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Chroniques du temps réel
par bernard le 17 novembre 2016

Comme un sale goût dans la tronche

Ça se passe dans une école. Un ordre est venu de faire comme si… Pas comme si tout allait bien, non, comme si les méchants attaquaient… État d’urgence, urgence de l’État… Faire peur sans effrayer…

Les mômes, eux, tout ce qu’ils veulent, c’est jouer au foot, au basket, à faire comme si, à faire comme si tout allait bien... La cour de récréation, ça sert à ça, pas à jouer à la guerre comme si les méchants attaquaient.

Mais l’ordre est venu, « Jacques a dit tremblez ! », et les enseignants ont joué à la guerre. La guerre des civils à qui on a collé une cible sur la tronche.
« Attention, alerte intrusion, individus dans la cour… Ils semblent armés. »
Les méchants ne sont pas là pour jouer au foot, au basket ou à faire comme si tout allait bien.

Chaque instit doit alors faire comme si tout allait mal et choisir la solution la plus adaptée à la situation de sa classe. Les autres ? Chaque instit doit alors faire comme si tout allait mal et choisir la solution la plus adaptée à la situation de SA classe en espérant que les collègues, les mômes des autres classes s’en sortiront.
Et puis après tout, c’est juste un exercice. Un exercice dans une école, rien d’étonnant.
Une classe file se perdre dans des vignes, Une autre se planque dans un garage.

« Attention, individus dans la cour… Ils semblent armés. »


Les mômes ont été prévenus, histoire d’éviter le grand vent de panique.
Alors, les moineaux dans la vigne, même pas peur… Leur maître a choisi la solution la plus adaptée alors les moineaux font comme si. Comme s’ils avaient gagnés…
« Monsieur, mon frère qui est dans le modulable dans la cour… Tu crois qu’il est allé où ? »
« Attention, individus dans la cour… Ils semblent armés… Et y a ce putain d’algéco dans la cour. »
La môme a été prévenue mais quand même… Images de Paris sous les rafales, de Nice… La môme a été prévenue que le jeu pouvait être réel.
Et son frère dans ce putain de modulable dans la cour, si vraiment des méchants avaient attaqué…
La môme, il lui faudra du temps pour comprendre que ceux qui avaient donné l’ordre « de faire comme si » n’avaient pas voulu jouer avec sa peur. Pas sûr que pour ce énième coup de pub pour le maintien de l’État d’urgence, urgence de l’État on se soit soucié des sentiments, pensées des mômes.
Qu’une môme ait eu la vision de son frère massacré dans ce putain de modulable dans la cour là où des individus manifestement armés….

Dans le modulable, une fois l’alerte donnée, tous les mômes se sont allongés. « Jacques a dit silence… ». Dans leur cage, ces moineaux-là sont loin de se la jouer grands gagnants comme leurs potes des vignes…

Les années 50, c’est la guerre froide. Les deux blocs ont chacun l’arme atomique… De quoi foutre la trouille aux deux camps, plus les autres… Il y a a comme une odeur de risque de fin du monde. Le gouvernement étasunien lance des campagnes de propagande anticommuniste. On entraîne les mômes à avoir le réflexe "duck and cover". Comprenez : "plonger sous la table comme un canard sous l’eau et se couvrir".
"Duck and cover"…En 51, ce court métrage (9mn) de propagande fait fureur. Une petite tortue Bert, joue au prof: en cas d’attaque, si l’on voit le flash caractéristique d’une bombe atomique, reste plus qu’à plonger et se couvrir. Dans tous les cas, insiste lourdement le film, il faut plonger et se couvrir la tête contre un mur ou sous la nappe de pique-nique ! Pas sûr qu’une nappe aurait suffit à Hiroshima ou Nagasaki…
On peut ainsi se protéger contre les attaques nucléaires mais pas que…Dès la première minute, la voix off parle aussi de se protéger "contre d’autres dangers". Et là, gros plan : à ce moment précis, la caméra fait un plan sur un petit enfant noir...

« Dis, tu es sûr que c’est juste un jeu ? »
L’enseignant - allongé lui aussi - lui fait signe de la tête…
« Heureusement, sinon avec ce gros malin on serait déjà repéré… »
Un môme en rampant était allé en douce jusqu’à la porte vitrée et pointait son museau pour voir ce qui se passait dans la cour.

Coup de téléphone : « Exercice terminé, retour à l’école et récré pour tout le monde. »
La môme des vignes qui fonce peu après sur son frère. Faire peur sans effrayer…
Le bruit court que le modulable et ses occupants auraient eu de gros souci si…

Quelques jours plus tard, une maman - les yeux humides – vient voir l’instit de sa fille, neuf ans.
Le jour de l’intrusion, un garçon du même âge aurait dit à quelques enfants du modulable que sa môme étant la seule musulmane de l’école, s’il y avait un assassin ce serait elle…
Un ordre est venu de faire comme si… Pas comme si tout allait bien, non, comme si les méchants attaquaient… État d’urgence, urgence de l’État… Faire peur sans effrayer… Et sans diviser…
Le môme, neuf ans, reconnaît avoir tenu ces propos. Propos insupportables et tristes : Une môme de neuf ans suspectée d’être une criminelle parce que musulmane par un môme de neuf ans pas très fufute …
Discussion en classe, le môme perd de sa superbe… Il sait bien que non mais à la télé…
Très vite les enfants de l’école prennent fait et cause pour la victime. À la récré suivante, le môme aux propos insupportables se plaint d’être traité de raciste.
« Ce n’est pas une insulte, c’est une critique. Tu n’es peut-être pas raciste mais ce que tu as dit l’est. Toi seul sais si tu es raciste… »




Mais il ne sait surement pas que lui et ses parents sont les proies privilégiées du terrorisme d’État qui crée des tensions entre groupes pour mieux contrôler. Faire peur en effrayant… Cet État au service d’un capitalisme prêt à tout pour perdurer

Désolé, ici pas de fiction… Une simple histoire vécue dernièrement.
PAR : bernard
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