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par Loran le 15 septembre 2014

Frank Zappa – première partie

La culture s’attaque au plastic people

EXTRAIT DU MONDE LIBERTAIRE HORS SÉRIE N°56 : UN ÉTÉ DE FOLIE
Le mois de décembre 2013 sonnera les vingt ans de la mort de Frank Zappa. L’occasion de revenir sur un parcours peu commun d’activisme artistique et jovial à travers quelques anecdotes et prises de position … trop limitées pour prétendre dépasser le survol rapide et sélectif.
Une seconde partie sera publiée dans le numéro de janvier 2014 du Monde Libertaire Hors Série.

Mais que fout Zappa dans un canard anarchiste ?

Il est totalement exclu de qualifier Frank Zappa (FZ) d’anarchiste à titre posthume. Certains essayistes s’y sont risqué, comme d’autres lui prêtent des intentions farfelues ou des super pouvoirs extraordinaires. Ce n’est pas le genre de la maison.
Nous allons plutôt nous intéresser à l’agitateur multiforme, l’empêcheur de tourner en rond, le virtuose comique.

On ne retient généralement de Frank Zappa que le prolifique pitre rock’n roll. Pourtant, il fut aussi vidéaste, compositeur de musique savante, musicien étonnant et, plus souvent qu’à son tour, pourfendeur du conservatisme politique. Le tout formant un ensemble décloisonné.
Né en 1940 aux USA, FZ grandit dans une atmosphère droitière et puritaine en pleine effervescence réactionnaire. Baladé de villes en villes au gré des multiples emplois de son père, au sein d’une famille catholique récemment immigrée d’Italie, il construit sa personnalité sans attache géographique, sans repères sociaux, sans encrage scolaire. Retiré et prompt à l’analyse, il peine à s’intégrer dans un paysage fortement ségrégationniste. Il écrira plus tard « Je ne suis pas noir, mais bien souvent, j’aimerais pouvoir dire que je ne suis pas blanc ! » [note]. Cette prédominance de la critique sur l’innocence, il l’a cultivée très tôt. Il est encore au lycée lorsqu’il défie la politique d’apartheid en vigueur en devenant le batteur d’un groupe étudiant multiracial (les Blackout) : exceptionnel et scandaleux à l’époque.
Le passage par la case prison subi par FZ, jeune adulte, permet de mesurer la défiance que représentait son attitude à l’époque aux USA : horripilée par ses agissements provocateurs, la police locale lui tend un piège. Un policier en civil, au courant des difficultés financières de FZ, lui commande une bande son pornographique. Lors de l’échange, FZ est arrêté et condamné à 6 mois de prison dont 10 jours fermes. Cette magouille, loin de porter les fruits escomptés (calmer le trublion), le confortera dans sa critique acerbe de la société.

Le décor est planté. FZ, tout au long de sa vie, critiquera avec constance le nationalisme, les institutions, la mythologie familiale, toutes les croyances (avec une préférence notable pour les télévangélistes), les modes vides de créativité, de courage et de sens politique (notamment les hippies) et la culture officielle, niaise, fade et obéissante. De la même manière, il défendra avec force la liberté de pensée, d’expression et d’association.

L’art de la démystification

De fait, FZ est un artiste passionné. La musique est le point central de son œuvre, bien avant la politique. Ainsi, il ne crée pas pour dire. Son discours sur la société sert sa créativité, pas l’inverse. Bien sûr, on pourrait s’attarder sur les paroles de ses chansons au contenu politiquement éloquent, ou sur ses interventions scéniques sans ambiguïtés (prises de parole, participation du public à des décisions...) mais, invariablement, la musique est au premier plan. Toute sa discographie peut être écoutée
et appréciée sans comprendre un traître mot des textes. Il est donc intéressant de s’arrêter sur la forme, qui elle aussi stimule l’esprit critique et engagé.
Si aujourd’hui le cut-and-paste, l’overdub et autres montages sonores sont extrêmement répandus, lorsqu’il compose l’album Lumpy Gravy [note], entre 1966 et 1968, la pratique était pour le moins insolite. D’autant qu’ici, les jeux d’associations sont poussés à l’extrême. Enregistrements de voix dans un piano, musique symphonique, country, jazz, bruitages, effets spéciaux, notes isolées, arythmies brutales se succèdent et se chevauchent dans une même pièce. Il s’agit très
clairement de jouer sur les frictions. L’explosion créative naît de la déstructuration de chaque élément de l’œuvre. Les émotions
primaires (raison d’être principale des musiques dites populaires) laissent la place à une immersion démystificatrice, tour à tour
grotesque ou somptueuse. Un immense sérieux est apporté à la provocation. Provoquer dans toutes les acceptations du terme :
défier (les aristocraties des courants musicaux savants ou traditionnels) et engendrer (une création nouvelle issue des
rencontres, voire des chocs, formels).
La démarche de démystification s’est parfois manifestée plus directement. FZ s’est assez souvent délecté de reprises caricaturales et pourtant virtuoses. Citons par exemple la reprise de Stairway To Heaven, monument de l’histoire du
rock’n roll. Ce titre de Led Zeppelin, emblématique d’une époque, propose notamment un solo de guitare très représentatif de la mode des guitar heroes, semé d’envolées lyriques et de motifs guitaristiques rapides. La reprise de FZ, parsemée de bruitages ridicules, transcrit ce solo à la note près pour son combo de cuivres, le propulsant dans les plus haute sphères du kitsh. Là encore, il s’attaque aux névroses de groupe qui comme les religions transportent les fans dans une admiration béate et peu fondée. Notons aussi, entre autres bouffonneries, la pochette de l’album We’re Only In It For The
Money
(nous ne sommes là que pour le fric) : un pastiche de la pochette de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles.
Casser du mythe, voilà le programme.

Une posture parfois délicate car en parallèle FZ compositeur de musique savante est accepté du bout des lèvres par un milieu peu enclin à ce genre de prises de risques frontales. Néanmoins, ses concerts symphoniques sont eux aussi ponctués de farces
ubuesques. Le fort intérêt que Pierre Boulez porte à la musique de FZ lui a sans doute définitivement ouvert les portes de cet espace élitiste.
Voici la description que fait FZ de son dernier album « Civilization Phaze III », édité en 1994, après sa mort :
« Civilization Phaze III est un opéra-pantomime, avec activité physique chorégraphiée (manifestée par la danse
ou toute autre forme de communication sociophysique inexplicable). La continuité de l’action est dérivée d’une rotation sérielle de mots, phases et concepts incluant (mais non limité à) moteurs, cochons, poneys, eau noire, musique, bière et diverses formes d’isolement personnel. »
Ou comment raccourcir les distances culturelles.



Et, plus précisément, Dio Fa (Acte 2, pièce 19, dont le musicogramme est reproduit ici) du même album :
« L’extérieur du piano est maintenant habité par des danseurs-en-poneys, portant des habits religieux catholiques. Le pape Cochon est mort. Il est maintenant renversé et son wagon se fait remorquer. Le nouveau pape Poney se fait adorer. Des danseurs poneys se mettent ensemble pour tirer son splendide wagon neuf vers les spectateurs ».
Le pouvoir religieux est ridiculisé. Il ne s’agit pas pour autant d’une satyre grossière. La puissance évocatrice de cette pièce pourrait illustrer l’histoire tragique du XXeme siècle, de la première guerre mondiale aux attentats du 11 septembre 2001. L’attaque est sévère : la mythologie et la névrose de groupe sont des tragédies !

Naturellement, nous, les anarchistes, regrettons que toute cette énergie dépensée à réveiller le « plastic people » soit ponctuée
d’appels au vote, même si les arguments restent savoureux :
« keep the government out of your underpants ».

PAR : Loran
groupe Béthune-Arras
de la Fédération Anarchiste
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1

le 27 janvier 2016 16:46:18 par Loran

C'est un très bon article.
J'aurais aimé l'écrire !
Bisoux

2

le par Un nom

C'est pas tous les jours
ma fête avec les accents

3

le par Invité

C'est encore un test
accentué

4

le 27 janvier 2016 18:18:33 par Loran

Mais si !!

5

le 5 février 2016 17:19:13 par Loran

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