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Cinéma
par Christiane Passevant le 27 juillet 2016

Dernier train pour Busan (Train to Busan)

Film de Yeon Sang-ho

Attention, les zombies sont partout et vous transforment en moins de deux en un ou une des leurs ! Si l’on attend du film de Yeon Sang-ho un blockbuster classique avec seulement des effets spéciaux, de l’hémoglobine et des personnages — montres et humains — clonés et sans grande personnalité, c’est une erreur et on sera déçu.

Ce Dernier train pour Busan utilise effectivement les codes de films catastrophes, cependant les personnages existent, la critique sociale rend toute l’histoire crédible, de même que les épidémies, les catastrophes, nucléaires et autres, survenues ces derniers temps, ou encore le « chacun pour soi » qui règne en maître dans nos sociétés.





Mais revenons au prologue du film qui augure le cauchemar. Dans sa camionnette, un homme passe un barrage sanitaire, il est aspergé de produit de décontamination et, devant le mutisme des agents, se plaint en grognant du manque d’informations : « ces gens nous racontent que des bobards ! ». Sur la route, son téléphone sonne, il détourne son regard un instant et heurte un animal. Il sort de l’estafette, constate la mort de l’animal, grommelle un « Quelle journée ! » et repart. Pano de la caméra sur l’animal qui soudain frémit et se relève. Gros plan sur ses yeux… vitreux !

Retour à la normale. Dans son bureau de Séoul, un gestionnaire d’actifs ordonne la vente d’actions bien que son assistant le prévienne sur la gravité des conséquences de l’opération. Graves conséquences humaines, pour l’environnement ? La logique du profit se fiche pas mal des conséquences provoquées par des élucubrations boursières à court terme. Du moment que c’est immédiatement rentable ! Après nous le déluge…

Il rentre chez lui, échange quelques mots avec son ex-femme au téléphone à propos de sa fille dont il a la garde alternée. Très occupé, il ne voit pas que celle-ci a besoin d’autre chose que des mêmes cadeaux d’anniversaire. Alors la petite demande avec insistance de rejoindre sa mère à Busan et propose de s’y rendre seule, si son travail ne permet pas à son père de l’accompagner. Finalement, il cède et fera un aller-retour dans la matinée.

Le lendemain matin, dans un train similaire au TGV, la petite observe le quai pendant que son père téléphone au bureau. Soudain un homme est comme projeté sur le quai, mais la scène est fulgurante et l’enfant se tait. Au même moment, alors que les portes se ferment, une femme se glisse in extremis dans l’un des wagons. Elle titube et semble souffrante. Une hôtesse vient à son aide, mais la malade la saisit pour la mordre. Le virus se transmet rapidement dans plusieurs voitures et l’on apprend un peu plus tard que l’état d’urgence est décrété dans toute la Corée et que Busan semble être le seul endroit à ne pas être encore touché par la contagion. Dans un rythme étonnant, le film aborde plusieurs genres, les zombies, mais aussi la catastrophe planétaire, et le social avec une galerie de portraits et de comportements qui rend compte de la société sud coréenne.

Dernier train pour Busan, l’horreur est dans le train, en huis clos. Le virus est aussi dans les rapports sociaux, les masques tombent quand il s’agit de sauver sa peau. Les inégalités sociales éclatent et le manque de solidarité fait rage dans un sauve-qui-peut général. Le réalisateur fait exister tous les personnages, même secondaires, et se sert de tous les espaces du train, toilettes, couloirs, portes coulissantes, porte-bagages pour créer des moments de tension et de suspens dans un décor qui n’a rien d’effrayant. Pas d’éclairage sophistiqué, mais de très bonnes trouvailles de mise en scène.

Le train fonce vers la seule ville qui semble épargnée. Impossible de tenter la fuite vers l’extérieur, car ce sont partout des hordes de zombies en mouvement, jusqu’à l’armée qui est zombifiée. Dans ce train infernal, les survivant.es forment un microcosme social : les deux sœurs au caractère opposé, la petite fille élevée par sa grand-mère en l’absence de ses parents désunis, le père gestionnaire d’actifs dont le travail passe avant la famille, la femme enceinte qui garde la tête froide et veut aider, son mari blagueur qui se bat pour sauver sa femme, la lycéenne et son petit ami de l’équipe de base-ball, enfin le directeur d’entreprise modèle d’égoïsme et de cynisme.

La question posée par le film est finalement : que ferions-nous dans une situation extrême ? Ou quelle est la part d’humanité en chacun.e de nous ?

Plusieurs références cinématographiques apparaissent au détour de certaines scènes, évidemment la Nuit des morts-vivants de Romero, le Bal des vampires de Polanski (le livre coincé dans les crocs du zombie), de beaucoup d’autres encore, par exemple Mars Attacks de Tim Burton (pour la chanson de fin), mais je n’en dirais pas plus.

Dernier train to Busan de Yeon Sang-ho est avant tout une fable politique sur un monde déshumanisé, inconscient des effets de la course au profit, en l’occurrence de la spéculation autour d’une industrie biochimique dangereuse… La seule chance d’échapper à la destruction, c’est l’entraide !

Le film sera sur les écrans le 17 août.
PAR : Christiane Passevant
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