, où ce dernier reprenait sans être contredit ce mensonge éhonté propagé par tous les médias. Siné Mensuel ne m’a jamais répondu. J’ai appris plus tard que René Pommier avait subi auparavant le même traitement de la part de Charlie Hebdo à qui il avait fait part de tout le mal qu’il pensait de la fameuse couverture : "C’est dur d’être aimé par des cons".
Et j’ai été ravi de voir aussi cité le verset 27 du chapitre 19 de l’Evangile selon Luc ( référence exacte, cette fois ), que je cite toujours quand j’ai affaire à un chrétien qui me récite son couplet sur l’amour de Jésus pour l’humanité.
Merci. Je le dis d’autant plus sincèrement que j’avais vécu au dernier salon du livre libertaire à Paris une très désagréable aventure. J’ai vu Max Chaleil des Editions de Paris, sommé par un responsable du salon, être obligé de retirer de sa table deux livres de Hamid Zanaz
( L’Islamisme, vrai visage de l’islam, 2012 et Islamisme. Comment l’Occident creuse sa tombe, 2013 ). Je n’ai jamais compris pourquoi. A une autre table était vendu sans problème, du même Hamid Zanaz, L’Impasse islamique. La religion contre la vie ( Edtions libertaires, 2009 ).
Salutations libertaires.