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Chroniques du temps réel
par Bernard le 14 février 2016

Fourrière pour tous



Depuis tout petit, Milou avait toujours vécu au milieu des chiens. Normal avec un tel diminutif…
Enfant, Milou avait la trouille au ventre quand il devait croiser un chien tout droit sorti du Gévaudan. Pour aller à l’école, Milou passait à côté d’une ferme. Les chiens étaient toujours là, trois monstres, toujours sanguinolents d’une récente bagarre. Les grognements sourdaient sourdement. Il y en avait toujours un pour venir le renifler, sentir ce doux fumet d’adrénaline qui émanait de ce petit garçon isolé du troupeau. Alors lui, il serrait les fesses, accélérait le pas.
« Alors Ivanhoé, il a peur de rien. Et comme Ivanhoé, il est gentil, il a pas tué le dragon. Alors le dragon, il va retourner avec les deux autres... »
Quand on est môme, on se rassure comme on peut…
C’étaient des jours comme ça qui poussaient Milou à être heureux d’échanger un peu de liberté contre un peu de sécurité républicaine représentée par son institutrice à petit chignon strict et laïque.

Il y avait un autre cabot que Milou essayait d’éviter au maximum. C’était le lévrier barzoï du notaire. Cette espèce de russe blanc canin était toujours à vouloir fourrer son nez dans les « affaires » des autres : les fillettes rabattaient leurs jupes comme autant de fleurs fermant leur corolle avant la nuit, les garçons s’assuraient de la bonne fermeture de leur braguette… Tout ça pour s’entendre dire par la poule faisane-femme de notaire :
« Les chiens aiment bien sentir les fillettes et les garçons qui se négligent … »

« Surtout ne pas s’affoler… Hier, je suis sûr qu’ils étaient dans cette poche… »

Et les enfants n’étaient pas les seules victimes de ces joyeux toutous. Le syndicat des poules et autres volailles déplorait régulièrement la disparition brutale de quelques-unes de ses adhérentes lors d’une razzia canine. Ensuite, entre paysans, le propriétaire des poules et les propriétaires des chiens se tapaient dans la main et allaient râler en claironnant à qui voulait les entendre que des maudits romanos, des rempailleurs de chaises avaient encore volé de malheureux gallinacés.
« Et ça se dit chrétien ! Pas très catholiques avec leurs roulottes ! Feraient mieux d’aller voyager ailleurs… »

Quelques années plus tard, lorsque la municipalité interdit la divagation des chiens, Milou fut ravi. Les panneaux de signalisation rappelant cette interdiction furent pour lui des objets de culte. Bien sûr, il y avait bien des chiens qui ne causaient aucun désagrément, mais on ne pouvait pas faire une dérogation à la règle. Ils payaient pour les bandes organisées de cabots en manque de truanderie. Et puis, au collège aussi, il arrivait que toute la classe soit punie à cause de la bêtise d’un seul... Alors Milou n’allait pas s’apitoyer pour de malheureux chiens. Car lui, il se sentait plus libre. Libre de passer à côté de la ferme en sifflotant sans craindre pour ses mollets et pour la propreté de son sous-vêtement. Libre comme un pré-adolescent honnête qui n’est pas concerné par cette réglementation.

« Et tous ces gens qui passent en faisant semblant de ne rien voir… Voilà, Monsieur Langue de pute… Demain tout l’immeuble me regardera bizarrement… »

Mais ce n’était pas encore suffisant pour lui. Alors, lorsque la rage se mit à sévir obligeant les gardes-champêtres et les gardes-chasse à abattre les chiens errants, les renards, les ours en peluche… Milou se dit qu’il allait enfin pouvoir aller se promener dans la nature sans courir le risque de rencontrer un chien. Tranquille comme un adolescent non soupçonnable d’être un enragé.

« La prochaine fois, il viendra se l’acheter tout seul… L’avait qu’à se faire vacciner comme tout le monde… »

Le tatouage obligatoire pour les animaux domestiques ne le concerna naturellement pas mais le rassura un peu plus : comme ça, s’il avait un problème avec une de ces bestioles, Milou pourrait toujours retrouver le propriétaire du chien. Vive la traçabilité, l’identification et l’immatriculation.
S’il avait eu quelques décennies de plus, Milou aurait certainement eu des copains avec une immatriculation gravée sur l’avant-bras… Mais Milou n’y pensa même pas quand on se mit à généraliser le tatouage des toutous. Insouciant comme un jeune adulte qui n’avait pas encore connu de période trouble.

Puis vint la puce électronique sous cutanée, la liste noire des races réputées dangereuses, la muselière pour tous les "ressortissants" de ces races et la castration… Autant de mesures qui ne pouvaient que rassurer les honnêtes gens, surtout les peureux. Et Milou en était. Alors sa vie parut plus sécurisée grâce ces lois coercitives pour les chiens qui étaient vraiment trop nombreux.

Le problème avec la vivisection, c’est lorsqu’on passe des animaux aux humains… Et Milou le trouillard… Milou qui vivotait derrière les lois, les flics, les contrôles… il est comme un couillon maintenant à chercher fébrilement ses papiers sous le regard méprisant d’un jeune charlot en uniforme, gilet pare-balles et flingue sur le ventre.
Milou, le mec heureux de l’arrivée au pouvoir de celui pour qui il avait voté, transpire de devoir obéir à un policier qui abuse d’une loi « socialiste » sans complexe lui qui – d’après les sondages effectués auprès des flics et des gendarmes – a sûrement voté la peste brune teinte en blonde.





Milou se rappelle son haussement d’épaules quand par 317 voix pour (dont son député de gôche), 199 voix contre et 51 abstentions, l’Assemblée nationale avait adopté en première lecture l’ensemble du projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation…

« C’est bon, tu les retrouves tes papiers ? T’as pas encore compris que c’était fini le monde libre? »

Milou ne put s’empêcher de sourire intérieurement… Il venait de sortir d’une maison de la presse où il venait d’acheter un canard pour son voisin cloué au lit avec une bonne grippe. Le flic, en voyant le journal que tenait "le civil donc suspect" avait mal lu… Le journal ne s’appelait pas "Le Monde libre" mais "Le Monde libertaire".
PAR : Bernard
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